Le déjeuner s’est poursuivi, élégant et vide. Nous parlions, mais nous ne communiquions plus. L’ombre de Rosy, et de mon crime, était assise à notre table, silencieuse, invisible pour elle, écrasante pour moi. Je regardais ma femme, et pour la première fois de notre vie commune, je me sentais terriblement, irrémédiablement, seul. Le déjeuner était devenu une épreuve d’endurance. Chaque bouchée me coûtait, chaque silence était un gouffre où mes pensées sombraient. Je forçais mon attention sur Bella, sur le mouvement de ses lèvres, sur les reflets du soleil dans son verre d’eau. Mais mon esprit, traître, revenait sans cesse là-bas, dans la pénombre de cette chambre, sur la sensation de peau contre peau, sur le goût du péché. C’est alors que mon téléphone, posé près de mon coude, a vibré.

