Chapitre 12 – La naissance du vent

825 Words
Partie 1 – Le souffle avant la lumière La nuit s’était étirée sans fin. La mer, d’ordinaire si bruyante, semblait s’être tue, comme si elle retenait elle aussi son souffle. Dans la maison, seule la lampe du salon restait allumée. Adrien faisait les cent pas, incapable de s’asseoir. Élena, étendue sur le canapé, respirait lentement. Ses doigts s’accrochaient au drap, à la main d’Adrien, à tout ce qui pouvait la garder ancrée. — Ça va aller, murmura-t-il. Elle hocha la tête, un sourire pâle aux lèvres. — Je sais. J’ai juste l’impression… que le vent s’est arrêté. Et, comme pour lui donner tort, une brise douce passa par la fenêtre entrouverte. Une caresse invisible, un murmure qui traversa la pièce. Adrien releva les yeux, ému. — Il est là. Il t’écoute. Les heures suivantes furent longues, haletantes, belles et terribles à la fois. Le vent se leva peu à peu, soufflant contre les volets, comme s’il voulait accompagner chaque respiration. La mer grondait au loin, puissante et tendre. Puis, un cri. Court, fragile, mais assez pour faire trembler tout le silence du monde. Adrien sentit ses yeux se brouiller. Il regarda la sage-femme — une voisine, venue en pleine nuit — puis Élena, haletante, les cheveux collés au front. Dans ses bras, un petit corps minuscule, chaud et vivant. — C’est une fille, souffla-t-elle. Il s’approcha, toucha la main du nouveau-né. Aussi légère qu’un souffle, aussi vraie qu’un lever de soleil. — Elle respire… — Elle respire le vent, répondit Élena d’une voix tremblante. --- Partie 2 – Le nom du vent Le matin arriva, doux et doré. Le ciel se teintait de rose et de bleu, la mer reprenait sa chanson. Adrien sortit sur la terrasse, la petite dans les bras. Elle dormait encore, paisible, la bouche entrouverte. Le vent jouait doucement avec une mèche de ses cheveux. — Regarde, dit-il à voix basse. C’est ton monde. Il leva les yeux : les collines, les fleurs, la mer infinie. Tout semblait neuf, lavé par la nuit. Élena sortit à son tour, enveloppée dans un grand châle. Elle s’approcha lentement, les yeux brillants de fatigue et d’amour. — Alors ? Tu as trouvé un nom ? Adrien hésita. — J’en ai un. Mais il faut que tu l’aimes aussi. — Dis-le. — Alizé. Élena resta un instant silencieuse. Puis elle répéta doucement : — Alizé… Le vent qui vient de loin, mais qui ramène toujours la chaleur. — Oui. Comme toi. Elle sourit, posa la main sur la joue d’Adrien, puis sur celle de leur fille. — Alizé. Notre souffle, notre racine. --- Les jours passèrent, baignés de lumière. La maison se remplit de nouveaux sons : les rires, les pleurs, les chansons murmurées. Adrien se surprit souvent à parler seul à la petite, comme s’il lui racontait le monde avant qu’elle ne le découvre. Un soir, Élena le surprit dans le jardin. Il tenait Alizé dans ses bras, lui montrant le ciel. — Tu vois ces étoiles ? La petite babillait, fascinée par la lumière. — Ce sont les promesses qu’on a faites et qu’on n’a pas encore tenues. Élena resta sur le seuil, le cœur serré. Cette image — l’homme, l’enfant, le ciel — lui donna le vertige. Le vertige du bonheur. --- Partie 3 – La maison qui respire Le printemps se transforma en été. La fondation continua de grandir. Les enfants venaient désormais apprendre à planter, à peindre, à écouter. Certains appelaient Élena “Madame du vent”. Adrien riait de ce surnom. — Tu vois ? Même eux sentent que tu commandes à l’air. — Non, répondit-elle. Je l’écoute, c’est tout. Un jour, alors qu’ils déjeunaient dehors, le vent se leva soudain. Les feuilles tourbillonnèrent, la mer se cabra, la nappe s’envola. Élena éclata de rire, tenant Alizé serrée contre elle. Adrien leva les bras, défiant le ciel. — D’accord, le vent ! Fais comme chez toi ! Le rire d’Élena se perdit dans la bourrasque. C’était un moment simple, fou, parfait. Et quand tout se calma enfin, le silence qui suivit semblait chargé de promesses. Adrien s’assit, observa sa famille. Le soleil filtrait à travers les nuages. Il pensa à tout ce qu’ils avaient traversé — la fuite, la peur, la reconstruction, l’amour. Et maintenant, cette paix. Pas une paix immobile, non. Une paix vivante. Celle qui se nourrit du vent et de la mer. — On a réussi, murmura-t-il. Élena leva les yeux. — Non. On apprend encore. Elle posa la main sur celle d’Alizé. — Et c’est ça, le plus beau : apprendre à respirer à trois. --- Le soir, la maison s’endormit lentement. Au-dehors, le vent chuchotait dans les arbres. Élena, avant de fermer les yeux, murmura : — Merci, vent. Pour tout ce que tu nous as pris… et tout ce que tu nous as rendu. Et dans ce souffle invisible, entre le ciel et la mer, on aurait presque cru entendre une réponse.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD