Chapitre 14 – Le retour du vent

821 Words
Partie 1 – La fille de l’horizon Le train longeait la côte, suivant la mer comme une cicatrice d’argent sous le ciel gris. Adossée à la vitre, Alizé regardait défiler les falaises, les champs et les villages endormis. Le vent frappait les vitres du wagon. Il lui semblait qu’il chuchotait son nom. Des années s’étaient écoulées depuis son départ. Elle avait navigué, enseigné, écrit des carnets de voyage, parlé du vent dans des langues qu’elle n’aurait jamais cru comprendre. Mais malgré les continents traversés, une seule image revenait chaque nuit : la maison blanche aux volets bleus, posée face à la mer. Elle serra contre elle la vieille lettre qu’Élena lui avait envoyée avant de partir pour un autre monde. Les mots étaient simples : > “Quand le vent changera, reviens. Tu sauras pourquoi.” Et ce jour-là, le vent avait changé. --- Quand elle descendit du train, le vent de son enfance la frappa de plein fouet. Salé, chaud, vivant. Le même. La même voix, la même odeur, la même caresse sur la peau. Elle marcha le long du sentier jusqu’au village. Beaucoup de choses avaient changé : les toits étaient neufs, les murs repeints. Mais la mer, elle, restait immuable. Les enfants la suivaient du regard, curieux. Une femme aux cheveux d’or, les yeux verts comme le rivage. Certains chuchotèrent : — C’est elle… la fille du vent. --- Partie 2 – La maison endormie La maison était toujours là. Un peu plus basse, un peu plus calme. Les volets bleus ternis, le figuier immense. Le vent y passait encore, soulevant la poussière et les souvenirs. Alizé s’arrêta devant la porte. Elle posa la main sur le bois, sentit la chaleur du soleil à travers. Puis elle entra. Tout semblait figé dans le temps : les croquis d’Élena, les livres d’Adrien, la vieille table tachée de peinture. Un courant d’air passa, effleurant ses cheveux comme une main familière. Elle murmura : — Bonjour, vous deux. Elle traversa les pièces lentement. Chaque pas réveillait une image : Adrien qui rit, Élena qui chante, les voiles qui claquent, la lumière du soir sur les murs. Des fragments d’éternité. Sur la terrasse, elle retrouva le vieux banc. Le même sur lequel ils s’étaient assis des centaines de fois. Elle s’y installa, regarda la mer, ferma les yeux. Le vent souffla plus fort. Et dans son murmure, elle crut entendre une voix. Peut-être celle de son père. Peut-être celle du vent lui-même. --- Partie 3 – Les racines retrouvées Les jours suivants, Alizé resta au village. Elle visita la fondation — Les Racines du vent — aujourd’hui tenue par d’anciens élèves d’Élena. Les murs avaient changé, mais l’esprit restait le même : des enfants, des pinceaux, des rêves. Un petit garçon s’approcha d’elle. — Madame, vous êtes la fille de la dame du vent ? — C’est ce qu’on dit. — Et vous aussi, vous savez écouter le vent ? Elle sourit. — J’apprends encore. — Maman dit que le vent, c’est Dieu qui parle doucement. — Alors, ta maman est une poète. L’enfant rit, puis courut dehors. Alizé resta seule un instant, la main posée sur un dessin d’enfant accroché au mur : une maison blanche, un figuier, une femme aux cheveux d’or. Elle sentit ses yeux se remplir de larmes. --- Le soir, elle retourna sur la falaise. Le même endroit où elle s’asseyait enfant. Mais cette fois, elle n’était pas seule. Un jeune homme se tenait là, carnet à la main, dessinant la mer. — Pardon, dit-elle doucement, je ne voulais pas déranger. Il leva les yeux, surpris. — Vous ne dérangez pas. Le vent m’a prévenu que quelqu’un viendrait. Elle sourit, amusée. — Il vous parle, à vous aussi ? — Parfois. Quand j’écoute vraiment. Ils restèrent un moment silencieux, côte à côte. Le ciel se teintait de cuivre et d’encre. Puis il ajouta : — Vous êtes Alizé, non ? Celle du tableau dans la fondation. — Oui. — Alors, bienvenue chez vous. --- Partie 4 – Le vent recommence Les semaines passèrent. Alizé resta. Le jeune homme — Léo — devint un ami, puis une présence constante. Il aimait peindre la mer, elle aimait raconter le vent. Ensemble, ils redonnèrent vie à la maison : un atelier, une école, un refuge. Un soir, alors que la lumière déclinait, Léo demanda : — Pourquoi es-tu revenue, vraiment ? Elle répondit sans hésiter : — Pour apprendre à rester. Le vent se leva, traversant la terrasse. Les rideaux s’envolèrent, les murs respirèrent. Et dans ce souffle, Alizé sentit quelque chose renaître. Pas seulement la mémoire, ni la douleur, ni la nostalgie — mais la certitude que le vent ne meurt jamais. Il se transforme. Il revient. Elle leva les yeux vers la mer. Là où, autrefois, ses parents s’étaient promis la paix. — Papa, maman, murmura-t-elle. Le vent est revenu. Et il a encore des histoires à raconter.
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