Chapitre 6 – Les Racines du Vent

855 Words
Partie 1 – La douceur après la pluie Le printemps arrivait doucement sur Paris. La pluie, plus tiède qu’avant, glissait le long des vitres du nouveau bureau d’Élena. Elle observait les gens courir sur le trottoir en contrebas, leurs parapluies éclatés de couleur. Et pour la première fois depuis des mois, elle se surprit à sourire sans raison. Le projet Ciel d’Argile était relancé. Plus épuré, plus humain. Adrien, désormais consultant externe, collaborait à distance — officiellement. Mais officieusement, il venait chaque matin, une tasse de café à la main, comme si de rien n’était. Ce matin-là, il frappa à la porte de son bureau. — J’apporte le carburant essentiel à toute pensée créative. — Du café ? — Et un croissant, répondit-il en haussant un sourcil. C’est la preuve concrète de mon dévouement. Elle éclata de rire, un rire franc, clair, qu’il n’avait pas entendu depuis longtemps. Il s’assit face à elle, observant le désordre organisé de son espace : des croquis partout, des notes accrochées au mur, et au milieu de tout cela, un petit cactus. — Vous avez domestiqué un cactus. Impressionnant. — C’est le seul être vivant qui supporte mon rythme, plaisanta-t-elle. — J’espère qu’il n’est pas votre seul compagnon de bureau. — Vous voulez dire, à part vous ? Un court silence suivit. Pas gênant. Juste chargé d’une douce chaleur. Adrien sourit. — Je plaide coupable. --- Partie 2 – L’équilibre fragile Les semaines passèrent ainsi. Travail, rires discrets, silences complices. Ils n’étaient pas officiellement ensemble — ils n’en avaient pas besoin. Leur lien existait entre les lignes, dans les regards, dans la confiance revenue. Mais parfois, Élena sentait une ombre. Quelque chose dans le regard d’Adrien, une mélancolie furtive, une peur qu’il cachait derrière ses sourires. Un soir, alors qu’ils travaillaient tard, elle le surprit fixant son téléphone. Le nom sur l’écran disparut avant qu’elle ait pu le lire. Son visage, lui, s’était fermé. — Tout va bien ? demanda-t-elle. — Oui. Juste… un message du passé. Rien d’important. — Vous êtes sûr ? — Pas encore, murmura-t-il. Elle n’insista pas. Mais elle sentit, pour la première fois depuis leur réconciliation, que quelque chose recommençait à trembler. --- Partie 3 – L’homme d’avant Quelques jours plus tard, un article fit surface. Un vieux dossier économique, ressorti par un journal spécialisé : “Valmont Corporation : l’héritage trouble du père.” Élena lut les lignes en silence. Des accusations anciennes — malversations, fonds détournés, contrats étouffés. Rien ne concernait Adrien directement, mais le nom “Valmont” suffisait à réveiller la presse. Elle leva les yeux vers la fenêtre. Adrien était dehors, dans la cour, parlant au téléphone. Ses gestes étaient calmes, mais son visage trahissait une tension contenue. Quand il rentra, elle posa doucement le dossier sur la table. — Tu savais que ça ressortirait, n’est-ce pas ? — Oui. Je l’attendais. — Pourquoi ne rien m’avoir dit ? — Parce que… j’espérais qu’on aurait le temps d’être heureux avant que le vent ne tourne. Elle se leva, s’approcha de lui. — Adrien, ton passé n’efface pas ce que tu es aujourd’hui. — C’est facile à dire, Élena. Mais quand on porte un nom, on porte aussi ses fautes. — Alors on les répare. Ensemble. Il la regarda longuement, le souffle court. Puis, dans un murmure : — Tu ne sais pas ce que tu dis. Les racines de cette histoire vont loin. Trop loin. --- Partie 4 – Ce que le vent emporte Les jours suivants furent plus durs. La presse, les réseaux, les murmures… tout revenait. Mais cette fois, Élena ne se cacha pas. Elle défendit Adrien publiquement, sans détour, dans une réunion interne : > “Ce que nous faisons ici, ce n’est pas réparer un nom. C’est bâtir un avenir. Et si vous cherchez un coupable, regardez ailleurs. Moi, je choisis la vérité.” Adrien, présent au fond de la salle, resta silencieux. Mais quand elle sortit, il la rejoignit sur la terrasse. — Tu n’avais pas à faire ça. — Si. Parce que c’est ce qu’on fait quand on croit en quelqu’un. Il passa une main dans ses cheveux, nerveux. — Tu es plus courageuse que moi. — Non. Juste plus têtue. Ils se regardèrent, un peu trop longtemps. Puis il souffla : — Merci. --- Partie 5 – Les racines du vent Ce soir-là, ils marchèrent ensemble jusqu’au bord de la Seine. Le vent soufflait fort, soulevant leurs cheveux, leurs manteaux, leurs pensées. — Tu sais, dit Élena, j’ai compris quelque chose. — Quoi donc ? — Le vent, c’est comme la vérité. Il arrache, il bouscule, mais il révèle aussi les racines. Celles qui tiennent, et celles qui ne tiennent pas. Adrien resta silencieux un moment, puis répondit : — Alors je veux croire que nous, on tiendra. Il s’approcha, posa ses mains sur son visage, lentement. Leurs regards se croisèrent. Et cette fois, il ne recula pas. Le b****r fut doux, sincère, long. Pas celui d’un soulagement, mais celui d’une promesse : celle de rester, même quand tout s’effondre. Le vent souffla plus fort encore. Mais eux restaient là, ancrés, ensemble.
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