Partie 1 – Avant que le ciel ne gronde
Le soleil se levait lentement sur Paris.
La ville, encore endormie, baignait dans une lumière dorée.
Dans le loft d’Adrien, Élena préparait du café, en chemise blanche, pieds nus sur le parquet.
Un moment simple, suspendu.
Adrien l’observait depuis la table, un sourire tranquille au coin des lèvres.
— Tu sais, murmura-t-il, je crois que je n’ai jamais aimé autant le silence du matin.
— Parce qu’il me précède ou parce que je le remplis ?
— Les deux, répondit-il en riant doucement.
Elle leva les yeux, un brin moqueuse.
— Vous devenez poète, Monsieur Valmont.
— J’ai de bonnes sources d’inspiration.
Elle lui lança un regard, tendre et ironique à la fois.
Tout semblait paisible.
Trop paisible, peut-être.
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Partie 2 – La faille
Quelques heures plus tard, le téléphone d’Adrien vibra sur le bureau.
Un message, court, sec :
> “Nous devons parler. URGENT.”
— C. Dumont
Le nom fit battre son cœur un peu plus vite.
Charles Dumont — l’ancien associé de son père.
L’homme qui connaissait toutes les vérités qu’Adrien avait tenté d’oublier.
Élena remarqua le changement dans son expression.
— Mauvaise nouvelle ?
— Juste une vieille histoire qui refuse de mourir.
Il prit son manteau, évitant son regard.
— Ne t’inquiète pas. Je règle ça et je reviens avant midi.
— Adrien…
— Promis.
Mais son ton avait ce léger tremblement qu’elle n’aimait pas.
Celui de quelqu’un qui ment pour protéger.
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Partie 3 – L’homme dans l’ombre
Adrien retrouva Charles dans un café du 8e arrondissement.
Le vieil homme, costume froissé et regard dur, l’attendait déjà.
— Tu aurais dû m’appeler plus tôt, dit-il sans préambule.
— Tu n’as jamais été très patient, Charles.
— Et toi, jamais très réaliste.
Il posa une enveloppe sur la table.
À l’intérieur : des copies de documents anciens, des signatures, des transferts.
Le passé de la famille Valmont, en clair, sur quelques feuilles.
— Si ces papiers sortent, tout ce que tu as reconstruit s’écroule, déclara Charles.
— Alors ne les laisse pas sortir.
— Ce n’est pas si simple. Quelqu’un cherche à rouvrir l’enquête.
Adrien serra les poings.
— Qui ?
— Quelqu’un d’assez proche pour savoir où frapper.
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Partie 4 – Les nouvelles tombent
Le soir même, la nouvelle explosa.
Un article anonyme sur un site d’investigation titrait :
> “Adrien Valmont : la vérité cachée derrière le Ciel d’Argile.”
L’article mêlait des faits anciens, des demi-vérités, des suppositions.
Mais c’était suffisant pour enflammer les réseaux.
Les investisseurs suspendirent leurs financements.
La presse se déchaîna.
Élena découvrit la nouvelle en arrivant chez elle.
Elle appela Adrien immédiatement, sans réponse.
Puis encore, et encore.
Rien.
Une seule notification finit par apparaître sur son écran, une heure plus tard.
Un message de lui.
> “Ne t’en mêle pas, Élena. Pas cette fois.”
Elle sentit ses jambes trembler.
Elle s’assit, incapable de respirer.
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Partie 5 – La tempête
Les jours suivants furent un enfer.
Adrien disparut des radars.
Ni au bureau, ni chez lui, ni joignable.
Élena essaya de tenir.
Elle présenta seule les plans du projet devant le conseil.
Elle affronta les rumeurs, les questions, les regards pleins de sous-entendus.
Mais chaque soir, en rentrant, elle s’effondrait un peu plus.
Son appartement lui semblait vide, immense, froid.
Elle relisait encore et encore le dernier message d’Adrien.
Un soir, Lucie la retrouva sur le toit du bâtiment, trempée par la pluie, fixant les lumières de la ville.
— Il reviendra, dit-elle doucement.
— Et s’il ne revient pas ?
— Alors c’est toi qui tiendras. Parce que c’est ce que font les gens forts.
Élena esquissa un sourire fatigué.
— Je ne suis pas forte. Je suis juste amoureuse.
— C’est souvent la même chose, répondit Lucie.
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Partie 6 – Le retour de la lumière
Une semaine plus tard, Élena reçut un appel inconnu.
Une voix qu’elle reconnut aussitôt.
— Je suis désolé, dit Adrien.
Il était à l’aéroport.
Il partait pour Genève.
Un exil temporaire, disait-il.
Le temps que la tempête retombe.
— Tu pars sans me voir ?
— Si je te vois, je ne partirai plus.
Elle ferma les yeux, les larmes coulant sans un mot.
— Alors promets-moi de revenir.
— Je te le jure. Le vent finit toujours par tourner.
Le silence suivit, long, lourd, déchirant.
Puis la ligne se coupa.
Élena resta seule, le téléphone encore chaud contre son oreille.
Elle se mit à pleurer — pas de désespoir, mais de cette douleur étrange qui naît quand on aime quelqu’un assez pour le laisser partir.
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Partie 7 – Ce qui demeure
Les jours s’écoulèrent lentement.
Le projet fut mis en pause.
Mais un matin, en arrivant à son bureau, Élena trouva une enveloppe sur sa table.
À l’intérieur, une photo.
Leur photo.
Prise sans qu’elle le sache, un soir sur le pont, riant sous la pluie.
Et au dos, une phrase écrite à la main :
> “Quand la tempête aura fini de parler, je reviendrai écouter ton silence.”
Elle sourit à travers les larmes.
Et pour la première fois depuis longtemps, elle leva les yeux vers le ciel —
il pleuvait encore, mais la lumière perçait à travers les nuages.