Partie 1 – L’absence qui parle
Le printemps s’effaçait doucement.
Paris reprenait ses couleurs, mais pour Élena, tout semblait encore en noir et blanc.
Les rues avaient perdu leurs reflets familiers, les cafés leurs sourires complices.
Adrien était parti depuis près de deux mois.
Pas un appel, pas un message.
Rien que le silence, dense et continu, comme une mer immobile.
Pourtant, chaque matin, elle déposait une tasse de café en face d’elle sur la table, avant de se rappeler qu’il ne viendrait pas.
Elle la buvait seule, lentement, comme un rituel.
Elle travaillait toujours sur Ciel d’Argile — seule à la tête du projet, cette fois.
Les équipes l’admiraient en silence.
Elle tenait bon, droite, imperturbable.
Mais ceux qui la connaissaient vraiment savaient : quelque chose manquait à son regard.
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Partie 2 – La première lettre
Un soir de mai, elle trouva une enveloppe sans expéditeur dans sa boîte aux lettres.
À l’intérieur, une feuille pliée en quatre.
Une écriture qu’elle aurait reconnue entre mille.
> “Élena,
J’ai appris à écouter le vent.
Il parle de toi quand il passe entre les feuilles, il répète ton prénom comme une prière.
Je ne sais pas combien de temps il me faudra pour revenir.
Mais je reconstruis, lentement.
Comme tu m’as appris.
Dis-toi seulement que je t’aime assez pour ne pas te ramener dans la tempête avec moi.”*
— A.
Élena resta assise longtemps, la lettre serrée contre elle.
Pas de larmes cette fois.
Seulement ce mélange de douleur et de douceur que seuls les amours sincères laissent derrière eux.
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Partie 3 – Les saisons du cœur
Les lettres suivantes arrivèrent sans régularité.
Parfois une par semaine, parfois après de longues semaines de silence.
Elles parlaient de paysages : le lac Léman, les forêts suisses, la neige sur les toits.
De musique, de rêves, d’ombres qui s’allègent.
> “Le vent ici n’a pas ton odeur, mais parfois, il a ta voix.”
“J’ai croisé un peintre qui disait que l’amour, c’est quand la lumière ne s’excuse plus de revenir.”
“Je commence à comprendre ton courage.”
Élena les rangeait toutes dans une boîte en bois, au fond d’un tiroir.
Une boîte qu’elle appelait en riant le coffre du vent.
Chaque lettre était un souffle de lui, une preuve qu’il existait encore quelque part.
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Partie 4 – Les pas d’Élena
Les mois passaient.
Elle travaillait dur, souvent tard.
Mais peu à peu, quelque chose changeait.
Son rire revenait.
Ses gestes reprenaient de la légèreté.
Elle participait à des conférences, présentait le projet dans des expositions d’architecture.
Le monde commençait à la reconnaître, non plus comme l’assistante d’un PDG tombé, mais comme Élena Morel, la femme qui avait redonné sens à la beauté.
Un soir, après une présentation, elle se retrouva seule sur le balcon d’un hôtel.
Le vent soufflait doucement, tiède.
Elle ferma les yeux.
Et, un instant, elle crut sentir la main d’Adrien dans la sienne.
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Partie 5 – La dernière lettre
L’été touchait à sa fin.
Le soleil s’attardait un peu plus sur les façades, comme s’il refusait de partir.
Ce jour-là, une enveloppe plus lourde que les autres l’attendait.
À l’intérieur, plusieurs feuilles.
Et un billet d’avion.
Elle déplia la lettre.
> “Élena,
J’ai fait la paix avec le passé.
L’enquête est close, les ombres se sont tues.
Il m’a fallu du temps pour comprendre que fuir ne servait à rien.
Le vent ne s’apaise pas parce qu’on l’évite.
Il s’apaise quand on apprend à respirer avec lui.
Si tu veux bien, je t’attends.
Même endroit que la première fois.
Le pont, au crépuscule.
— A.”*
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Partie 6 – Le retour du vent
Élena prit le premier vol.
Le temps semblait s’étirer à chaque minute.
Quand elle arriva à Paris, le ciel se teinta d’un orange profond.
Le vent soufflait, chaud, vibrant, presque vivant.
Sur le pont, il était là.
Debout, les mains dans les poches, le regard perdu vers l’horizon.
Quand il se tourna vers elle, tout le reste disparut :
le bruit de la ville, les années, les blessures.
— Vous êtes en retard, dit-il doucement.
— Vous m’avez fait attendre deux mois, répliqua-t-elle avec un sourire tremblant.
Ils se rapprochèrent, lentement, sans un mot.
Et quand leurs fronts se touchèrent, Élena murmura :
— Tu sens ? Le vent a changé.
— Non, répondit-il. Il nous a juste ramenés là où tout devait recommencer.
Leurs lèvres se retrouvèrent, enfin, comme si le monde entier retenait son souffle.
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Partie 7 – Ce que le vent laisse derrière lui
Cette nuit-là, ils restèrent longtemps à marcher dans les rues vides, parlant à voix basse, riant parfois sans raison.
Rien n’était parfait.
Mais tout était vrai.
Au loin, la Seine brillait sous la lune, et le vent murmurait entre les arbres.
Élena leva les yeux vers le ciel.
— Tu sais ce que j’ai appris ?
— Dis-moi.
— Que le vent ne détruit pas tout. Il emporte seulement ce qui n’a plus lieu d’être.
Adrien hocha la tête.
— Et ce qui reste…
— … c’est l’amour, compléta-t-elle.
Ils restèrent là, main dans la main, tandis que Paris s’endormait autour d’eux.
Et dans ce calme nouveau, le vent, complice, les enveloppa comme un souvenir éternel.