LE CHÂTIMENT DE MIRABELLE Louise se remit à son clavier. Elle éteignit Radio classique qui diffusait pour la énième fois le deuxième mouvement du concerto en sol majeur de Maurice Ravel. Certes, elle en appréciait l’ambigüité rythmique qui lui donne son envoûtante étrangeté, mais supportait de moins en moins qu’on isolât ce mouvement du reste, comme si la magie de l’ensemble ne naissait pas précisément de la tension entre ses trois parties. Elle l’avait écouté mille fois, et mille fois s’était laissée surprendre par les quatre accords plaqués annonçant l’emballement du presto final. Et puis, ce mouvement s’écoute… Elle s’en serait voulu de le réduire à une musique d’ambiance. Le silence l’aiderait à écrire. L’effervescence était à son comble. Le brouhaha devint tumulte. L’angoisse se tr

