La clé tourna dans la serrure, et Liliana sursauta.
Daniel Ă©tait lĂ , assis dans le fauteuil de son salon, lâair sombre et fatiguĂ©, la veste ouverte, la cravate Ă moitiĂ© dĂ©faite.
â Daniel ?! Comment tu es entrĂ© ? demanda-t-elle, la voix tremblante.
â Ce dĂ©tail nâa aucune importance, rĂ©pondit-il calmement. Ce qui mâimporte, câest que jâai essayĂ© de te joindre toute la journĂ©e. Tu ne rĂ©pondais pas.
â Oh⊠mon tĂ©lĂ©phone⊠il sâest cassĂ©, murmura-t-elle. Une camarade mâa bousculĂ©e Ă lâuniversitĂ© et il est tombĂ©. Je suis dĂ©solĂ©e.
Daniel soupira, passa une main dans ses cheveux et la fixa un moment avant de reprendre :
â Liliana, il faut quâon accĂ©lĂšre les choses. Christian commence Ă gagner les faveurs de mon pĂšre, il est en train de redevenir le fils idĂ©al⊠et moi, je ne peux pas le laisser prendre ma place.
â Ta place ?
â Celle de futur PDG, Ă©videmment. Et si tu veux que ce plan fonctionne, il faut quâon officialise. Demain, on va annoncer nos fiançailles Ă mon pĂšre. Je veux que tu viennes directement chez les ClĂšve aprĂšs lâuniversitĂ©. Sois ponctuelle.
Liliana acquiesça, un peu nerveuse, avant quâil ne quitte les lieux dâun pas assurĂ©.
đ Le lendemain â Chez les ClĂšve
Le grand salon brillait de mille feux. GĂ©rard ClĂšve Ă©tait assis dans son imposant fauteuil, journal Ă la main, quand Liliana entra, vĂȘtue dâune robe sobre mais Ă©lĂ©gante.
â Ah, ma chĂšre Liliana ! lança-t-il avec un sourire paternel. Quelle joie de te revoir ! Viens donc tâasseoir.
Daniel, assis droit comme un prince Ă cĂŽtĂ© dâelle, prit la parole dâun ton solennel :
â PĂšre, Liliana et moi avons dĂ©cidĂ© dâofficialiser notre relation. Nous allons nous fiancer demain.
Un silence sâinstalla. GĂ©rard releva lentement la tĂȘte, surpris.
â Demain ?! Mon fils, câest bien soudain⊠à moins quâil nây ait dĂ©jĂ un petit-fils en route ?
Liliana sâĂ©touffa presque avec sa salive, et Daniel, impeccable, rĂ©pondit avec un lĂ©ger sourire :
â Non, pĂšre. Jâai toujours respectĂ© Liliana. Jamais je ne la dĂ©shonorerai avant le mariage.
â Hmm⊠voilĂ qui te grandit, rĂ©pondit GĂ©rard en hochant la tĂȘte. Mais dis-moi, Liliana, oĂč sont tes parents ? Il faudrait les inviter Ă la cĂ©rĂ©monie.
â Mon pĂšre est dĂ©cĂ©dĂ© il y a deux ans, dit-elle dâune voix douce. Ma mĂšre vit Ă lâĂ©tranger.
â Dans ce cas, quâon la fasse venir immĂ©diatement, ordonna GĂ©rard. En jet privĂ©.
Liliana cligna des yeux, un peu dépassée. Un jet privé ? Rien que ça ?
đ Le soir venu
Christian, seul dans sa chambre, frappait du poing sur son bureau.
â Jamais ! Jamais je ne laisserai Daniel me la prendre. Pas Liliana.
Le lendemain, la maison entiÚre était en effervescence.
Les fiançailles se dĂ©roulaient dans un dĂ©cor somptueux : guirlandes dorĂ©es, champagne Ă flots et musiciens en fond. La mĂšre de Liliana, rayonnante, versait quelques larmes dâĂ©motion.
Daniel, micro en main, fit un discours magistral⊠entiÚrement inventé.
â Je me souviens de notre premiĂšre rencontre, dit-il dâun ton romantique, ce regard timide quâelle mâa lancĂ©âŠ
Liliana, assise Ă cĂŽtĂ©, faillit Ă©clater de rire. Premier regard ? Mais il devait sĂ»rement parler dâun autre film !
Puis Daniel sâavança, posa un genou Ă terre et, sous les applaudissements, lui demanda officiellement sa main.
Elle rĂ©pondit « oui » dâune voix plate, sans Ă©motion. La bague glissa Ă son doigt, Ă©tincelante⊠mais froide.
Christian, lui, nâapplaudit pas. Il se leva discrĂštement et monta dans sa chambre, la mĂąchoire serrĂ©e.
đ La nuit
Une fois la fĂȘte terminĂ©e, la maison sâapaisa.
Liliana salua sa mĂšre, installĂ©e dans la chambre dâamis, puis rejoignit la chambre de Daniel.
Ce dernier, dĂ©jĂ douchĂ© et Ă©puisĂ©, lui lança dâun ton taquin :
â Tu comptes dormir sur le divan ? Tu as peur de moi ?
â Non, rĂ©pondit-elle simplement. Pourquoi aurais-je peur de toi?
Daniel rit doucement, puis sâendormit presque aussitĂŽt.
Quelques minutes plus tard, Liliana sortit discrĂštement du lit. Son cĆur battait fort.
Peignoir blanc serré autour de sa taille, elle marcha dans le couloir plongé dans la pénombre et toqua doucement à la porte de Christian.
â Liliana ? fit-il, surpris, les yeux encore rougis par la colĂšre. Quâest-ce que tu fais lĂ ?
â Chut, fit-elle en posant un doigt sur ses lĂšvres. Puis elle entra, referma la porte derriĂšre elle et la verrouilla.
Le peignoir glissa lentement au sol, révélant sa lingerie délicate. Christian, pétrifié, la regarda avancer vers lui.
Un souffle. Un battement. Puis leurs corps se trouvĂšrent.
Ce fut un moment de passion et de tendresse mĂȘlĂ©e, deux heures dâun amour quâils nâauraient jamais dĂ» partager.
Allongée sur son torse, Liliana frissonna quand il déposa un b****r dans son cou.
â Il faut que je retourne, murmura-t-elle.
Christian la retint par la main, sortit une petite boĂźte rouge dâun tiroir et sâagenouilla.
â Liliana⊠épouse-moi.
Elle Ă©clata en sanglots. La bague quâil lui glissa au doigt brillait plus fort encore que celle de Daniel.
â Oui⊠je le veux, dit-elle en pleurant.
Il la porta et l'embrassa tendrement elle lui passa les bras derriĂšre la tĂȘte comme une beau couple
Puis elle retourna dans la chambre de Daniel, le cĆur en tempĂȘte, la nouvelle bague au doigt.
Christian, lui, sâendormit avec un sourire rĂȘveur. BientĂŽt, elle sera mienne, pensa-t-il.
âïž Le lendemain matin
Daniel se réveilla seul.
Il prit sa douche, sâhabilla et descendit dĂ©jeuner, lâair tranquille.
Mais en voyant la table, il fronça les sourcils.
â PĂšre, oĂč sont Liliana et Christian ?
â Oh, ils sont sortis tĂŽt ce matin, rĂ©pondit GĂ©rard en sirotant son cafĂ©. Liliana avait un cours, et Christian a proposĂ© de la dĂ©poser. Si attentionnĂ©, ce garçon !
La fourchette de Daniel se tordit presque entre ses doigts. Il sourit, crispé.
â Oui⊠trĂšs attentionnĂ©.
Quelques heures plus tard, au bureau, Daniel entra dans le bureau de son frĂšre. Vide.
Son regard tomba sur le tĂ©lĂ©phone de Christian, posĂ© sur le bureau. Une notification venait dâapparaĂźtre.
Il prit le tĂ©lĂ©phone machinalementâŠ
Et resta pétrifié.
Le fond dâĂ©cran affichait Liliana, endormie, un sourire paisible aux lĂšvres.
Comment est-ce possible?!!!
le sang de Daniel ne fit quâun tour.