Matilda
« Déshabille-toi. »
J’ai cligné des yeux.
« Quoi ? »
« Déshabille-toi jusqu’à tes sous-vêtements et saute dans la piscine. Ça va être amusant ! dit le détesté Fabien.
« Tu es vraiment malade ? »
« Très bien. Je vois que tu ne veux pas être d’accord... » Il a paresseusement tordu mon téléphone dans ses mains. Je n’ai même pas remarqué comment il me l’avait arraché.
Tout en moi était froid.
« Fabien, donne-le-moi. »
« Déshabille-toi. »
« Non, je ne sais pas. »
« Dernière chance. »
Je serrai les poings.
« Toi. »
Il m’a regardé un instant. Puis il haussa les épaules.
« Comme tu veux. »
Et juste... desserra ses doigts.
Le téléphone disparut dans l’eau.
Je fixais la piscine, incrédule.
« Toi... Toi— »
Mon souffle se coupa dans ma gorge.
« T’es vraiment un idiot ?! »
Fabien rit.
« Je t’avais prévenu.»
« C’est là que se trouve toute ma vie ! Photo ! Notes !»
« Tu achèteras un nouveau. »
« Tu te rends compte du prix que ça coûte ?! »
« Matilda, ne sois pas dramatique.»
Mes lèvres tremblaient.
« Je te déteste. »
« Oh non, pas ça », dit-il paresseusement. « La menace la plus terrible. »
J’ai senti mes yeux se remplir de larmes.
« Tu es juste... juste... Une personne dégoûtante. »
Il haussa les épaules.
« Mais honnêtement. »
Je ne pouvais plus le regarder.
« Fais le projet toi-même, compris ?!»
« Bonne chance », m’a-t-il crié.
Je me suis retournée et j’ai failli sortir du jardin. Les larmes coulaient d’elles-mêmes. Je les ai essuyés avec ma manche, mais ils ont quand même versé.
Quel genre de personne est-il... moche.
L’élève le plus indiscipliné du cours. Et, bien sûr, c’est avec lui que j’étais en binôme.
Quand je suis rentrée chez moi, j’avais déjà mal à la tête à cause de la colère et du ressentiment.
J’ai jeté mon sac par terre.
« C’est ça. Tout est terrible.
Mon estomac gargouillait.
J’ai ouvert l’application de livraison sur mon ordinateur portable.
« Alors... d’accord », murmurai-je.
Pizza. Grand. Quétaine. Et aussi des pommes de terre.
« Oui, c’est exact»
J’ai cliqué sur « commander » et je me suis affalé sur le canapé.
« Je m’en fiche. Je me fiche de tout. »
Vingt minutes plus tard, la sonnette retentit.
« Déjà ? » Vite...
Je l’ai ouvert.
«Merci »
Et il se figea.
« Maman ? »
Elle se tenait dans l’embrasure de la porte, enlevant son manteau.
« Bonjour, ma chère. »
« Toi... Tu étais censé venir demain. »
« J’ai décidé tôt. »
Puis le coursier tendit les cartons derrière elle.
« Un ordre pour Matilda »
Maman tourna lentement la tête vers la pizza.
Puis sur moi.
« Sérieusement ? »
Je me suis mordue la lèvre.
« Maman, ne commence pas. »
Elle entra dans l’appartement, posa son sac et regarda les cartons.
« Tu crois vraiment que tu ne vas pas grossir encore à ce rythme ? »
« Merci pour ton soutien, » murmurai-je.
« Je ne plaisante pas, je m’inquiète.»
« Très proche de la moquerie.»
J’ai jeté la boîte sur la table et je me suis laissé tomber sur une chaise.
« Je passe déjà une journée terrible.
Elle soupira.
« Qu’est-ce qui ne va pas ? »
« Rien. »
« Mathilde. »
« Rien ! »
J’ai brusquement ouvert la boîte de pizza.
« Juste un idiot a noyé mon téléphone. »
« Quoi ?! »
« Oui. Tu imagines ?»
« Comment as-tu pu le noyer ? »
« Il l’a pris et l’a jeté dans la piscine.
« Qui ?! »
« Mon partenaire dans le projet. Fabien. »
Maman fronça les sourcils.
« C’est celle-là... Un type étrange ?
« Il n’est pas étrange. Il est juste... Psycho.»
J’ai pris une bouchée de pizza et j’ai failli gémir.
« Mon Dieu... J’en avais besoin. »
Maman s’assit en face.
« Mathilde. »
« Mm ? »
« En fait, je suis venue pour une raison.
J’ai mâché.
« Hein ? »
Elle resta silencieuse un instant.
« Je voulais avoir une conversation sérieuse avec toi. »
J’étais méfiant.
« Tu me fais peur. »
Elle prit une profonde inspiration.
« Je vais me marier. »
Je me suis figée avec une part de pizza à la main.
« Quoi ? »
« Je vais me marier. »
« Toi... Sérieusement ?
« Oui. »
J’ai cligné des yeux plusieurs fois.
« Attends. Attends. Depuis quand as-tu... un marié ?!»
Elle sourit maladroitement.
— Ça fait presque un an maintenant.
« UN AN ?! »
« Je voulais dire tout à l’heure...»
« Maman ! » J’ai vomi les mains.
« Tu m’as caché un homme?! »
« Pardon »
« Et qui ?! »
« Il s’appelle Daniel.»
J’ai fixé la pizza.
« Aujourd’hui est clairement un jour de surprises.
« Matilda...»
« D’abord, mon téléphone a été noyé. Maintenant tu vas te marier. »
J’ai levé les yeux.
« Je peux au moins finir la pizza avant que ma vie ne devienne plus bizarre ? »
Maman ne put s’empêcher de rire.
« Très bien. »
Je soupirai et repris la pièce.
« Mais ensuite tu me diras tout. » Absolument tout.
« D’accord.»
« Et s’il est un crétin comme Fabien— »
« Il n’est pas comme ça. »
J’ai plissé les yeux.
« On verra. »