MIA
J'arrivais au travail avec la boule au ventre. Cette sensation ne me quittait plus depuis deux jours et j'étais déjà épuisée de revenir ici. Andy ne m'avait pas posé de questions depuis que je m'étais écroulée dans ses bras et j'espérais qu'il ne reviendrait pas sur cette situation gênante. Surtout qu'aujourdhui, je n'avais pas le droit de craquer. Alex était là toute la soirée et je ne voulais pas qu'il pense que je ne savais pas me tenir au travail.
Je poussais la porte et allais directement derrière le comptoir. Jill et Alex servaient et je supposais qu'Andy était derrière. J'espérais que Ben ou Candice soient là, puisqu'Emily et Alyssa ne travaillaient pas aujourd'hui.
Je me changeais rapidement, vérifiais avec un peu d'espoirs mon portable, qui, comme je m'en doutais, n'avait aucun message. Je ne savais toujours pas pourquoi je continuais d'espérer que Liam vienne me parler. Il était vraiment remonté contre moi et je le méritais. Je soupirais avant d'attacher mon tablier et de sortir.
– Tu veux bien commencer en cuisine, Mia ? Me demandait Alex quand je les rejoignais. C'est encore calme, mais Andy aura sûrement besoin de ton aide.
Jill me faisait un clin d'œil et je faisais un petit sourire gêné.
– Pas de problèmes, je le rejoins.
– Nickel, t'es au top !
Je prenais une grande inspiration avant de rentrer en cuisine. Il était tout seul près de la grande table. Génial !
– Oh, salut ! Disait-il en souriant.
– Salut. Dis-je, comme si de rien n'était.
Il finissait de remplir une assiette d'aliments, comme si c'était une œuvre d'art et je le regardais avec amusement.
– Quoi ? Me disait-il en levant les yeux.
– Rien. Tu sais que ça va finir dans l'estomac du client ?
– Bah, oui. J'aime faire les choses bien.
– Oui, j'avais remarqué. Dis-je en passant derrière lui.
Il y avait déjà un peu de vaisselle dans l'évier, mais je laissais ça pour plus tard.
– Alors, tu en es où ?
– Oh, tout va bien pour moi. Je suis sorti tôt de la fac et...
– Je parlais des commandes. Dis-je en le coupant.
– Je le savais. Me disait-il avec un sourire. J'ai fini les dernières, on va attendre le reste.
Autrement dit, on avait rien à faire pendant les dix prochaines minutes minimum. Je regardais de nouveau l'évier et me décidais à commencer la vaisselle. Je ferais tout pour éviter une discussion embarrassante qui pourrait me faire pleurer à tout moment.
– Je vais commencer la vaisselle. Dis-je en remontant les manches de mon pull.
Il ne répondait pas et je saisissais l'éponge avant de l'asperger de liquide vaisselle. Je commençais à frotter la première assiette alors que je l'entendais bouger derrière moi.
– Alors, tu vas mieux, toi ?
Merde. Je continuais de frotter l'assiette, sans relever les yeux.
– Oui. Pourquoi j'irais mal ?
– Aller, ne joue pas à ça avec moi. Tu n'allais pas bien du tout, hier soir. J'aimerais juste savoir si tu vas mieux.
Je regardais par-dessus mon épaule et le découvrais accoudé à la table derrière moi. Ses grands yeux bleus me scrutaient et je détournais les yeux.
– Oui, je vais mieux.
Je retenais un soupir. Je n'avais pas envie de me trahir.
– Vraiment ? Est-ce que c'est un mensonge ?
Je haussais les épaules. Qu'est-ce que je pourrais lui dire d'autre ? Oui, excuse-moi, depuis que je me suis fait jeter par mon mec pour lui avoir menti, tout va mal dans ma vie ?
– Tu sais que si tu as besoins de parler, je suis disposé à t'écouter.
– Oui, merci.
– Je suis sérieux. Tu n'as pas l'air bien depuis quelque temps et je m'inquiète vraiment pour toi.
Je fronçais les sourcils avant de me retourner. Il devenait tout à coup gêné et se redressait en cherchant je ne sais quoi des yeux.
J'ignorais sa remarque et me remettais au boulot. Ça ne prenait que quelques minutes, mais, quand la vaisselle fut nettoyée et essuyée, j'en profitais pour rincer l'évier correctement jusqu'à ce qu'il se mette à briller.
– Les amis, deux planches de charcuterie s'il vous plaît. Disait Jill en apparaissant deux secondes dans la cuisine.
– Ça marche. Disait Andy alors que la porte se refermait.
Je m'essuyais les mains dans le torchon et sortais la charcuterie du frigo. J'évitais son regard, me concentrant sur l'aspect visuel de la planche.
– Ce n'est pas de l'art. Disait-il avec amusement.
– Ah. Ah.
Il se mettait à rire et je reculais la tête quand il passait son gros bras devant moi pour prendre les cornichons.
– Alors, c'est à cause de ton mec que tu t'es mise dans cet état hier ?
Mon cœur se serrait et tout mon corps se crispait. Il n'allait pas lâcher l'affaire ? Il voulait vraiment que je me mette à repleurer ou quoi ?
– On t'a déjà dit que la curiosité était un vilain défaut ?
– Tout le temps, mais, qu'est-ce que tu veux, je m'intéresse aux gens.
Je souriais, continuant de disposer le jambon cru sur la planche. Je sentais son regard sur moi qui me déstabilisait.
– Alors, tu ne veux pas me répondre ?
Je soupirais, avant d'essuyer mes mains dans une serviette et de lever les yeux vers lui.
– Si tu veux tout savoir, je n'ai pas vraiment été honnête, et, c'est pour ça que mon copain m'a quitté avant-hier soir.
Mon cœur s'accélérait et je faisais mon possible pour repousser l'envie de pleurer qui me serrait le bide.
– Qu'est-ce que tu as fait ? Me demandait-il en fronçant les sourcils.
– Je préfère ne pas le dire. Dis-je en baissant la tête. Je me sens déjà assez mal comme ça et je ne veux pas qu'une personne de plus continue à me juger.
– Te juger ? Pourquoi tu veux que je te juge ? Personne n'est un Saint, moi le premier.
Je souriais faiblement. Je ne savais pas si lui parler allait m'aider à me sentir mieux, mais il semblait vouloir m'écouter et j'avais envie de lui faire confiance.
– On a commencé à sortir ensemble à la rentrée. Tout allait bien au début, et puis, il m'est arrivé quelque chose. On s'est quitté et j'ai eu quelques problèmes.
Repenser à mon agression me faisait paniquer, mais j'essayais de ne rien montrer. Je m'obligeais à ne pas y penser même si en parler ne m'aidait pas.
– Je me suis rapproché d'un ami qui venait de perdre son père, et un soir, on s'est embrassé. Plus tard, je me suis remise avec Liam et il m'a posé des questions sur le mec que j'avais embrassé. Je lui ai promis qu'il ne s'était jamais rien passé et il a découvert la vérité il y a deux jours.
– Ah, je vois. Il t'a quitté parce que tu as embrassé un mec alors que vous n'étiez plus ensemble ?
– Oui. Il n'a pas l'habitude qu'on lui mente et il me pensait cent pour cent honnête avec lui.
– Et lui, il est honnête avec toi ?
Je haussais les épaules. Je savais que Liam m'aime, mais, il n'avait pas toujours été honnête dans le passé. Il m'avait menti pour mon agression, pour son ancienne addiction pour la d****e, et aussi pour ses anciennes fréquentations. Je savais qu'il me cachait encore beaucoup de choses, mais à quoi ça servirait de le savoir maintenant ?
– Oui, je crois.
– Excuse-moi de te le dire, mais, tu n'as rien fait de mal. Je ne comprends pas pourquoi il te quitte pour ça.
– Oui, il a juste une grande fierté, et je sais aussi que je l'ai blessé.
Mon cœur battait toujours aussi vite et j'avais l'impression de trahir une fois de plus Liam en me livrant à Andy.
– Et pourquoi t'a embrassé l'autre mec ?
– Je ne sais pas. On était mal tous les deux et ça a dérapé. Dis-je, gênée. J'avais bu, et lui aussi.
Il se mettait à rire et je levais les yeux vers lui. Ses fossettes ressortaient et je détournais les yeux quand il croisait mon regard.
– Tu prends l'alcool pour excuse alors ?
– Non, pas du tout. Dis-je en fronçant les sourcils.
– D'accord, d'accord. Si ce n'était rien pour toi, c'est ce qui compte. Tu lui as dit ?
– Oui, et ça a été encore pire après.
Je le voyais faire une grimace. Il finissait de placer le jambon blanc sur les deux planches et c'était bientôt prêt.
– Qu'est-ce que tu vas faire alors ? Vous vous êtes reparlé depuis ?
– Non. Au lycée, il m'ignore complètement et j'ai peur de l'affronter. Je suis qu'une poule mouillée.
– Non. Ne dis pas ça. Attends qu'il fasse le premier pas.
– Je ne suis pas persuadée qu'il vienne me parler dans les prochains jours. Il a quelques problèmes personnels à gérer et je sais que c'est ça qui joue beaucoup sur ses nerfs.
– Tu essayes de lui trouver des excuses ?
– Non. Mais, je sais que ce qui s'est passé entre lui et moi n'est pas arrivé au bon moment.
– Il n'y a jamais de bon moment.
On relevait les yeux en entendant la porte s'ouvrir.
– Une planche de plus et deux crêpes. Les gens commencent à arriver. Disait Alex en s'approchant de nous. Vous avez fini les planches ?
– Yes, dans une seconde. Disait Andy.
On se dépêchait de rajouter le saucisson et le chorizo sur les deux planches et on le laissait repartir avec.
– Ça te dit d'aller faire un petit tour après le boulot ?
– Un petit tour ?
– Ouais, se promener dans le froid, ça pourrait te faire du bien.
– Euh, je ne sais pas. J'ai cours demain.
– Oui, moi aussi, mais on s'en fout. C'est jeudi soir. Demain, c'est le dernier jour avant le week-end.
Je le regardais un long moment avant de baisser les yeux et d'accepter.
***
– Je ne pensais pas qu'il allait faire si froid. Dis-je en me frottant les mains alors qu'on marchait sur le trottoir.
– Il est tard, c'est pour ça.
J'avançais à ses côtés, toujours surprise d'avoir accepté sa compagnie alors que j'aurais pu refuser pour m'enfermer dans ma chambre et pleurer sur mon sort.
– Tu passes le Bac cette année ?
– Oui, j'ai déjà des examens la semaine prochaine. Je n'ai pas beaucoup révisé.
– Est-ce que tu as vraiment besoin de réviser ?
– Tout dépend si les sujets seront simples.
Il souriait et je mettais mes mains dans mes poches. Il faisait froid, mais ça restait supportable. Lui n'avait qu'une petite veste et ne tremblait même pas.
– Tu claques des dents ?
– Il fait froid. Dis-je en regardant droit devant moi.
– Moi je trouve que ça va, pour une nuit d'hiver.
– Je ne dois pas encore avoir l'habitude alors.
– Pourquoi ?
Je haussais les épaules.
– Tu ne viens pas de L.A ?
– Non, je viens du Texas. Dis-je en souriant.
– Le Texas, vraiment ? D'où exactement ?
– Houston.
– Waouh, c'est la première fois que je rencontre une Houstonienne ! Je suis chanceux.
Je rigolais avant de lever les yeux au ciel. Houston était une ville comme une autre, même si elle me manquait.
– Tu habite ici depuis combien de temps ?
– Quelques mois. Je suis arrivée pendant les vacances d'été.
– C'est tout récent alors. Et comment tu trouves L.A ?
– C'est une très belle ville. Et toi, d'où tu viens ?
– D'ici. Je n'ai jamais quitté L.A. Sauf pour voyager bien sûr.
– Oh. Dis-je en souriant.
– Et toi, tu comptes aller où l'année prochaine ?
– L'année prochaine ? Je répétais.
Il baissait la tête un moment et croisait mon regard.
– Oui, à la fac ? Tu as commencé à faire des demandes ?
– Oh, oui, un peu. Enfin, c'est compliqué.
– Compliqué ?
Il ralentissait la marche et je l'imitais. Il me lançait un regard intrigué et je faisais un petit sourire innocent. Je n'avais pas envie de lui parler de mes projets, mais je sentais qu'il n'allait pas lâcher l'affaire, encore une fois.
– Tu ne comptes pas aller à la fac ?
– Si, bien sûr que si.
– Alors, qu'est-ce qui est compliqué ?
Je mordais ma lèvre avant de lâcher :
– J'aimerais rentrer à UCLA.
– Bien. C'est une jolie fac, et elle n'est pas très loin d'ici.
– Oui.
– Et pourquoi UCLA ?
– Je n'aime pas trop en parler. Dis-je en rigolant, gênée.
Pourquoi j'étais gênée de parler de ça ? Ce n'était qu'une passion que je voulais remettre en pratique parce que j'avais arrêté bien trop longtemps. Mais aujourd'hui, je n'étais plus sûr de ce que je voulais faire. Julia me demandait encore ce que j'avais prévu de faire l'année prochaine et je n'avais pas vraiment encore pris de décision.
– Je ne comprends pas.
– Il y a plusieurs semaines, on m'a fait une proposition de bourse pour y entrer.
– Vraiment ? Me demandait-il.
– Oui. Avant de venir ici, je pratiquais la gymnastique de haut niveau et je rêvais depuis toute petite d'intégrer l'équipe universitaire de UCLA avec ma meilleure amie.
– Waouh, tu faisais de la gymnastique de haut niveau ? Pourquoi tu as arrêté ?
– J'ai eu quelques problèmes familiaux. Je ne préfère pas en parler.
Inutile de dire que ma mère était mon entraîneur et que je n'avais plus la force de continuer après sa disparition. Heureusement que je pensais moins à tout ça.
– Donc, tu étais vraiment connu alors, tu étais dans l'équipe nationale ?
– Oui, trois années de suite.
– Waouh, bravo. Et tu comptes vraiment reprendre l'année prochaine alors ? Enfin, pas comme avant, mais, entrer à la NCAA ?
– Oui, j'avoue que la gymnastique me manque, mais je ne sais pas si je pourrais revenir au niveau que j'avais avant.
– Oui, il te faudra sûrement beaucoup d'entraînement.
– Oui, on verra bien.
– Qui t'a proposé une bourse, alors ?
– Corinna Longford, c'est l'entraîneur-chef de l'équipe de gymnastique de UCLA. Elle coach les Bruins depuis plusieurs années. Mais bon, je ne l'ai jamais rappelé après sa proposition. Je ne sais même pas si c'est toujours d'actualité.
Mon cœur se serrait en m'imaginant privé de ma seule porte ouverte pour l'année prochaine.
– Si elle t'en a parlé, c'est qu'elle tenait vraiment à t'avoir dans son équipe, non ?
– Oui, peut-être. Mais assez parlé de moi. Toi, qu'est-ce qui te passionne ? Tu fais du sport ?
Il commençait à parler de sa passion pour le Hockey et je l'écoutais avec attention. On en profitait pour faire demi-tour pour rejoindre le parking et j'étais soulagée lorsque je retrouvais enfin mon lit. J'avais tellement froid que je ne sentais plus mes pieds.
Aller, dernière journée de cours demain.