Chapitre II

430 Words
II Nuit du mercredi 1er au jeudi 2 juin. Dans son pavillon de la rue des Capucins, Morand est tiré de son sommeil vers deux heures du matin par un appel du médecin légiste de Morlaix : — Je suis insomniaque, explique celui-ci pour s’excuser. Votre touriste… — Une seconde ! maugrée Morand qui, portable en main, quitte la chambre où dort sa femme Catherine. Vous avez vu l’heure qu’il est ? — D’habitude, la police est toujours pressée, rétorque le légiste… Mais si ce que j’ai à vous dire ne vous intéresse pas, je peux raccrocher et vous envoyer un courrier demain. — Ça va, n’en rajoutez pas, réplique, agacé, Morand. Je vous écoute. Je parie que c’est une tuile ! — Tout juste ! Votre bonhomme, il est bien mort d’une crise cardiaque… sauf que ce n’est pas par hydrocution, mais par électrocution ! — C’est-à-dire ? — Qu’il a reçu une grosse bonne décharge électrique au moment où il faisait trempette. Et ça, ça pardonne rarement… — Vous… vous en êtes sûr ? — Certain. Seule une électrocution peut noircir à ce point les tissus cardiaques. — Ce n’est donc pas une mort naturelle. — Non. Il faut que les Thermes revoient d’urgence leurs systèmes de sécurité. Sinon ça fera un cadavre par baigneur… Remarquez, ça me ferait des clients… Allez, bonne nuit, Commissaire… À votre service… Debout sur le palier de sa chambre et en pyjama, Morand se gratte le cuir chevelu, se frotte les yeux pour retrouver au plus vite ses esprits et, malgré l’heure avancée de la nuit, appelle Pierre Salvagnat. Si ce que dit le légiste est vrai, les pépins vont se multiplier en série. Autant prendre tout de suite ses précautions. Une mort accidentelle, c’est fâcheux, plusieurs, ça deviendrait un drame. — Allô ? Pierre ? Excuse-moi de te réveiller, mais c’est important. Je suppose que tu as prévu de rouvrir ta cabine dès ce matin neuf heures ? — Évidemment ! J’ai besoin de toutes mes cabines. C’est le début de la pleine saison ! — Ne la rouvre surtout pas ! Au moins pour la matinée… Ni celle-là ni les autres d’ailleurs. Ton client, ce n’est pas une mort naturelle. Mais un accident par électrocution. Il doit y avoir un problème dans tes circuits électriques ou dans tes sécurités. — Ce n’est pas possible… — Le médecin légiste est formel. Les Thermes sont-ils en travaux ? — En travaux, non, ce n’est plus l’époque, mais en maintenance, oui. C’est permanent chez nous, la maintenance. Vérifications, réparations, tuyauteries, câblages… Il faut que tout tienne pour la saison, sans jamais une anicroche. — Maintenance électrique aussi ? — Aussi. Tu n’imagines pas la puissance qu’il nous faut pour que tout fonctionne. — Il faut tirer cela au clair, et vite, sinon tes prochains curistes risquent la noyade… Je serai à sept heures demain matin aux Thermes. Tout en étant certain de ne pas retrouver le sommeil, Morand regagne sa chambre et son lit : — Qu’est-ce qu’il y a ? lui demande Catherine. — Rien. C’était la morgue. Rendors-toi.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD