Retour à la réalité

1152 Words
—Comment tu le veux ? Lentement, brutalement ou salement ? —Je veux la totale. En réponse, elle se penche sur lui et se met à lui tailler une pipe. Automatiquement, il ferme les yeux pour profiter du plaisir qu'elle lui procure. Jamais toutes celles qu'il avait ramené un soir ne lui avait fait autant d'effets. Quand Raphaël se réveille le lendemain, c’est pour rouler un joint. Pendant qu'il est en train de fumer ses yeux sont posés sur le corps nu de Bella. Il a immédiatement un sourire aux lèvres, se disant qu'il en avait réellement eu pour son argent. Après quoi, il se dirige vers la fenêtre d’où il a toujours pu admirer la vue donnant sur une partie de la ville de Cotonou. D’un coup, le jeune homme se remémore son arrivée dans cette ville. Il se rappelle du jeune homme de vingt deux ans qu'il avait été. Il y avait deux ans de cela, il quittait ses parents et son village d'Abomey pour rejoindre la ville avec à peine de quoi se payer un morceau de pain. Rempli d’illusions, il avait pensé pouvoir se faire de l'argent facile afin de donner une meilleure vie à sa famille et rendre son père fière de lui. Ses yeux étaient pleins de rêves. Après, comme l'on dit souvent, les rêves sont doux mais la réalité amer. Il l'avait compris dès son arrivée dans cette immense ville. Il s’était perdu, avait dormi dans la rue et manger les restes que voulait bien lui laisser des personnes généreuses. Dans son village, il cultivait le champ de son père et, lorsqu'il avait faim, il pouvait cueillir un fruit de l'un des arbres du domaine. Dans cette cité dépourvue de campagne il ne pouvait avoir cette opportunité. Une semaine plus tard, il était à bout. Il avait pensé retourner dans le foyer familial mais s’était ravisé. « La honte que je risque de me taper quand je rentrerai. Je ne pourrai pas regarder mes parents dans les yeux ou affronter les regards des autres villageois. Non. Je ne peux pas rentrer. » s’était il dit. Alors, avait-il continuer à errer dans la ville jusqu’à rencontrer ceux qui sont à présent ses amis et qui l'ont initié au trafic de stupéfiant. Bella, déjà réveillée, assise sur le matelas observe le jeune homme qui se trouve devant elle. Ce dernier semble plongé dans ses pensées. Intriguée, elle se lève et part le rejoindre. —A quoi penses tu ? demande t-elle en arrivant à sa hauteur. A l’entente de cette voix, Raphaël n'a pu s'empêcher d'avoir un sursaut de surprise. Des mains viennent caresser son torse tandis qu'un souffle chaud vient chatouiller sa nuque. Il se tourne vers Bella, un large sourire aux lèvres. —T’ai-je fait peur ? —Non. Pas du tout. Leurs visages ne sont plus qu'à quelques millimètres l'un de l'autre. —Bonjour, belle demoiselle, reprend t-il. Bien dormi ? —Comme une reine. Et toi ? —J’ai très bien dormi. —Cool. Bella, toujours dévêtue, avec des gestes lents et un beau déhanché, se dirige vers le milieu de la pièce où repose ses vêtements. Raphaël l'observe sans tenter de la retenir ; ce n’est pourtant pas l'envie qui l'en manque. Avec désinvolture, il se lève à son tour et part chercher son portefeuille. Après en avoir sorti une liasse de billets, il va vers Bella qui continue toujours de se vêtir. —Tiens, dit-il. Je crois que j'ai été réglo. La prostituée saisit l'argent et, à sa grande surprise, lui en retourne la moitié après l'avoir compté. —Je te le fais moitié prix, explique t-elle, un sourire radieux accroché au faciès. —Et c'est pour quoi ? Elle glisse un index le long de son torse puis penche la tête sur le côté. —Bah… Tu m'as fais découvrir bien plus que tes proches. Cette réponse est sincère. Et, si elle n’était pas contrainte à subvenir à ses besoins, elle lui aurait carrément offert cette nuit comme cadeau en refusant toute rémunération. —Est-ce que ça veut dire que je suis mieux que tes richards ? —Pfff. Ces richards n'ont rien à part leurs poches. La plupart sont des gros porcs qui n'ont plus rien à donner à part leur argent. —Ah ! D'accord. Elle s'approche un peu plus près. —J’espère que nous nous reverrons bientôt, murmure t-elle. Ne me raccompagne pas. Elle lui laisse un b****r dans le coup avant de sortir de la pièce. Raphaël, l'argent en main et éberlué, il la regarde s'en aller.   Raphaël a passé la journée à écouter de la musique, enfermé dans sa chambre. Ses pensées n'ont pas quitté Bella et son sourire charmeur. Il était au comble du bonheur. Non seulement il a eu la femme qu'il voulait depuis des mois mais aussi, elle avait été si satisfaite qu'elle lui avait fait un rabais et avait souhaité qu'ils se renvoient. Rêveur, le jeune homme est surpris par le crépuscule, ce qui ne manque pas de lui arracher un long soupir. Car, en effet, ce soir là, il y a une fête qui se déroule à Jonquet, dans la zone près de la gare et, faisant partie de la b***e de Jerry encore surnommé Madara–car fan du personnage de Naruto Shippuden– son chef, il lui est dans l'obligation d'y assister pour faire des affaires. Vêtu d'un t-shirt sombre, d'un jean troué aux genoux, de baskets noirs et son sac à bandoulière contenant la marchandise sur son épaule, Raphaël enfourche son vélo ; direction la gare de Jonquet où la fête est sensée se dérouler. Pendant qu'il pédale, les souvenirs de cette ville continuent à affluer dans son cerveau. Il était venu dans cette ville, paumé, tel un pauvre diable. Plus aucun espoir ne l'attendait. Il avait été détruit dans cette cité et c'est cette même cité qui l'a relevé. Il s'y est fait des amis qui lui monter le chemin, même si celui-ci n'est pas celui qu'il voulait. C’est la voie de la facilité ; celle que son père lui avait interdite. Jusqu’à présent, Raphaël ne sait pas encore ce qu'il va faire de sa vie cinq ans plus tard. Parfois pensait il à arrêter la vente et à de concentrer sur moyen de gagner plus honnêtement sa vie en utilisant des économies bien amassées. Mais, lorsqu'il se rendait compte de la situation du pays en matière d'emploi, le jeune homme se disait à la fin qu’il valait mieux rester dans son coin. « C'est pas avec un petit boulot que je vais avoir l'occasion de conduire ma Lexus. » pensait il à chaque fois. Une Lexus noire, il en rêve toutes les nuits depuis qu'il avait vu celle de son bosse. Il lui avait semblé que l'auto elle-même lui faisait un clin d’œil. « Je veux la même. » avait il pensé à l’époque.
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