ELIA
– Ne crois pas que parce qu’elle te parle, il va se passer quoi que ce soit. Elia a juste l’impression d’avoir besoin d’attention. Elle n’en trouvera pas avec toi.
– Pardon ? Tu es sérieux, là ? Depuis quand tu te préoccupes de ce que je ressens ? C’est toi qui me trompe, qui dis que tu vas arranger les choses et pourtant qui continues, et tu oses me dire ce que je dois faire ? Mais regarde déjà ce que tu me fais avant de venir parler. Dis-je, sentant l’adrénaline monter.
– Elia…
– C’est bon, retournes danser. Ta copine t’attend et je t’ai dit de ne plus venir me parler, jamais. Laisse-moi tranquille et habitue-toi à vivre sans moi, parce que je ne serais plus là pour toi, d’accord ? Tu as perdu tout mon respect et les autres ont raison, tu es devenu un vrai connard.
Ces mots sonnaient bizarrement dans ma bouche et je me sentais mal de parler de cette façon, mais c’était la vérité. Devant la brutalité de mes paroles, il soupirait, baissait la tête, puis me regardait à nouveau, avec un regard plus intense, rempli de haine et de pitié.
– Tu dis que je suis devenu un connard ? Et toi, qu’est-ce que tu deviens depuis quelques jours ? Ce soir, qu’est-ce que tu fais ? Tu fais peut-être la fille prude et discrète, mais je ne suis pas dupe. Depuis que tu te prépares à me quitter, je sais que tu ne rêves que de t’envoyer en l’air avec un autre mec que moi. Ne crois pas que je suis le seul à changer, Elia Williams, tu caches très bien ton jeu depuis quelque temps.
Le seul moyen que je trouvais pour l’arrêter, c’était de le gifler. Sa tête basculait vers la droite alors que je le fusillais du regard.
– Si tu ne t’éloignes pas tout de suite d’elle, je serais obligé de te faire sortir de force pour être sûr que tu ne l’approches plus. Intervenait Augustino, qui se donnait du mal à ne pas réagir violemment.
– Mais t’es qui, toi ? Tu crois que je suis sous tes ordres ou quoi ? Personne ne me parle comme ça et personne ne me dit ce que je dois faire.
Les mâchoires serrées, Augustino scrutait Ben d’un regard mauvais. Son assurance me sidérait et je retenais ma respiration alors que je voyais Ben fléchir légèrement. Il avait peur de lui. Ben avait peur de quelqu’un, et mon cœur se remplissait de joie.
– Je ne le répéterais pas. Soit tu retournes avec tes amis et tu la laisses tranquille, soit tu dégages d’ici et je veillerais à ce que tu ne reviennes plus jamais ici.
Ben ouvrait la bouche pour prendre la parole, mais devant le regard noir d’Augustino, se ravisait. Il détournait les yeux vers moi et me regardait d’un air dégoûté. Et puis, il prenait la parole :
– Tu as vraiment un problème, mec.
Il partait sans un regard en arrière et je m’autorisais enfin à respirer normalement. Augustino me jetait un regard indéchiffrable et je lui souriais faiblement. Je ne le connaissais que depuis dix minutes, mais il venait tout de même de m’aider à me débarrasser de Ben et je lui en étais vraiment reconnaissante.
Il se tournait vers son ami qui venait de le rejoindre et murmurait quelque chose à son oreille. Je n’entendais pas bien d’où j’étais, mais je jurais que c’était de l’espagnol.
– Merci de m’avoir aidé. Dis-je alors que son ami partait.
– Il ne faut pas me remercier pour ça, j’ai bien réussi à me contrôler. En même temps, ce petit ne vaut pas la peine que je me salisse les mains.
Ce petit. Je rigolais alors qu’il gardait tout son sérieux et jetais un coup d’œil sur le bar pour voir si mes bouteilles étaient toujours là.
– Rejoins tes amis.
– Quoi ? Dis-je, alors que je prenais la première bouteille dans mes mains.
– Tes amis doivent t’attendre.
– Oui, mais…
– Rejoins-les.
Cette proposition sonnait plus comme un ordre et je me demandais s’il faisait exprès de me parler de cette façon ou si c’était une habitude.
La vérité était seulement que je n’avais pas envie de le quitter, parce que je savais que je n’allais pas le revoir.
– Tu voudrais peut-être…
– Sans façon.
Il avait deviné ma pensée avant même que je finisse ma phrase, et j’étais déçu qu’il ne veuille pas monter avec moi.
– Les sorties en groupe ne sont pas mon truc. Si tu veux me parler, je serai là. Je ne bougerais pas avant un moment.
Il désignait son tabouret d’une main et un petit espoir naissait en moi.
– D’accord, encore merci de m’avoir sauvée.
– Je ne t’ai pas encore sauvé.
Cette réponse m’arrêtait dans mon élan et il se mettait à fixer le mur en face de lui alors qu’il portait le verre à ses lèvres. Je ne savais pas quoi répondre et je prenais les bouteilles dans mes bras avant de m’éloigner, perturbée par ce qu’il venait de me dire et de ce qui venait de se passer. Quand je me tournais pour le regarder, il fixait toujours le mur.
– Enfin ! Disait Julian en prenant la bouteille de Whisky de mes mains. Merci Elia.
Je posais les deux autres bouteilles sur la table et Chelsea me faisait signe de venir à côté d’elle. Je passais devant les autres jusqu’à me retrouver entre mes deux meilleures amies, qui affichaient une drôle d’expression.
– Qu’est-ce que vous avez ?
– Qui est ce mâle terriblement sexy à qui tu parlais il y a deux minutes ? Me demandait Sydney, un sourcil levé.
– Quoi ? Vous me regardiez ?
– On t’a juste vue au bar. Disait Chelsea. Raconte.
Je revoyais ses yeux sombres et je mordais ma lèvre en refoulant toutes les sensations venant du bas de mon ventre.
– Alors vous m’avez vu parler à Ben ?
– Quoi ? Me demandaient-elles en même temps.
– Oui, ce con est venu me parler.
– Et c’est pour ça que ce mec est venu te parler ?
Non.
– Oui.
– Comment il s’appelle ? Dis-moi que tu as pris son numéro. Me disait Sydney en touchant mes cheveux.
Mon regard faisait le tour de la table et je remarquais que Robin n’était plus là.
– Où est Robin ?
– Il est déjà partie, mais, ne changes pas de sujet.
– Il s’appelle Augustino. Et non, je n’ai pas pris son numéro. Dis-je, sachant qu’elles ne lâcheraient pas l’affaire avant de savoir.
– Quoi, mais pourquoi ? Tu ne le trouves pas assez sexy ? Me demandait Chelsea.
– Si, et alors ?
– Quoi ? Toi, tu avoues que tu trouves un mec sexy ? Mais va tout de suite le revoir, tu ne peux pas le laisser partir alors que tu ressens une tension sexuelle pour ce mec.
Je rigolais alors que Julian me tendait un verre de vin blanc.
– Aller, bois, tu as du retard à rattraper.
J’acquiesçais avant de boire mon verre d’un trait. Le vin passait beaucoup mieux que la Vodka, et mes deux meilleures amies m’applaudissaient.
– Tu viens danser ?
Sydney rougissait à la proposition de Zach et elle nous faisait un clin d’œil avant de se lever. Il lui prenait la main et ils disparaissaient dans l’escalier.
– Je crois qu’on ne va pas la revoir de la soirée, ni de la nuit. Me disait Chelsea en gloussant. Elle m’a dit que s’il l’invitait, elle rentrerait avec lui ce soir.
– Oh.
Je tournais la tête pour regarder le bar. Augustino était toujours là, et cette fois, son ami était assis à côté de lui. Je mourais d’envie de redescendre pour lui parler.
Me trouvait-il vraiment belle, ou disait-il seulement ça pour coucher avec moi ? Si seulement je connaissais la réponse. Cet homme était trop parfait pour vouloir autre chose que coucher avec moi. Et d’abord, pourquoi moi ?
Je prenais la bouteille de vin blanc pour me resservir, et après cinq verres, il ne restait plus qu’un fond que je comptais bien finir le plus vite possible. Ma tête commençait sérieusement à tourner, et Chelsea se trouvait dans un pire état que moi. Et il faisait chaud, trop chaud.
– Alors, ça fait quoi d’être défoncée ? Me demandait Nate en rigolant.
– Je ne suis pas défoncée.
– Ouais, un peu quand même. Disait Tommy en rigolant.
– Vous êtes aussi défoncé que nous. M’aidait Chelsea. On est là pour faire la fête, pas vrai ?
– Ouais, mais vous buvez beaucoup trop vite. J’ai peur qu’on soit obligé de vous tenir les cheveux aux toilettes pour que vous puissiez vomir.
Nate prenait le verre que j’avais dans les mains pour le reposer sur la table.
–Quoi ? Alors quand je ne bois pas, ça ne va pas, et quand je bois, ça ne va pas non plus ? Qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour que tu sois content ? Dis-je en reprenant mon verre.
– Ce n’est pas contre toi. Tu n’as juste pas l’habitude de boire, et je crains que siffler une bouteille de vin entière en moins de vingt minutes te fasse vomir.
Je suis une pochtronne.
– Ne t’inquiète pas, je gère. Je gère toujours.
Je commençais tellement à être bourrée que je ne savais même plus ce que je disais.
– Oui, je la gère, t’inquiète. Lui disait Chelsea en posant une main sur ma cuisse. Elle a besoin de s’amuser. D’ailleurs, on va aller danser.
– Quoi ?
– Oui, tu m’as bien entendu.
Elle se levait d’un coup et s’appuyait fortement sur moi pour ne pas risquer de tomber en arrière, tellement elle n’arrivait pas à garder l’équilibre à cause de l’alcool.
– Stop, vous n’allez nulle part, toutes les deux. Hors de question qu’on vous laisse descendre toutes seules. Vous allez vous faire embarquer par je ne sais quel pervers.
Je me relevais à mon tour, redescendant ma robe qui remontait sur mes cuisses. Je me mettais à rire sans aucune raison alors que j’essayais de m’arrêter.
– Non, mais, regardez-vous. Vous êtes complètement…
– Non, arrête, j’ai seulement un peu la tête qui tourne. Je vais très bien. Dis-je en coupant Nate en lui posant une main sur la bouche.
Il me prenait le poignet.
– Si vous descendez, je descends avec vous. On descend avec vous.
Julian se levait également et je levais les yeux au ciel, lâchant l’épaule de Chelsea pour partir en tête du groupe.
– On n’a pas besoin de baby-sitters. Dis-je en me tournant vers Nate, qui me retenait avant que je tombe dans les escaliers.
– Si. Dans vos robes, je ne serais pas surpris qu’un vieux mec tente sa chance alors que vous ne pouvez pas vous défendre.
– Tu parles, t’es aussi bourré que moi. Dis-je, en commençant à descendre.
Ses mains posées sur mes épaules, je me concentrais sur les gens qui dansaient pendant que je descendais les dernières marches. Je réalisais alors que j’avais beaucoup trop bu, puisque je n’arrivais pas à voir clairement et c’était la première fois que je me sentais comme ça depuis mon dernier anniversaire. J’allais mal finir cette soirée, et je le regrettais déjà…