ELIA
– Salut Elia !
Scarlett, la standardiste, et aussi une personne que j’appréciais énormément ici, me saluait en souriant. Elle contournait le standard pour me faire la bise, et comme à son habitude, elle commentait ma tenue :
– Toute belle pour ton premier jour !
– Merci, mais toi aussi, tu es toute belle !
– Ouais, mais toi, tu es toute jeune.
– Ça va, trente ans, ce n’est pas vieux.
– Tu ne diras pas ça quand tu auras mon âge. Me disait-elle en enlevant ses lunettes pour se gratter le visage.
Je rigolais avant de la laisser pour rejoindre l’ascenseur. Je montais au onzième étage, toute excitée de revoir tout le monde. Marissa, l’assistante de direction qui avait quelques années de plus que moi était dans son bureau, Cassidy en face d’elle. Quand elle me voyait, elle ouvrait les bras avec un grand sourire pour me serrer contre elle.
– Mon binôme est de retour.
– Bien sûr, je n’allais pas t’abandonner.
Elle me lâchait et je saluais Marissa qui me souriait.
– Comment ça va, ici ?
– Très bien, mais viens avec moi, j’ai quelque chose de très important à faire.
Cassidy me prenait la main et m’emmenait jusqu’aux toilettes en face du bureau. Elle refermait soigneusement la porte avant de se tourner vers moi.
– J’espère que c’est important, parce que je n’ai pas envie de commencer en retard pour mon premier jour.
Sa tête me rendait inquiète et j’abandonnais tout commentaire.
– Tu vas bien ? Dis-je en m’approchant d’elle.
– Non. Enfin, oui. Je suis juste hyper stressée.
– Quoi ? Mais qu’est-ce que tu as ? Tu as un entretien, aujourd’hui ?
– Non. Faut que je fasse le test.
Je fronçais les sourcils, ne sachant pas du tout de quoi elle parlait.
– Le test ?
– Oui. Je n’en ai parlé à personne. Je voulais le faire avec quelqu’un, et j’ai immédiatement pensé à toi.
Elle sortait un emballage de son sac et mon cœur faisait un bon quand je voyais le test de grossesse. Mon dieu. Je sautais de joie alors qu’elle reculait, au bord des larmes.
– Tu penses être enceinte ?
– Oui, mais chut. Je ne suis pas sûr. J’ai juste les seins qui me font de plus en plus mal, des ballonnements et j’ai une humeur de chien. Enfin, je change d’humeur très vite, tu me connais.
– Oh mon dieu. Fais vite le test.
Elle mordait sa lèvre et je rigolais en lui secouant légèrement les épaules. Elle explosait de rire et je la regardais ouvrir la porte des toilettes.
– J’espère que personne ne va entrer.
Elle baissait sa culotte sous sa robe et s’asseyait.
– Personne ne fait pipi à neuf heures du matin.
Elle rigolait et je regardais la porte au fond pour lui laisser un peu d’intimité, même si on partageait tout comme deux sœurs.
Elle sortait des toilettes trente secondes plus tard, le test dans la main gauche.
– Combien de temps il faut attendre ?
– Dix minutes. S’il y a deux barres, je suis enceinte.
– Et s’il y a une, fausse alerte.
– Oui.
Elle posait le test sur l’évier pour se laver les mains. Puis, elle s’attachait les cheveux en soufflant. Elle était paniqué comme jamais et je pouvais la comprendre. Même moi, je sentais la panique posséder toutes les fibres de mon corps.
– On n’en a jamais vraiment parlé, mais, tu veux un enfant maintenant ? Tu penses être prête ?
– Tu me connais. J’ai toujours voulu des enfants, et là, si le test est positif, je dois être prête.
– Et Ian ?
– Oula, ne me parle pas de ça pour l’instant, je suis déjà assez stressée.
Elle enlevait sa queue-de-cheval et je riais en voyant ses cheveux blonds en pétard alors qu’elle les coiffait toujours parfaitement d’habitude. Aujourd’hui, elle était tellement
stressée qu’elle oubliait d’être maniaque.
Le test n’affichait toujours rien et je frottais son dos pour tenter de la rassurer. Ma jambe droite tremblait parce que j’étais nerveuse pour elle alors que je faisais tout pour me montrer naturelle.
Soudain, les deux barres s’affichaient sur le test et je retenais mon sourire.
– Bon, je crois que…
– Je suis enceinte, p****n.
Elle me bousculait en sautillant sur place. J’explosais de joie avec elle et la serrais dans mes bras. De petites larmes se formaient aux coins de mes yeux et je les essuyais en la voyant faire la même chose.
– Mon dieu, Elia, je vais être maman, et je ne suis pas encore mariée, en plus.
– Le mariage est dans un mois, ça ne se verra pas.
Elle rigolait en essuyant encore ses joues.
– Je suis trop heureuse, p****n. Je n’ai même pas envie d’aller travailler. J’ai envie de faire la fête !
– Alors travaillons et allons faire la fête ce soir ?
– Waouh, très bonne idée. Je dirais à Ian qu’on fête ton premier jour.
Je rigolais en même temps qu’elle alors que la porte s’ouvrait en face de nous. Cassidy, paniquée, se jetait sur moi pour tenter de cacher le test, qui était déjà bien caché avant qu’elle ne me bouscule. C’était Elly qui rentrait dans les toilettes, un grand sourire aux lèvres.
– Ma petite bichette est de retour !
– Oui. Dis-je en approchant d’elle pour laisser le temps à Cassidy de ranger son test.
Elly me serrait brièvement dans ses bras avant de repousser mes cheveux de mon visage.
– Et toute bronzée en plus, la g***e !
Elle pinçait ma joue avant de regarder Cassidy.
– Qu’est-ce qui t’arrive, toi ? On dirait une enfant qui vient d’être invitée à Disney World.
– Non, je me suis juste levée du bon pied, ce matin.
Elle me jetait un petit coup d’œil et je me retenais de rire.
– Ah, d’accord, Ian t’a fait commencer du bon pied alors. Moi, Stephen n’était pas assez en forme ce matin.
Elly coinçait une clope entre ses lèvres et je regardais Cassidy qui se retenait de rire, tout comme moi.
– Et toi ma petite, prête à nous rejoindre définitivement ?
– Prête à cent pour cent.
– Très bien. Je vous laisse rigoler, je vais fumer une clope.
Elle partait en resserrant son chignon brun, nous laissant à nouveau seules.
– On l’a échappé belle. Dis-je en serrant les dents.
– Oui, avec Elly, toute la tour aurait été au courant en moins de dix minutes. Surtout si elle le raconte à Stephen.
– Ça va aller ?
– Oui, je suis d’excellente humeur. Encore surprise et toute excitée, mais ça va aller. Merci de m’avoir accompagnée.
– Je n’ai pas eu le choix. Dis-je sérieusement.
Elle fronçait les sourcils et je rigolais.
– Je plaisante, tu le sais bien. Je serais toujours là pour toi.
– Oui, je le sais.
Elle m’embrassait la joue et je sortais des toilettes la première.
– Surtout, tu n’en parles à personne, même pas à Ben.
Je me raidissais.
– Oui, promis.
– T’es géniale.
Je souriais, contente qu’elle n’est pas détectée quelque chose dans ma voix. Je ne voulais pas parler de mes problèmes alors qu’elle venait d’apprendre sa grossesse. J’étais tellement contente pour elle. Après six ans de relations avec Ian, elle allait devenir maman. Mon dieu, j’enviais sa petite vie parfaite.
– Ah, la voilà !
Je rentrais dans le bureau de la finance et je rigolais déjà en voyant Aaron, le responsable comptable, ouvrir grand les bras en imitant un sifflement.
– C’était bien tes petites vacances ? Me disait-il en me faisant la bise. En tout cas, je crois que tu t’es trompée d’endroit. Tu ne peux pas faire de défilé de mode ici.
Il soulevait la manche de mon chemisier en secouant la tête. J’adorais quand il plaisantait avec moi, surtout avec ses quarante ans, il n’avait pas perdu son esprit jeune.
– Pourquoi, tu aimerais que je fasse un petit défilé de mode pour toi ? Dis-je en plaisantant.
– Ma femme ne serait pas contente.
Je levais les yeux au ciel avant de dire bonjour à Millie, la meilleure amie d’Elly, qui était aussi comptable.
– Ça va, toi ?
– Très bien, et toi, comment tu vas ?
Elle avait encore coupé ses cheveux et ça lui allait très bien. Elle venait d’avoir cinquante ans et elle ne les faisait pas du tout.
– Super.
Cassidy s’asseyait sur sa chaise et sortait – comme tous les matins – son petit morceau de gâteau pour ne pas avoir trop faim en attendant midi.
– Bon, à tout à l’heure, j’ai du travail qui m’attend.
– Ouais, tu as déjà dix minutes de retard, ce n’est pas sérieux, ça.
Je levais encore les yeux au ciel, exaspérée par Aaron qui ne faisait que plaisanter à longueur de journée.
– Salut Christian.
– Oh, Elia, prête ?
Je lui faisais la bise.
– Comme toujours.
– Bien.
Je m’asseyais sur ma chaise de bureau en face du sien, prête à commencer ma journée.
Malgré l’annonce de Cassidy ce matin, et ma bonne humeur d’avoir retrouvé tout le monde, il ne me fallait pas longtemps pour repenser à la nuit de samedi. Même si j’avais du travail, je n’arrivais pas à penser à autre chose qu’à lui. Je me posais trop de questions, beaucoup trop de questions. Comme, pourquoi je l’avais croisée trois fois en trois jours par hasard, et qu’après la nuit qu’on avait passée ensemble, je n’avais aucunes nouvelles ? Je devais m’y attendre, mais ça faisais mal de savoir qu’il m’avait juste utilisé pour une nuit.
Elia, tu as fait exactement la même chose.
Je grognais intérieurement. Pourquoi je ne pouvais pas être comme toutes les autres, b****r sans m’attacher, comme Sydney ou Chelsea ? Pourquoi je ne pouvais pas juste passer la nuit avec un homme sans m’attacher ? Eh bien non, je n’étais pas comme ça, parce qu’à cause d’une seule nuit, j’avais à nouveau un manque en moi.
– Tout va bien ?
– Quoi ? Dis-je en regardant Christian qui mordait le coin de ses lunettes.
– Tu as l’air ailleurs.
– Non, pas du tout. Je vais bien.
Surtout, ne pas parler de ce week-end. Surtout, ne pas dire à mon patron que j’étais une dépravée. Mon dieu, faites que j’oublie ces deux derniers jours pour que je me concentre sur mon travail…