CHAPITRE 14

1911 Words
ELIA Couchée sur mon transat, je ne bougeais plus depuis deux heures. Le soleil me brûlait la peau et j’étais à court de boissons. Même si je crevais de soif, et même si je mourais d’envie de sauter dans la piscine, mon corps refusait de bouger. Augustino. Je ne pensais qu’à lui depuis mon retour et j’étais en colère contre moi-même parce que je n’arrivais pas à le faire sortir de ma tête. Ce n’était pas censé se passer comme ça ? Coucher avec un inconnu pour oublier son ex et repartir comme si ce n’était jamais arrivé ? Coucher avec lui et reprendre sa vie comme elle l’était ? Non, ça ne se passait pas du tout comme ça dans ma tête. Je voulais le revoir. Je voulais revivre cette nuit avec lui, même si je devais revivre le moment où Amber m’avait fait pleurer. Cette première partie de la soirée ne comptait plus, parce que je ne ressentais plus aucune douleur quand je repensais à Ben. On avait échangé nos adieux, on s’était souhaité le meilleur, et maintenant, je devais tourner la page. Il allait profiter de son côté et j’allais profiter du mien. Mon téléphone sonnait une nouvelle fois sur la petite table et je me donnais une claque. Je n’étais pas prête à raconter à mes amis comment j’avais fait pour me retrouver dans la maison d’un inconnu pour lui sauter dessus, telle une fille désespérée. Repenser à Augustino et à cette nuit était douloureux pour mon corps. Une sensation que je n’avais jamais ressentie avant ce jour. Mon corps n’avait jamais réclamé Ben, pas comme ça. Ce n’était même pas comparable. Peut-être que je n’aurais pas dû coucher avec lui. Maintenant, je ne savais plus comment faire pour me débarrasser de ses pensées. Lui me désirant, moi l’embrassant… Je soupirais bruyamment en me levant d’un bon. Ça n’allait pas du tout, il fallait que j’arrête de penser à lui. D’autant plus que je reprenais le travail demain. Je devrais plutôt me concentrer sur les dossiers qui vont m’attendre dès ma reprise au bureau. Je prenais ma serviette de bain et mon téléphone pour rentrer. Le soleil m’avait bien assez donné mal à la tête, je devrais me faire un cocktail et me poser sur le canapé pour regarder un bon film, comme j’avais la maison pour moi toute seule. D’ailleurs, heureusement que ma mère était déjà partie quand j'étais rentrée. Elle m’aurait questionnée sur ma soirée, sur l’endroit où j’avais dormi même si je lui avais dit avoir passé la nuit chez Chelsea. Je n’aurais pas su mentir longtemps devant elle et il était hors de question que je lui parle d’Augustino. Je sortais les glaçons du congélateur, prenais du sirop et sortais le jus de fruit du frigo. J’avais à peine le temps de mettre mes glaçons dans mon verre que quelqu’un sonnait à l’entrée. p****n. Je priais intérieurement pour que ce ne soit pas Nate et les autres, parce que je n’avais pas encore préparé un possible scénario pour cette nuit. Manque de chance, c’était Sydney et Chelsea qui semblaient pressée de rentrer chez moi. Eh merde. – Ah, Elia ! Je reculais pour les laisser entrer et me donnais un mal fou pour ne pas soupirer. Je n’avais pas envie de les voir aujourd’hui, de même que je n’avais pas du tout envie d’être assommée de questions alors que j’avais le cerveau en compote. – Je crois que tu as beaucoup de chose à nous dire. Me disait Sydney alors que je les suivais jusqu’à la cuisine. – Un cocktail ? – Ne te défile pas. Dis-le nous, et maintenant. Mes deux meilleures amies se mettaient en face de moi, de l’autre côté du comptoir, une main sur les hanches, elles attendaient que je parle d’hier soir. – Dire quoi ? – Où tu as dormis, hier soir ? – Comment vous savez que je n’ai pas dormis chez-moi ? – Ah, tu vois, je le savais ! Sydney se jetait sur Chelsea en rigolant et je soupirais. Elles m’avaient piégée, ces garces. – Tu as couché avec le beau gosse, c’est ça ? Me demandait Chelsea, surexcitée. – Alors, il t’a fait grimper aux rideaux ? Ajoutait Sydney en posant ses coudes sur le comptoir. Elle me faisait ses yeux de biche et je me sentais honteuse d’en parler. Je me sentais affreusement gênée alors que je savais qu’elles seraient loin de me juger, vu qu’elles avaient l’habitude de finir leur soirée comme je l’avais fait hier. Pourtant, je n’avais pas fini chez Augustino intentionnellement. Je ne me serais pas retrouvée dans son lit, je n’aurais jamais couché avec lui. – Alors, racontes, est-ce qu’il en a une grosse ? – Oui, dis-nous, et d’abord, comment tu t’es retrouvé chez lui ? Je mordais ma lèvre avant de soupirer et de lever les yeux au ciel. Elles n’abandonneraient pas avant que je leur dise. – Il était encore là-bas, hier. Ben est rentré et je voulais rentrer chez moi, mais je n’avais plus de batterie. Comme il avait un chauffeur, il a proposé me ramener. – Et vous avez fini chez lui pour soulager vos corps bouillonnants. – Non, chut. Dis-je en protestant. Je n’avais pas prévu de finir chez lui. Je me suis endormie dans sa voiture, et je me suis réveillée dans son lit. Les deux écarquillaient les yeux et je me dépêchais d’ajouter : – J’ai eu peur parce que j’étais en sous-vêtements et lui allongé à côté de moi, encore éveillé. Il avait enlevé ma robe parce qu’elle puait l’alcool. J’ai voulu m’en aller parce que je savais que ça pouvais déraper et finalement… – Et quoi ? Il t’a sauté dessus ? Me demandait Sydney. – Non. Il était en caleçon. Il voulait que je reste, il m’a même proposé une autre chambre, sauf que… – … Sauf qu’il était trop sexy et que tu n’as pas réussi à lui résister. – Oui, et du coup, je l’ai embrassé en premier. Elles écarquillaient à nouveau les yeux et contournaient le comptoir pour me sauter dessus. – Bordel, Elia, c’est énorme ! C’est la première fois que tu couches avec un autre mec que Ben. Comment c’était ? – C’était… incroyable. Elles me sautaient dessus une fois de plus en gloussant et je m’autorisais enfin à rire. Mon corps se détendait et je mordais ma lèvre en revoyant Augustino dans ma tête. – Tu vois, avoir un o*****e à ses bons côtés. Tu as pu oublier Ben pour une soirée. Me disait Chelsea. Oui, Ben avait disparu de mon esprit, mais j’avais peur qu’il soit remplacé par Augustino. – Tu as envie de le revoir ? – Quoi ? – Ce mec, tu veux le revoir ? – Je ne sais pas. Je n’ai même pas son numéro. – Ah. Les deux faisaient une grimace et mon vide intérieur grandissait. Je n’avais pas son numéro, il n’avait pas le mien. Ça voulait dire que c’était juste l’histoire d’un soir, et que je m’étais attaché à un homme qu’en une seule nuit. p****n. – Et toi, tu as dormis chez Zach ? Dis-je avec un petit sourire intéressé, pour détourner l’attention. Surtout, ne pas montrer que je ne suis pas bien. – Oui. Elle rougissait légèrement en mettant ses mains sur ses joues. La voir aussi heureuse me faisait sourire. – Ils n’ont pas dansé très longtemps. Zach n’a pas pu s’empêcher de l’emmener dans sa voiture. – Oh mon dieu. Répondait Sydney en rigolant. – D’accord. D’accord. Donc, toi aussi, tu as passé une excellente soirée. Dis-je en rigolant. – Tu m’étonnes. Disait Chelsea. – Et toi ? – Moi ? Je me suis presque endormi sur la banquette, à notre table. Je crois que mon estomac n’a pas supporté la Vodka, une fois de plus. Il faudrait peut-être que je songe à changer d’alcool. – Tu m’étonnes. Dis-je en goûtant enfin mon cocktail. *** Le réveil était dur. Très dur. Je n’avais pas du tout envie de reprendre, sauf peut-être pour revoir tout le monde et surtout Cassidy. Elle m’avait manqué, cette semaine, et j’avais hâte de lui expliquer ces sept derniers jours qui avaient été riches en rebondissements. Je sortais de mon lit, prenais une douche, puis enfilais ma jupe tailleur noir moulante et mon chemisier rose pâle que j’adorais. J’enfilais mes talons assortis, me maquillais légèrement les yeux et lissais mes cheveux. – Tu pars en avance. Me disait ma mère quand je descendais les escaliers. – Eh oui, comme d’habitude. Je lui faisais un bisou sur la joue avant de prendre la tasse de café qui m’attendait sur le comptoir. Elle fumait et j’en buvais une gorgée avant de regarder ma mère, qui me fixait  d’un regard bourré de sous-entendu. – Quoi ? – Rien. Elle souriait et mon cœur faisait un bond dans ma poitrine. Elle n’était pas au courant pour samedi soir, j’espère ? – On ne s’est pas beaucoup parlé, ce week-end. – Oui, je me suis beaucoup reposée. – Ah oui ? Pourtant, tu es sortie tous les soirs. – C’est pour ça que j’avais besoin de repos. Dis-je, l’air de rien. – Ah oui, et, Ben, tu as des nouvelles ? Ben était la dernière de mes préoccupations. Mais bon, je n’allais pas lui dire que je m’en foutais, sinon, elle allait creuser et comprendre ce qui s’était passé dans la nuit de samedi à dimanche. – Pas la moindre. Il était en boîte aussi, samedi. – Ah oui ? Avec vous ? – Non. Avec cette p**e d’Amber. – Avec qui il était ? – Dylan et Brad. – Dylan Scotberg et Brad Springer ? – Oui, ceux-là. Dis-je en serrant les dents. Elle haussait les épaules en buvant son café. Je l’imitais en attendant qu’elle me dise le fond de sa pensée. – J’ai entendu dire que c’était des garçons à problèmes. Pourquoi Ben traîne-t-il avec eux ? – Je n’en sais rien. Personne ne le sait. Mais tu sais, leur truc, c’est dealer, peut-être que Ben… – Ben ? Non, ne dis pas ça. Je m’en voulais d’avoir pensé ça et de l’avoir dit à ma mère. Maintenant, j’avais peur qu’elle le répète à son père et que ça me retombe dessus. Mais d’abord, pourquoi je cherchais encore à le protéger ? – Toi, tu étais avec qui, samedi ? Syd’ et Chelsea ? – Oui, et Nate et Julian. – Ah oui, il ne manquait plus que Ben, en fin de compte. – Exactement. Dis-je en levant les yeux au ciel. Ma mère n’avait aucune pitié, comme d’habitude. – Aller, je file. Tu travailles toute la journée, aujourd’hui ? – Oui. Il y a des jours où je travaille bien toute la journée. Je rigolais avant de remonter les escaliers pour prendre mes affaires. Je me regardais une dernière fois dans le miroir, passant une main dans mes cheveux pour essayer de leur donner un peu plus de volume. Ma déprime de deux heures hier en plein soleil avait porté ses fruits. Mon bronzage était au top, et va savoir pourquoi, mais je me sentais de meilleur humeur. Je sortais mon rouge à lèvre pour en tartiner sur mes lèvres et le rangeais dans mon sac, consciente qu’il n’allait pas durer toute la journée. Et voilà que ma première journée de travail allait commencer, et je me sentais prête à m’impliquer pleinement.
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