AUGUSTINO
Je posais mon portable sur le siège avant de me gratter le menton. Je n’avais pas la moindre envie d’y aller. Je n’arrivais toujours pas à croire que j’avais accepté de l’accompagner sans y avoir vraiment réfléchit. Peut-être qu’une partie de moi avait envie de lui faire plaisir. J’avais failli l’appeler pour annuler, mais je m’étais dit qu’elle ne voudrait sûrement pas passer la soirée avec moi après. Et puis, si c’était pour passer son temps avec son ex plutôt qu’avec moi…
Je voyais du coin de l’œil, son portail s’ouvrir et je tournais la tête pour la regarder. Léonardo sortait de la voiture pour aller lui ouvrir la porte et je gonflais le torse en la voyant dans sa jupe bordeaux. Elle s’arrêtait une seconde pour me sourire avant de taper son code pour refermer son portail. J’en profitais pour admirer ses longues jambes bronzées. Même si sa tenue était sage, elle me donnait déjà envie de la déshabiller. Quoi qu’elle puisse porter, elle me fera toujours autant envie.
– Bonjour. Me disait-elle en montant dans la voiture.
– Bonjour. Dis-je en la regardant intensément, ce qui lui faisait détourner les yeux.
– Allons-y.
La voiture démarrait et je prenais une grande inspiration. Je voyais Elia gesticuler sur son siège et je posais une main sur sa cuisse nue et chaude, ce qui la calmait immédiatement.
– Qu’est-ce que tu as ? Dis-je en la regardant dans les yeux.
Elle baissait les yeux sur ma main posée sur sa cuisse, puis croisait de nouveau mon regard. Ses joues rougissaient légèrement et je souriais.
– Tu as l’air… stressée ?
– Quoi ? Non, pas du tout.
– Alors qu’est-ce que tu as ?
Elle inspirait profondément avant d’hausser les épaules.
– Rien. C’est juste que… ça va être bizarre.
– Tu m’as demandé de venir, pourtant.
– Oui, je sais. J’ai vraiment envie de te présenter mes amis, mais… toi, à la même table que Ben, c’est…
– Bizarre. Dis-je pour finir sa phrase. Tu as peur que je me comporte mal, c’est ça ? Dis-je avec amusement pour tenter de la rassurer.
– Non, mais, je sais que tu ne seras pas dans ton élément.
Je haussais les épaules. Bien sûr que je ne serais pas dans mon élément, mais ce n’était qu’une heure, après tout.
– Oui, et j’espère que ton ex non plus.
Elle souriait avant de regarder par sa fenêtre. Je retirais ma main de sa cuisse avant de m’enfoncer dans mon siège.
– Tu as prévenu tes amis qu’on ne resterait pas longtemps ? Dis-je alors que la voiture s’arrêtait dans la rue.
– Non, mais on peut partir quand on le souhaite. Tu n’auras qu’à me le dire. Et après, on va chez toi ?
Je fronçais les sourcils en souriant et elle détournait les yeux, gênée.
– Bien sûr qu’on va chez moi.
Elle souriait, soulagée. Léonardo descendait de la voiture, mais je le devançais en ouvrant ma portière. Je lui disais de remonter et contournais la voiture. Elia me remerciait lorsque je lui tendais la main et je souriais. Ces gestes ne me ressemblaient pas, mais j’aimais voir son visage amusé lorsque je lui accordais mon attention.
En sortant de la voiture, elle semblait chercher mon humeur à travers mes yeux. Heureusement que je savais que j’étais difficile à déchiffrer, parce que contrairement à elle, personne n’arrivait jamais à savoir ce que je pensais.
– Dis, tu comptes être stressée toute la soirée ? Dis-je près de son oreille.
– Je ne suis pas stressée. Me disait-elle d’un air contrarié.
– Bien, parce que sinon, je connais un excellent moyen de te faire déstresser.
Elle me tapait doucement le bras avant de rigoler. Qu’est-ce que j’aimais l’embêter.
– Aller, allons-y. Me disait-elle avant de soupirer.
Elle commençait à partir et je lui prenais la main. Pas parce que j’en avais envie, mais parce que j’adorerais voir la tête de son ex quand j’arriverais près de leur table. Elle n’était plus à lui depuis longtemps, mais j’avais besoin de prouver qu’elle était à moi, maintenant. Plus aucun mec ne s’approchera d’elle.
Je mettais un pied en premier sur la terrasse et je suivais son doigt quand elle me montrait leur table. La blonde nous faisait de grands signes et je croisais le regard de son ex. J’étais ravie de voir sa tête d’enterrement.
– Eh, salut ma beauté.
La brunette la serrait dans ses bras et je lâchais sa main. Elle se tournait ensuite vers moi et ne se gênait pas pour me regarder avec attention.
– Bon, on s’est déjà croisé, mais, c’est la première fois qu’on te rencontre officiellement donc, enchanté, je suis Chelsea.
Elle me tendait sa main et je souriais presque devant ce geste. Je doutais qu’elle se présente comme ça à chaque nouvelle rencontre. On dirait presque que je l’intimidais. C’était l’effet que je faisais aux gens, après tout.
– Et moi Sydney.
La blonde se levait maladroitement de sa chaise avant de me tendre à son tour, sa main parfaitement manucurée. Une fois les présentations faites, c’était au tour de Nate et de Julian, deux mecs plutôt banals. Les deux ne m’inquiétaient pas. Contrairement à son ex, ils semblaient contents de me voir.
– Et voici mon ex, Ben, que tu as déjà vu. Me disait Elia en le montrant de la main.
Je passais une main dans son dos par réflexe et j’étais satisfait en voyant le regard désapprobateur qu'il nous lançait. Il se contentait de me dire bonjour en levant la main et je penchais faiblement la tête pour rester poli, ce qui me coûtait beaucoup.
– Asseyez-vous, on va pouvoir commander.
Je tirais la chaise libre devant moi avant de m’asseoir. Ben ne me quittait pas des yeux et lorsque je maintenais son regard plus de trois secondes, il détournait les yeux.
– Alors, Augustino, c’est ça ? Comment est-ce que vous vous êtes rencontré ?
C’était Nate qui avait posé cette question. Je me tournais vers Elia, qui se mordait la lèvre. Elle ne leur avait probablement rien dit à mon sujet, ce qui sera beaucoup plus facile. Il ne fallait pas que je me trahisse.
– Par hasard. Dis-je d’une voix sûre.
– Oui, c’était bien en boîte quand on est sorti l’autre jour ? Me demandait la brune, Chelsea.
– Oui, c’est ça. Disait Elia.
Heureusement qu’elle ne parlait pas de nos deux rencontres d’avant.
– D’où viens-tu ?
Mon accent espagnol ne passait pas inaperçu, de même que ma peau bronzé et mes cheveux foncé.
– Je suis né au Mexique.
– Oh, et qu’est-ce que tu fais ici, alors ? Me demandait immédiatement Chelsea.
Elle rougissait quand je croisais son regard, puis détournait les yeux.
– Je suis ici pour les vacances. Dis-je finalement.
Je voyais du coin de l’œil, Elia se renfrogner.
– Vraiment ?
Les deux amies d’Elia semblaient vraiment surprises.
– Oui, je bouge beaucoup.
Je posais une main sur la cuisse d’Elia en la voyant trembler sous la table. Puis, je lui jetais un coup d’œil. Elle me faisait un petit sourire pour tenter de m’amadouer, mais j’étais loin d’être dupe. Peut-être que j’aurais droit à une conversation sur ce sujet un peu plus tard. C’était quelque chose qu’on n’avait jamais évoqué ensemble, et je comptais bien repousser le moment où on aura cette discussion.
– Donc, ce n’est pas… Commençait Chelsea.
– Non, Chelsea. La coupait Elia.
Elle semblait sur les nerfs, et je resserrais ma prise sur sa peau. Elle faisait comme si de rien était, même si elle était contrariée.
– Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? Me demandait Julian.
C’était à ce moment-là que le serveur décidait de venir prendre notre commande. Il saluait Elia avec un grand sourire et je lui lançais un regard noir.
– Je suis dans les affaires. Dis-je en restant le plus vague possible, quand le serveur repartait.
– Quel genre d’affaires ? Me demandait immédiatement son ex.
Je prenais une grande inspiration avant de répondre calmement.
– Je prends des parts dans différents commerces, voilà tout.
Bien sûr, ce n’était pas vraiment vrai, mais je ne savais pas quoi dire d’autre sans risquer de me mettre en danger. Je sentais le regard d’Elia sur moi. Elle m’avait déjà demandé ce que je faisais et je me demandais ce qu’elle pensait.
– Donc, tu es riche ?
– Chelsea ! La reprenait Elia.
– Pardon, ça ne me regarde pas.
Le serveur revenait avec nos verres de vin, ce qui me laissait le temps de soupirer. Je ne m'étais jamais autant forcé à rester quelque part pour faire plaisir à quelqu’un. Elia posait une de ses petites mains sur mon genou et m’interrogeait du regard. Elle savait que je n’étais pas dans mon élément, et pourtant, je faisais des efforts pour elle. Je lui souriais légèrement pour la rassurer et elle me rendait un sourire radieux.
– Et tu repars quand ?
Je n’avais pas besoin de lever les yeux pour savoir que cette question venait de ce Ben. Je serrais les dents une courte seconde avant de contenir ma contrariété.
– Je ne suis pas pressé. Je suis bien ici.
Il fronçait les sourcils avant de détourner les yeux. Si seulement je pouvais lui faire peur pour qu’il arrête de me chercher. Au moins, il ne prendrait même plus la peine de venir quand Elia sera là.
– Bon, sinon, Sydney, comment ça se passe ton nouveau boulot ?
J’étais ravie qu’Elia change de sujet. Je me rapprochais d’elle pour caresser sa cuisse sous la table en regardant ses amis. Je sentais sa peau se couvrir de frisson sous mes doigts.
– Ça va. Je commence par un contrat de deux mois. La patronne est assez cool, mais mes collègues sont hyper bizarres. Elles ne me laissent aucune chance de rentrer dans leur « groupe ». Je m’en fous, mais quand j’ai besoin d’aide dans la boutique, il n’y en a même pas une qui bouge le petit doigt pour moi.
– Pourquoi tu n’en parles pas à ta patronne ?
– Elle n’est pas souvent là ou alors elle passe en coup de vent. Elle dirige quatre boutiques. Mes collègues sont toutes là depuis au moins un an alors elles se connaissent toutes. Et moi, je suis hors jeu.
– Laisse-leur le temps de s’habituer à toi. Tu as ta place, elles ont peut-être juste du mal à l’accepter, pour l’instant.
– Oui, j’espère.
Elle haussait les épaules et je levais les yeux sur Ben en sentant son regard sur moi. Je fronçais les sourcils en maintenant son regard, lui faisant comprendre que je n’appréciais pas son comportement enfantin. Sa bouche se fendait d’un demi-sourire avant qu’il ne déclare :
– Je reviens, je vais aux toilettes.
Il faisait crisser sa chaise sur la terrasse, attirant l’attention de nos voisins de table. Un groupe de filles me regardaient avant de faire comme si elles étaient en pleine conversation. Je regardais Ben s’éloigner et je prenais une grande inspiration avant de m’approcher d’Elia pour lui chuchoter.
– Je reviens dans cinq minutes.
Elle fronçait les sourcils, prête à me répondre, mais je ne la laissais pas parler. Je reculais discrètement ma chaise avant de me lever. Je rejoignais l’intérieur du bar et voyais le serveur derrière la caisse, celui qui avait salué Elia. Les toilettes étaient juste à côté et je me dépêchais d’y entrer. Ben était en train de se laver les mains et quand il me voyait, il sursautait. Je veillais à bien refermer la porte derrière moi avant de m’approcher de lui.
– Oh, Augustino, c’est bien ça ? Pourquoi est-ce que tu m’as suivi ?
– Je ne sais pas, peut-être pour te demander pourquoi tu me regardes de cette façon. Tu as peut-être quelque chose à me dire ?
Je m’arrêtais devant lui. J’étais plus grand, et avec le regard d’avertissement que je lui lançais, j’espérais l’intimider encore plus. Toutefois, il fallait que je mesure mes propos. Je n’étais pas dans ma ville, ici.
– Tu crois que j’ai quelque chose à te dire ?
– Oui. Alors, si on parlait d’homme à homme. Je sais que tu n’es encore pas très mature, mais je sens que tu as envie de me faire part de tes pensées, alors, vas-y, crache le morceau.
Il fronçait les sourcils avant de lever légèrement la tête, comme pour se donner un peu plus d’assurance.
– Je ne te sens pas, voilà tout, et ça n’a rien à voir avec Elia.
– Oh, et pourquoi ça ?
Un homme sortait des toilettes et Ben attendait qu’il finisse de se laver les mains pour répondre.
– Je ne sais pas ce que tu veux à Elia, mais même si elle sait que tu n’es là que pour l’été, elle mérite autre chose que ça. Tu es peut-être l’homme idéal pour elle, mais tu lui feras plus de mal qu’autre chose. Alors si tu arrêtais de jouer avec elle maintenant, tu limiterais les dégâts.
– Tu crois que je joue avec elle ? Dis-je en me retenant de rire.
– Bien sûr que oui. Tu sais que tu es là temporairement, alors pourquoi lui infliger ça ? Sans toi, tout se serait peut-être arrangé.
Cette fois, je ne retenais pas mon rire. Il voulait sincèrement me faire croire qu’Elia lui manquait après l’avoir trompé plusieurs fois. Je n’étais peut-être pas honnête envers elle, mais je ne lui mentais pas sur mes fréquentations. C’était la seule femme que je voyais et que j’avais envie de voir en ce moment et je n’aimais pas qu’il essaye de se mettre en travers de mon chemin.
– Tu sais pourquoi Elia s’intéresse à moi ? Parce que tu ne l’as jamais satisfait. À en croire tes dires et tes agissements, tu n’es qu’un gamin qui a encore quelques années de retard sur ton âge. Tu n’es pas mature, ne penses que par toi et tu ne vois pas ce qui t’entoure. C’est dommage, à cause de ça, tu vas passer à côté de beaucoup de chose.
– Qu’est-ce que tu dis ?
– Que si tu essayes de te mettre en travers de mon chemin, je veillerais à ce que tu t’en écartes. Crois-moi, il vaut mieux ne pas me mettre en colère.
– T’es sérieux, là ? Tu me menaces ?
– Je te préviens. Et, je te préviens aussi que ce sera mon seul et unique avertissement. Je veux que tu t’arranges pour ne plus venir avec tes amis lorsqu’Elia sera là également. Je veux que tu te tiennes loin d’elle, c’est compris ?
– Mais attends, tu te prends pour qui ?
Je souriais fièrement avant de le regarder droit dans les yeux.
– Si tu ne me cherches pas, tu n’auras jamais à le savoir.
Je reculais d’un pas, et c’est à ce moment-là que je voyais ses jambes trembler. Il avait peur de moi, et c’était ce que j’espérais.
– Oh, et je te conseil de ne pas parler de cette discussion aux autres. On se retrouve à table.