ELIA
Le réveil était brutal. Je posais ma main sur mon front en soupirant. J’avais vraiment mal partout et j’étais tellement fatiguée que je n’arrivais pas à ouvrir les yeux.
– C’est l’heure.
J’ouvrais doucement les yeux en sentant le souffle chaud de Gus dans mon cou. Cela suffisait à me réveiller. Je posais ma main sur sa joue alors qu’il m’embrassait au bord des lèvres. En baissant les yeux, je voyais un plateau chargé de nourriture posé sur la couverture. J’ouvrais de grands yeux, avant de me redresser, le cœur battant.
– Oh, Gus, c’est…
– Trop ?
– Non, pas du tout. C’est vraiment parfait.
Il prenait le verre de jus de fruit avant de me tendre un cachet. Je souriais, le prenant avant de boire entièrement mon verre.
– Merci.
Je regardais ses habits. Il était déjà parfaitement apprêté, comme d’habitude.
– Depuis quand es-tu réveillé ?
– Oh, je n’ai pas beaucoup dormi. Toi, en revanche, tu as dormi à point fermé. Tu as mis moins d’une minute à ronfler.
– Oh non, la honte. Dis-je en me cachant le visage.
– Non, je te rassure, tu es aussi belle en dormant la bouche ouverte.
– Oh, non, je t’en prie, ne me parle plus de ça.
On rigolait en cœur et ça me faisait un bien fou. C’est dans ces moments-là que je me rendais compte que Gus me rendait plus heureuse que quiconque alors que je le connaissais encore à peine. Mon cœur me soufflait que j’étais vraiment amoureuse et ça m’effrayait autant que ça m’excitait. A vrai dire, je n’avais jamais ressenti ça auparavant, même pour Ben.
– Tu travailles toute la journée ? Me demandait-il plus sérieusement.
– Oui, pourquoi ? Dis-je en attrapant un croissant. Tu en veux ?
Je lui mettais sous le nez, mais il ne répondait rien, gardant tout son sérieux. Je commençais à m’inquiéter.
– Tout va bien ? Lui demandais-je en fronçant les sourcils.
– Oui, tout va bien. J’ai des affaires à régler.
– Quel genre d’affaires ? Demandais-je en croquant dans ma nourriture.
– Rien de très important. Me disait-il avec un petit sourire. Je vais te déposer au travail.
Je continuais de manger, perturbé par ce qu’il venait de me dire. Pourquoi prenait-il des pincettes en me disant qu’il allait travailler ?
– Qu’est-ce qui a ?
– Rien. Dis-je en évitant son regard.
– D’accord, s’il n’y a rien, continue de manger.
– C’est ce que je fais.
Je voyais qu’il se retenait de soupirer, et je retenais mon sourire qui déformait mon visage. Il était tellement sérieux. Je maintenais ma méfiance sur ses soi-disantes « affaires », mais j’avais peur de lui poser trop de questions à propos de son travail. J’étais tellement bien quand j’étais avec lui que j’avais peur de le mettre de mauvaise humeur.
– Tu es contrarié pour quelque chose ? Me demandait-il.
Il était beaucoup trop près de mon visage pour que j’arrive à rester sérieuse. Je croisais son regard et il posait sa main sur ma joue. Il était trop beau.
– A quoi penses-tu, Elia ?
– A rien. C’est juste que je ne connais rien de toi. Dis-je sans réfléchir.
– Elia, on se connait depuis à peine dix jours.
– Je sais, mais, tu as changé de sujet si brusquement que j’ai l’impression que tu me caches quelque chose. Dis-je avec un petit rire gêné.
Il ouvrait légèrement la bouche et je voyais à cet instant que je l’avais contrarié. Voilà, je ne pouvais pas m’empêcher de faire ma curieuse alors qu’il avait déjà fait beaucoup pour moi. Il ne lâchait pas son soupir et je retenais ma respiration. Maintenant que j’avais commencé, il fallait que je continue.
– Est-ce que cette « relation » n’est qu’un passe-temps pour toi ?
– Pourquoi tu me demandes ça ? Me demandait-il sérieusement, si sérieusement que je n’arrivais pas à lire dans ses yeux.
– Parce que tu n’es pas d’ici, et je ne suis pas comme toi. C’est tellement beau que je n’arrive pas à croire que ça puisse durer.
Il se redressait à l’aide de son bras et je n’arrivais pas à déchiffrer son expression. J’avais vraiment besoin d’être rassurée.
– Je ne peux pas te dire ce que tu veux entendre, Elia. On ne peut pas savoir ce qui nous attend.
– Je sais. Dis-je en mordant ma lèvre.
Et maintenant, je lui posais la question qui me brûlait les lèvres.
– Est-ce que je suis la seule fille que tu vois en ce moment ?
– Oui. Me répondait-il immédiatement.
– C’est vrai ?
– Oui, Elia, c’est vrai.
Un immense sourire se formait sur mes lèvres. Je me sentais rassurée, et peut-être un peu plus confiante. A présent, je me sentais complètement réveillée, mais je n’avais pas la moindre envie de me lever pour aller au travail. Je ne voulais pas le laisser.
– Tu es rassurée ? Me demandait-il en caressant ma joue.
– Oui. Dis-je avec un petit sourire.
– J’ai eu beaucoup de relations, c’est vrai, mais aucune comme celle-là.
– C’est-à-dire ? Dis-je, plus qu’intéressée.
– Avant toi, je n’ai jamais vu une femme plus de deux soirs de suite. Tu devrais te sentir flattée.
– Waouh, je devrais me sentir flatter parce que j’ai eu la chance de coucher plus d’une fois avec toi ? Dis-je en faisant semblant d’être offusquée.
– Non, tu devrais plutôt être flattée parce que tu es la seule femme qui ne m’a pas donné envie d’aller voir ailleurs.
Je retenais un sourire. C’était exactement ce que j’avais besoin d’entendre. Sa tête s’approchait de la mienne et je fermais les yeux lorsque ses lèvres effleuraient les miennes. Je posais mes mains derrière sa tête pour le sentir un peu plus près. Il remontait un peu grâce à ses mains et je me cambrais légèrement, réalisant que je ne portais aucun sous-vêtement. Il semblait s’en rappeler puisqu’il quittait mes lèvres pour descendre dans mon cou, puis remontait mon T-shirt pour embrasser mes seins. Lorsque je sentais son souffle chaud sur mon point sensible, je retenais ma respiration. Il m’embrassait sur celui-ci et mon corps s’enflammait. Mes doigts se perdaient dans sa chevelure épaisse et je mordais ma lèvre inférieure en retenant mes gémissements.
– Elia Williams, tu es délicieuse. Me disait-il en se redressant.
J’explosais de rire avant de m’attaquer à sa chemise. J’avais rarement eu autant envie de le déshabiller. Il m’aidait à la retirer et j’admirais ses épaules bien sculptées. Il se dépêchait de retirer son pantalon et son boxer et quand je voyais son membre prêt pour moi, je retirais le coussin sous mon dos pour m’allonger complètement dans son immense lit. Lorsque je le sentais s’enfoncer en moi, nos gémissements s’accordaient et je posais mes mains dans son dos, plantant mes ongles dans sa peau. Il grognait dans mon oreille et je fermais les yeux, ressentant chaque coup de bassin qui m’approchaient de plus en plus du précipice. J’étais au septième ciel, et je profitais de chaque seconde de la sensation de son corps plaqué contre le mien. Il m’avait peut-être conquis avec ses belles paroles, mais j’avais toujours peur qu’il puisse me quitter un jour.
***
J’étais triste en arrivant au travail. Je n’avais aucune motivation. Même si j’avais pris ma douche en vitesse, j’étais quand même en retard au travail et j’espérais que Christian n’allait pas m’en tenir rigueur.
– Salut Elia, comment tu vas ?
– Salut Scarlett, je suis désolé, je suis en retard. On se voit plus tard.
– Pas de problème, bon courage.
Je me dépêchais de monter et saluais de loin tout le monde en avançant jusqu’à mon bureau. Christian était déjà là, assis et très concentré. Je n’avais que quinze minutes de retard, mais je n’aimais pas être en retard. J’étais du genre très ponctuel.
– Bonjour Christian, je suis désolé d’être en retard. Mon réveil n’a pas sonné.
– Salut Elia, ne t’inquiète pas pour ça, je crois que tu as fait assez d’heures supplémentaires pour te permettre d’arriver un quart d’heure en retard.
Je me dépêchais de m’asseoir sur ma chaise de bureau. J’allumais vite mon ordinateur et baissais les yeux sur mon chemisier noir, où trois boutons avaient sautés. Je me rhabillais correctement. J’étais passé en coup de vent chez moi et heureusement pour moi, je n’avais pas croisé ma mère.
– Merci. Tu as passé un bon week-end ?
– Oui, je me suis reposé avec ma femme, et toi ?
Il me lançait un regard amusé et je retenais un sourire nerveux.
– A qui est destiné ce beau sourire ?
– Oh, si tu savais.
Je regardais Cassidy entrer avant qu’elle ne me jette un regard désapprobateur.
– Alors, on ne dit pas bonjour, ce matin ?
– Désolé, je suis vraiment en retard. Je viendrais te voir à la pause-café.
Je déverrouillais ma session avant de me tourner vers elle. Elle avait les bras croisés sur sa grosse poitrine et ses cheveux blonds étaient attachés en queue-de-cheval.
– C’est bon Elia, tu peux aller te chercher un café. Je crois que tu en as bien besoin. On fera un point en fin de matinée sur les résultats de fin de mois.
Je faisais un grand sourire avant de le remercier et de me lever de ma chaise. Même si j’avais déjà bu un grand café chez Gus avec mon jus d’orange, j’avais encore besoin d’une bonne dose de caféine.
– Alors, qui t’a mis en retard ? Me demandait-elle en faisant couler mon café.
Je souriais, bien qu’elle ne puisse pas voir mon visage rayonnant. A chaque fois que je parlais de lui, je me sentais tout excitée.
– Alors ? Me disait-elle alors que je me retournais.
– A ton avis ?
– Oh, ce charmant Augustino ? Me demandait-elle en posant son café sur la table haute entre nous.
– Oui. Dis-je avec un petit sourire.
– Tu as passé le week-end avec lui ?
– Plus ou moins.
– Tu t’es couché tard ?
– Pourquoi tu me demandes ça ? Dis-je en la regardant dans les yeux.
Elle se retenait de rire et je mordais ma lèvre pour éviter de sourire. Elle me connaissait trop bien. Je ne pensais pas que ma fatigue se voyait sur mon visage. Je ne me sentais pas si fatigué que ça.
– Tu as une sale tête, ma jolie.
Je rigolais avant de boire quelques gorgées de mon café brûlant. On saluait en même temps Damien, le directeur de l’informatique qui passait devant la salle de pause.
– J’ai fêté le quatre juillet hier soir. On est allé à la fête sur la plage.
– On ? Me demandait-elle.
– Oui, avec Chelsea, Sydney, Julian, Nate… et Ben.
– Ben ? Tu le revois ? Me demandait-elle, choquée.
– Juste quand je suis avec les autres. Tu ne peux pas savoir comme il me dégoûte, maintenant.
– Oh, parce qu’Augustino a pris sa place depuis longtemps. Me disait-elle en battant des cils.
Je soupirais en souriant.
– Tu es ingérable. Dis-je en rigolant.
– Il n’était pas avec vous ?
– Non. Mais, il est venu me chercher et j’ai passé la nuit chez lui.
– Oh… Alors, est-ce que vous êtes un couple officiel ?
– Non. Enfin, je ne sais pas. C’est encore très flou. Je ne sais pas ce qu’il pense, mais il a réussi à me rassurer, ce matin.
– Ah bon ?
Elle portait sa tasse à ses lèvres et je baissais les yeux sur la mienne. Je regardais mon café fumer, puis les yeux de Gus apparaissaient devant moi. Je fermais les yeux un bref instant, ignorant les frissons qui me parcouraient la peau en pensant à lui. Je l’avais dans la peau, ce n’était rien de le dire. Pourquoi je me sentais si mal depuis ce matin ? Il m’avait dit des mots plus que réconfortant, mais ça ne m’avait pas suffi. J’avais besoin de savoir si ce qu’on partageait en ce moment n’allait pas s’arrêter.
– Oui, il est très… mystérieux. Je n’arrive jamais à savoir ce qu’il pense, et pourtant, il arrive toujours à me surprendre. J’ai vraiment peur que cette « relation » s’arrête.
– Pourquoi ça s’arrêterait ? D’habitude, quand un mec fuit, il fuit le premier soir. Là, ça fait plus d’une semaine que vous vous voyez. Me disait-elle pour me rassurer.
– Je sais… mais, il est… trop parfait. Dis-je en levant les mains. Je me demande encore comment il peut s’intéresser à une fille comme moi.
– Oh, Elia… Je t’interdis de te sentir inférieur. Pourquoi tu penses qu’il ne pourrait pas s’intéresser à toi ?
– Je ne sais pas. Dis-je en passant une main dans mes cheveux. C’est juste qu’il est riche, puissant, beau comme un dieu et que je suis… moi. Je ne suis qu’une étudiante qui vient de décrocher son diplôme. Je l’ai tellement rencontré d’une manière bizarre qu’au fond de moi, j’arrive à trouver ça louche.
– Tu te poses trop de questions, voilà le problème. Tu ne peux pas t’empêcher de toujours tout analyser. C’était peut-être juste le destin, ma chérie.
Le destin… Je ne savais pas si je croyais vraiment au hasard, mais elle avait raison sur un point : je me posais trop de questions. Pour l’instant, Gus n’avait rien fait qui pouvait me faire croire qu’il n’était pas honnête envers moi. C’était plutôt vis-à-vis de son job que je me posais des questions. Je ne savais même pas comment il était devenu riche. Je ne connaissais rien de lui, mais je l’aimais assez pour lui laisser le temps de s’ouvrir. Pour l’instant, ce qui comptait, c’était qu’il me rendait heureuse.