ELIA
Cela faisait trois jours que je n’avais pas eus de nouvelles d’Augustino. Trois longs jours. Je ne pensais pas que son absence allait autant m’affecter, d’autant plus qu’on n’avait eu qu’un seul vrai rendez-vous. Pourtant, je mourais d’envie de le revoir, de l’entendre parler ou même de seulement le croiser par hasard dans la rue quand je sortirais du bureau. Christian avait prit sa journée pour s’occuper de sa fille malade, et j’étais seule – comme d’habitude – dans mon bureau, en train de déprimer. J’avais à peine mangé à midi, et cette petite dépression venait seulement du fait que j’avais l’impression d’avoir encore une fois été abandonné par quelqu’un que je croyais sincère.
Comment une personne que je connaissais à peine avait prit autant de place dans ma vie ?
– Tout va bien ?
Je sursautais sur ma chaise, frôlant la crise cardiaque. Michael se tenait dans l’embrasure de la porte de mon bureau. Je ne l’avais pas entendu frapper, ni ouvrir la porte.
– Oui, désolé, je ne t’avais pas entendu entrer.
– Oui, tu as l’air ailleurs, tu veux en parler ?
Il approchait de mon bureau avec deux tasses de café dans les mains, et je savais qu’il allait m’en offrir un.
– Non, tout va bien. Juste un peu de fatigue, mais, je ne vais pas déjà me plaindre. Dis-je en rigolant nerveusement.
– Tu as le droit d’être fatigué. Tiens, ça t’aidera à tenir jusqu’au week-end.
Il posait une tasse devant moi et je le remerciais. Comme il était grand, debout devant moi, j’étais obligé de lever la tête pour le regarder dans les yeux.
– Tu veux prendre une petite pause ?
Il faisait un signe de tête vers celle-ci, à côté de mon bureau, mais je refusais.
– J’ai encore deux dossiers à terminer avant de partir. Comme Christian n’est pas là, j’aimerais tout finir pour revenir plus légère lundi. Désolé.
– Non, je comprends. J’ai moi-même pas mal de chose à terminer, mais bon, j’aime bien me promener. Après tout, j’ai l’habitude de finir plus tard à cause de mes pauses trop longues.
Je souriais alors qu’il passait une main dans ses cheveux.
– Tu sais, euh, je parle beaucoup avec Cassidy.
Je fronçais les sourcils, me retenant de soupirer devant lui. J’espérais qu’elle ne lui ait pas parlé de mes histoires. Je ne voudrais pas lui donner de faux espoirs.
– Elle m’a dit que tu n’étais plus avec ton copain, Ben c’est ça ?
Je souriais, regardant mes mains jointes sur mon bureau. Cassidy ne pouvait pas s’empêcher de parler, et maintenant, j’allais devoir assister à une discussion sur mon ex petit-ami avec un collègue qui me courait après depuis plus d’un an. Génial.
– Oui, je ne suis plus avec Ben. Ça remonte à une semaine.
– Je suis désolé.
– On ne dirait pas que tu l’es.
Ma réponse un peu trop cash le faisait sourire légèrement. Étais-je un peu trop dur ? En tout cas, j’étais sûre de ne pas avoir envie de lui parler.
– Désolé. Ça ne me regarde pas.
Je haussais les épaules.
– Je voulais juste te dire que si tu veux en parler, je suis là. Ou même, si tu veux boire un verre avec moi, on peut…
– Ça va Mick, je suis désolé, mais je n’ai pas trop la tête à sortir, en ce moment.
A part pour voir Augustino…
– Je comprends, tu es restée longtemps, avec lui. Mais si jamais tu as besoins de parler, je suis là.
– Merci, c’est gentil.
Il me faisait un sourire compatissant.
– Aller, finis bien, et bon week-end.
– Merci, toi aussi.
Il me faisait un dernier clin d’œil avant de se retirer. J’attendais qu’il soit hors de ma vue pour soupirer et reculer contre le dossier de ma chaise.
– Alors, Michael est en train de flairer sa nouvelle proie, on dirait.
Cassidy entrait dans mon bureau, les bras croisés et un sourire malicieux sur les lèvres.
– A qui la faute ?
– Oh, c’est tombé comme ça dans une conversation pendant une petite pause café. Tu le serais si tu y assistais de temps en temps. Tu n’as pas quitté ton bureau de la semaine.
– Et alors ? Dis-je, l’air de rien.
– Est-ce que ce ne serait pas à cause de ton magnifique Apollon ?
– Ne dis pas n’importe quoi.
Je me tournais vers mon ordinateur, faisant semblant de me concentrer sur mon travail pour échapper à cette conversation.
– Je sais quand tu mens, ma chérie.
Elle s’avançait jusqu’à la chaise de l’autre côté de mon bureau, et s’asseyait.
– Arrêtes, je le connais à peine. Ce n’est pas parce que je ne prends pas de pause café que je déprime ou je ne sais quoi.
Je buvais quelques gorgées du café que m’avait emmené Michael, évitant son regard de curieuse pour éviter qu’elle voit la vérité dans mes yeux.
– Foutaise. J’ai bien sentie la tension sexuelle qui émanait de tout le rez-de-chaussée de la tour quand tu as posé le regard sur cet homme. Tu mouillais rien qu’en le regardant.
Je faillis m’étrangler avec mon café. Je ne serais pas en face de Cassidy, j’aurais rougis jusqu’à me cacher sous le bureau pour éviter ce sujet extrêmement gênant.
– Tu dis n’importe quoi. Tes hormones de femme enceinte te jouent des tours.
– C’est ça, en attendant, je maintiens tous mes propos. Cet homme te fait tourner la tête.
Je levais les yeux au ciel.
– Tu n’as pas eu de nouvelles ?
J’hésitais quelques secondes avant de me lancer. Après tout, je lui faisais entièrement confiance.
– Non, pas la moindre.
– Ah.
Elle tordait sa bouche et je détestais le pincement au cœur que je ressentais en la voyant en venir aux mêmes conclusions que moi. Je ne voulais pas encore m’en convaincre, mais Augustino avait bel et bien disparu. Encore une déception de plus.
– Et toi, raconte-moi, tu vas lui dire ce soir, pour le bébé ?
– Oui.
Elle devenait tout à coup toute excitée, et la voir comme ça me remontait le moral en un claquement de doigt. Elle se mettait à sautiller sur sa chaise en rigolant nerveusement et je l’imitais, heureuse pour elle.
– J’étais stressée toute la semaine. Il me soupçonnait de lui cacher quelque chose et je lui ai simplement dit que j’avais quelque chose à lui dire ce soir, pendant le dîner. Enfin, j’attendrais probablement qu’on soit rentré pour lui dire, mais, p****n, j’ai vraiment hâte de voir la tête qu’il va faire.
Elle posait ses mains sur sa bouche et je rigolais.
– J’ai hâte que tu me dises sa réaction. Je veux tout savoir. Dis-je, posant mes mains sur les siennes.
Elle me les serrait en gesticulant sur sa chaise.
– Je te dirais tout, promis. D’ailleurs, regardes ça.
Elle jetait un coup d’œil par la porte du bureau, pour vérifier que personne n’était dans les parages, avant de plaquer son T-shirt sur son ventre et de montrer son ventre légèrement arrondit.
– Ça commence déjà à se voir ? Dis-je, trop heureuse pour elle.
– Oui, p****n. Je vais faire ma première échographie mardi. Il faut que j’en parle à Aaron, mais j’ai trop peur que tout le monde soit au courant trop vite. Depuis que j’ai fait le test, j’ai l’impression de gonfler comme une baleine. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis enceinte.
– Aaron sera trop content pour toi. Tu n’as qu’à lui parler en privée. Tu lui mets le couteau sous la gorge pour ne pas qu’il le répète aux autres.
Elle me faisait les gros yeux et j’explosais de rire.
– Bon, et toi, tu fais quoi ce soir ?
– Ce soir ? Chelsea et Sydney m’ont proposé une soirée bar. Le bar organise tous les ans une soirée pour démarrer les vacances. On y va à chaque fois. Il y aura de la musique, on pourra danser et il y aura du monde. C’est un bar très classe.
– Mais ?
Elle savait bien me cerner.
– Mais c’est la première année que je n’irais pas avec Ben et il sera là.
– Et alors ? Je croyais que vous vous étiez quitté en bon terme ? Ça sera sûrement encore bizarre pendant un moment, mais tu ne peux pas décider où aller en fonction de lui. Vous n’êtes plus ensemble, alors fait ce que tu veux. Tu crois qu’il va se gêner à y aller, lui ? Je pense qu’il ne se pose pas autant de questions que toi.
– Je sais. C’est juste que… en ce moment, j’ai envie de faire d’autres trucs, tu vois. Je voudrais…
– … me détendre en couchant avec un bel Apollon prénommé Augustino.
Je lui tapais le bras pour la faire taire alors qu’elle se mettait à rire.
– Non, ce n’est pas ça. C’est juste que, les fêtes, je commence vraiment à en avoir marre, tu vois.
– Je sais. Tu n’aimes pas trop les fêtes. Mais tu dois sortir ce soir. Fais-le pour t’amuser, te détendre et profiter de tes amies.
– Je sais, tu as raisons.
Je haussais les épaules. Comment lui dire que je me sentais complètement larguée, en ce moment ? Entre mon groupe d’amis qui avait explosé et la disparition d’Augustino, je ne savais plus où donner de la tête. Je n’arrivais plus à me concentrer une heure au travail sans penser à tous les changements qui s’opéraient dans ma vie.
Peut importe si je n’avais pas envie d’y aller, j’irais quand même. Tous les ans, je passais une bonne soirée, parce que je connaissais beaucoup de monde qui allait là-bas, et parce que je ne voudrais pas laisser Ben penser que je n’y allais pas pour l’éviter.
Je ne voulais pas qu’il pense que je n’arrivais pas à passer à autre chose, parce que c’était faux.