CHAPITRE 18

1843 Words
ELIA Je restais à deux pas derrière Augustino, suivant la femme hyper classe qui nous emmenait jusqu’à notre table, sur la terrasse intérieure de l’immense bâtiment. Un des hommes venait me tirer mon siège, et je m’asseyais en face d’Augustino, encore perturbée par la conversation qu’on avait eue dans la voiture. Il me regardait de son regard intimidant, pinçant sa barbe naissante et parfaitement taillée. Je détournais les yeux pour inspecter les lieux. Une grande fontaine était au centre de toutes les tables, et je remarquais qu’on était les seuls jeunes au milieu d’une trentaine de personnes âgées qui puaient l’argent. – Si je me souviens bien, tu aimes le vin blanc. – Comment tu pourrais savoir ça ? – Eh bien, ta robe que je t’ai retirée alors que tu étais en train de décuver sentait fortement le vin blanc que tu avais dans les mains quand je t’ai parlé à la soirée, avant que tu ne rejoignes tes amis. Putain. Pourquoi il ne faisait qu’employer des sous-entendus cochons qui m’excitaient ? – Je crois plutôt que c’était un mélange de Vodka et de vin. Dis-je en souriant. – Tu ne devrais pas être fière d’avoir autant bu. Tu aurais pu te faire kidnapper par n’importe quel violeur. Je fronçais les sourcils. Est-ce que c’était de l’ironie ? Ou est-ce qu’il le pensait sérieusement ? – J’étais avec mes amis. Et puis, ça ne t’a pas empêché de me kidnapper, moi. – Je t’ai emmené chez moi parce que je n’avais pas le choix, et je t’ai fait l’amour avec ton accord. Cette phrase me coupait le souffle. J’avais encore du mal à m’habituer à la brutalité de ses paroles. Surtout qu’il parlait avec une telle confiance et un tel naturel, que je ne trouvais plus mes mots. – Tu regrettes cette soirée ? Je croisais son regard et je n’arrivais pas à déchiffrer son expression. Les mots se bousculaient dans ma tête et pourtant, je répondais, sûre de moi : – Je regretterais cette soirée, je ne serais pas en face de toi. – Bien. Il reculait sur son siège quand le serveur habillé en costume blanc venait prendre notre commande. Je laissais Augustino parler pendant que je l’examinais. Ses cheveux foncés légèrement bouclés étaient relevés sur son crâne, sa barbe de trois jours était bien dessinée et ses yeux sombres me faisaient complètement craquer, de même que sa tenue et sa classe monumentale. Son bon mètre quatre-vingt-dix ne faisait qu’accentuer sa beauté et je retenais ma respiration quand je repensais à son puissant torse qui m’avait attirée l’autre nuit, alors que je n’avais pas réussi à lui résister. – Qui a-t-il ? Je relevais les yeux en constatent que le serveur n’était plus là. J’espérais qu’il n’ait pas réussi à deviner à quoi je pensais, mais son petit sourire me disait le contraire. – Je pense au travail qui m’attend demain. Il levait un sourcil et je maintenais son regard pour ne pas le laissais gagner et savoir que je rêvassais sur lui. – Demain, c’est demain. Profite de l’instant présent. Je souriais, mordillant ma lèvre en regardant le couple de personnes âgées qui se trouvait un peu plus loin sur ma gauche. J’avais envie de lui poser un million de questions, mais je ne savais pas s’il allait me répondre. J’étais déjà tellement contente de le revoir, et je ne voulais pas déjà lui faire peur, mais j’avais besoin de savoir. – Pourquoi avoir repris contact avec moi ? Ses yeux se plissaient légèrement et mon cœur s’accélérait. Je voulais qu’il me dise que, comme moi, il n’arrêtait pas de penser à moi, mais j’en doutais. Je ne savais pas du tout ce qu’il attendait de moi. – Tu es surprise que je l’ai fait ? Je haussais les épaules. – On ne peut pas dire qu’on vienne du même monde. Et puis, on a couché ensemble alors qu’on s’était à peine parlé. Il gonflait le torse, et je retenais encore ma respiration, sentant mes joues s’embraser. Le serveur arrivait avec un plateau, la bouteille de vin blanc posée dans un seau gris métallisé, il mettait les deux verres de vin devant nous, pendant que je priais silencieusement qu’Augustino attende qu’il parte pour répondre. – Tu prétends qu’on ne vient pas du même monde ? Et puis, a-t-on vraiment besoin de connaître une personne pour coucher avec elle ? Je levais les yeux vers le serveur pour vérifier sa réaction. Il ne sourcillait même pas et prenait mon verre pour me servir. Je reportais mon attention sur Augustino, qui me regardait avec insistance. Il ne voyait pas nos différences ? – Je n’ai pas une villa aussi grande que le Palais de Buckingham, ni une cinquantaine d’employés pour me servir. Je haussais une nouvelle fois les épaules. – Inutile d’en dire plus, il n’y a qu’à te regarder pour voir qu’on ne vient pas du même milieu. Sa main venait frotter son menton et j’attendais sa réponse. – Tu as dit toi-même que nous ne nous connaissions pas, et pourtant, tu tires des conclusions hâtives. Ce n’est pas parce que je porte chaque jour un costume à cinq mille dollars, que j’ai des personnes pour me servir et une villa aussi grande que Buckingham, que je ne peux pas m’intéresser à une femme comme toi. Ma gorge se nouait. Une femme comme moi ? Qu’est-ce que ça voulait dire ? – Une femme comme moi ? – Oui, puisque tu sembles vouloir me comparer sans cesse à une personne hors du commun, il me semble juste de devoir te comparer à une personne normale. Une femme normale. Puisque tu te sens inférieure à moi seulement parce que tu estimes que je suis plus riche que toi. Touché. Je baissais les yeux, consciente d’avoir été ridicule en disant que je ne venais pas du même milieu. Après tout, je devrais le comparer à une personne normale, parce que ce n’était pas parce que je le trouvais beau et plus riche que n’importe qui que je devais le mettre dans une case à part. Je me sentais affreusement gênée et je ne savais plus quoi dire. – Je suis désolé. – A quel propos ? – Pour tout. Je me fais souvent des idées sur une personne avant même de la connaître. – Ne t’excuse pas pour ça. Je crois qu’on le fait tous. Je souriais et il levait son verre. Je l’imitais, rougissant légèrement alors que je le trouvais plus sexy que jamais. – A cette magnifique fin de journée qui marque le début d’une excellente soirée en ta compagnie. Je souriais de toutes mes dents, sentant mon cœur se réchauffer alors qu’il entrechoquait mon verre. J’étais au paradis. Le vin était excellent et je me demandais combien allait coûter la bouteille. Augustino le goûtait, me regardant par-dessus son verre alors que je le regardais tremper ses lèvres. – Comment tu le trouves ? – Le vin ? Excellent. Dis-je en reposant mon verre sur la table. Et toi ? – Comment je te trouve ? Je fronçais les sourcils, souriant légèrement pour ne pas trop montrer mon amusement. – Eh bien, je trouve que ta tenue de travail est plus que plaisante à regarder. Un demi-sourire se formait sur ses lèvres et je baissais les yeux en sentant une pression monter entre mes cuisses. Séducteur et très douée pour me mettre mal à l’aise, il reposait son verre, et approchait sa tête au-dessus de la table. – Encore plus excitante que la robe couverte d’alcool que tu portais samedi soir. Je souriais, levant les yeux au ciel alors qu’il levait un sourcil d’un air provocateur. – Et toi, pourquoi tu portes toujours des costumes ? Tu ne t’habilles jamais normalement ? – Tu as dit toi-même que je n’étais pas une personne normale. J’aime bien m’habiller de cette façon, c’est tout. Même si j’adorais le voir à chaque fois habiller de cette façon, j’aimerais bien le voir habiller avec un simple jean, des baskets et un T-shirt. Juste pour voir s’il est aussi sexy avec. – Ça fait partie du personnage ? Dis-je d’un air provocateur, pour me mettre à son niveau. – Que veux-tu dire ? Il posait ses deux mains devant lui sur la table, me fixant de son regard intimidant et déstabilisant. – Tu t’habilles avec un costume à cinq milles dollars pour montrer ta richesse ? – Qui a dit que j’étais riche ? – Il suffit juste de te regarder pour savoir que tu es né avec une cuillère en argent dans la bouche. – Vraiment ? Et toi alors, tu n’es pas riche ? Je haussais les épaules. Je n’étais pas millionnaire, mais ma famille – que je ne connaissais pas du tout à part ma mère – avait toujours eu des revenus très corrects, d’où ma maison trop grande pour deux et mes vêtements de luxe. – Je ne me considère pas comme étant riche. Il maintenait mon regard. Il était tellement sérieux que c’en était troublant. J’avais envie de mettre fin à cette conversation pour lui poser des questions plus personnels, savoir d’où il sortait et pourquoi il était toujours là où j’étais. – D’où tu viens ? – D’où je viens ? – Oui, je t’ai entendu parler espagnol, l’autre jour. Je présume que tu n’es pas d’ici. Je prenais un coup de chaud. Il n’était pas censé savoir que je l’espionnais sur le parking à la supérette, ou même pendant la soirée de samedi soir, quand il parlait à son collègue. – Je suis née à Acapulco, au Mexique. Le nom de cette ville me disait quelque chose, et j’essayais de mettre une localisation sur celle-ci. – C’est une ville au sud du Mexique, non ? – C’est bien ça. – Tu y habites encore ? – J’ai beaucoup de résidences, mais ma résidence principale se trouve bien là-bas. – Alors, celle de Miami… – Celle-ci, je la loue. J’étais surprise de découvrir qu’il n’était là que temporairement. J’étais même un peu déçu. Combien de temps allait-il rester ici ? Était-il en vacances ? – Et toi alors, c’est quoi ton histoire ? – Une histoire tout à fait banale, dis-je en haussant les épaules. J’habite à Miami depuis onze ans. Je suis née à Los Angeles. Mon père est Américain, et ma mère Mexicaine. Je souriais en disant le dernier mot, sachant que ma mère était de la même origine que lui. – Je savais déjà que tu avais des origines. – Ah oui ? Son téléphone se mettait à sonner et il le prenait dans sa poche avant de l’éteindre. – Dans quoi est-ce que tu travailles ? Dis-je, très curieuse de savoir d’où lui venait tout cet argent. – Je gère des affaires. – Quels genres d’affaires ? – Des affaires qui restent privées. Je suis extrêmement discret dans mon travail, je préfère ne pas t’impliquer. Je fronçais les sourcils, ne bougeant pas d’un millimètre alors que le serveur venait nous resservir un verre.
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