ELIA
Chelsea passait devant moi et me prenait la main pour m’emmener sur la piste. Nate me lâchait et je me laissais emporter par sa main, puis par la musique. Je regardais du côté du bar, pour voir si Augustino était toujours là. Il n’était plus assis et je ressentais un petit pincement au cœur.
– Ton beau gosse est déjà partie ? Me criait Chelsea dans l’oreille.
Je haussais les épaules en rigolant. Nate et Julian nous rejoignaient et les deux nous lançaient un regard désapprobateur, ce qui me faisait encore plus rire. Moi qui ne voulais pas sortir, au départ, je me mettais à danser en imitant Chelsea. Et je me mettais un peu plus à bouger quand je croisais le regard de Ben, qui se tenait à quelques mètres de nous, avec sa p*****e d’Amber. Si un regard pouvait tuer…
Mon cœur s’accélérait quand je le voyais approcher de nous, Amber sur ses talons.
– Vous êtes encore là ? Demandait Ben en regardant Nate.
– Oui.
Nate n’avait pas envie de lui parler, et je ressentais une immense satisfaction.
– Salut Elia. Me disait Amber avec un sourire moqueur. Dis-donc, tu ne tiens plus debout.
J’écarquillais les yeux, prise d’une envie de lui sauter dessus pour lui arracher les cheveux.
– Et toi tu devrais boire un peu plus, tu serais peut-être moins g***e. Lui disait Chelsea en enroulant un bras autour de mon cou.
Je gloussais en posant une main sur ma bouche. p****n…
– Je préfère être lucide quand je rentrerais avec Ben tout à l’heure. Tu sais, quand il me…
– Ferme ta bouche. Dis-je en avançant un peu plus près d’elle, prête à lui sauter dessus.
– Oh, oh.
Nate se glissait entre nous deux et Julian me tirait un peu en arrière.
– Pourquoi tu continues de me chercher ? Dis-je en fusillant Ben du regard. Rentre et va n****r ta nouvelle meuf, mais laisse-moi tranquille.
Des gens s’arrêtaient de danser pour nous regarder, et je me sentais gênée d’avoir parlé de cette façon. Je pouvais prendre l’alcool comme excuse, pour une fois.
– On ferait mieux d’aller parler dehors, non ? Proposait Julian.
– Ne vous en mêlez pas, s’il vous plaît. Il faut que je règle ça, une bonne fois pour toute.
Les effets de l’alcool avaient soudainement disparu, laissant place à la haine.
– On va parler dehors ? Demandait Ben d’une voix calme.
– Oui, juste toi et moi.
– Et moi. Disait Amber en posant une main sur sa hanche.
– Dans ce cas, je viens avec vous. Rajoutait Nate, qui posait une main sur mon bras en signe de soutien.
– Et moi, je vais accompagner Chelsea. Elle a besoin de s’asseoir, je crois.
Je me tournais vers Julian, qui tenait Chelsea. Elle avait du mal à tenir debout.
– Non, ça va. Disait-elle en se retenant de rire.
– Non, ça ne va pas. Je t’emmène, que tu le veuilles ou non. Appelle-moi si tu as besoins.
Il s’éloignait avec elle et je partais la première. Une fois dehors, je me tournais vers Ben, qui parlait déjà avec Nate.
– Pourquoi tu es venue ici, Elia ? Me demandait-il immédiatement.
– Quoi ?
– Tu ne sors jamais, et je te retrouve ici en train de parler avec un vieux bourge.
Je revoyais Augustino dans ma tête et je me mettais à rire nerveusement.
– Tu me reproches de parler avec quelqu’un qui s’intéresse à moi ? Et toi, qu’est-ce que tu fais, là ?
Les vigiles qui se tenaient près de la porte nous regardaient alors qu’on se trouvait à quelques mètres d’eux.
– Je suis un connard, rappelle-toi. Me disait-il alors qu’il s’avançait plus près de moi.
Et voilà, il recommençait à retourner la situation à son avantage.
– Tu es devenu un connard.
L’alcool me faisait tourner la tête par moment, mais je faisais tout mon possible pour paraître naturelle. Je ne voulais montrer aucun signe de faiblesse devant lui.
– Pourquoi tu en fais tout un cirque ?
Cette fois, Amber contournait Ben pour se placer devant moi. Grâce à mes talons, je pouvais la regarder droit dans les yeux.
– Pourquoi tu ne vois pas que c’est toi, le problème ? Reprenait-elle en me regardant de son air supérieur. S’il a fini par te tromper, c’est peut-être parce que tu le dégoûte, non ?
J’en restais sans voix. Je déglutissais alors que je la regardais déballer son sac. Est-ce que c’était la vérité ? Est-ce que, alors que je n’avais plus envie de lui, il pensait la même chose de moi ? Je me sentais de plus en plus blessée au fur et à mesure que je rejouais ses mots dans ma tête et je maintenais son regard en repoussant mes larmes qui commençaient à monter.
– Pourquoi tu crois qu’il préfère coucher avec moi ? Parce que tu ne satisfais plus son désir. En même temps, quand il a le choix entre une fille comme toi, et, une fille comme moi, pourquoi il te choisirait ?
Elle me montrait comme si je n’étais rien et j’étais comme paralysée. Les forces qui me restaient s’évaporaient et j’avais un haut-le-cœur en voyant son expression satisfaite.
– Amber, ça suffit, ok ? Ne dis pas des choses comme ça.
J’étais surprise par l’intervention de Ben, qui se rapprochait d’elle pour la regarder d’un air menaçant. Je reculais de quelques pas et me tournais pour essuyer le dessous de mes yeux humides.
– Tu es sérieux ? Tu la défends ? C’est vrai ce que je dis, non ?
Nate posait une main sur mon dos pour me réconforter.
– Eh, ça va ?
– Oui. Dis-je en mentant.
Je les entendais encore se disputer en arrière-plan.
– Arrête de dire ça.
– Alors quoi, tu la trouve plus belle que moi ?
– En quoi c’est important ?
– Ok, alors là, tu m’as soûlée, je crois qu’on ferait mieux de rentrer. Je ne veux plus rester.
– Oui, tu ferais mieux de rentrer.
Je me retournais, choquée.
– Tu rigoles, là ?
– Non, s’il te plaît, Amber, on se parle plus tard.
Elle le regardait, surprise, et me lançais des éclairs avec ses yeux.
– C’est à cause de toi, s****e.
Elle remettait son petit sac sur son épaule avant de s’éloigner sur le trottoir. Le silence revenait et je mordais ma lèvre pour empêcher mes autres larmes de couler.
– Je suis désolé pour ce qu’elle a dit, ce n’est pas vrai.
– Tu es sérieusement en train de péter un plomb, Ben. Lui disait Nate d’un ton menaçant.
– Je ne savais pas ce qu’elle allait dire.
– Bien sûr que si. Tu savais qu’elle allait dire de la merde pour lui faire du mal.
Il me montrait du regard et rien ne sortait de ma bouche. Je me sentais de plus en plus mal.
– Ce qu’elle a dit est faux.
– Bien sûr. Je ne te reproche pas de ne pas l’avoir fait taire plus tôt. Je te reproche de faire passer une fille sans cervelle comme elle avant ton amie et amour depuis toujours. Elia n’est pas un objet que tu peux jeter et reprendre quand tu le souhaites. Tu ne mérites pas du tout qu’elle te pleure, et tu ne mérites pas non plus que je t’adresse encore la parole.
– Nate, ce n’est pas parce que je traîne moins avec vous que tu dois m’en vouloir. Je fais ce que je veux.
– Oui, ne t’inquiète pas, on n’a vu que tu fais ce que tu veux. Je m’en fous de ce que tu fais. Mais quand tu te comportes en connard et que tu fais du mal à mes amis, je suis obligé de m’en mêler. Sinon, je serais une personne comme toi sans valeurs. Tu changes et je déteste la personne que tu es en train de devenir.
Nate me prenait le poignet et j’avais envie de le serrer dans mes bras. Il ne m’avait jamais autant défendu avant ce jour et ça me réchauffait le cœur de savoir que quelqu’un était vraiment là pour moi alors que j’étais si faible.
Ben soufflait, faisait un tour sur lui-même avant de reprendre d’un ton calme :
– S’il te plaît, laisse-moi parler à Elia. J’en ai besoin.
– Et elle, de quoi elle a besoin ? Si tu veux mon avis, elle a besoin que tu te tiennes loin d’elle.
– Ça va. Je peux bien lui parler une dernière fois. Dis-je d’une voix enrouée. Je vais bien, j’ai juste un peu froid.
Nate levait un sourcil en me scrutant, sachant pertinemment que c’était une excuse pour expliquer mes tremblements.
– Tu es sûre ? Je vais rester à côté pour…
– Ça va aller, Nate. Retourne voir si Chelsea va bien. Je reviens tout de suite après.
– Comme tu voudras. Garde ton téléphone allumé.
Il me faisait un dernier sourire, fusillait Ben du regard et rentrait à l’intérieur. Le silence revenait.
– Je suis désolé.
– Tu l’as déjà dis. Dis-je, les bras croisés, fixant le tronc d’arbre à côté de lui.
– Amber a dit n’importe quoi. Vous ne vous ressemblez pas, c’est sûr, vous êtes carrément deux opposés...
– Viens-en aux faits. Dis-je, impatiente de finir cette conversation pour rentrer chez moi.
Il se grattait le coin du crâne et je me balançais d’un pied sur l’autre.
– Je ne t’ai pas trompé parce que tu ne satisfaisais plus mon désir. Tu sais que tu as toujours été la plus belle fille, pour moi. Enfin, maintenant, on peut dire la plus belle femme. On a plus dix ans.
Il rigolait un peu et je souriais faiblement. Ce Ben ne me faisait plus rire, et cette conversation serait notre dernier adieu. Voilà pourquoi mes larmes continuaient de perler sur mes joues.
– Je crois que je t’ai trompé – et que je continue de le faire – parce que notre relation est en train de changer. Ça fait un moment que je le ressens, et je sais que tu le ressens aussi.
Il me scrutait, attendant que je confirme ces propos. Ça me faisait mal d’avouer qu’il avait raison. Ce Ben que j’avais maintenant en face de moi faisait beaucoup plus mature que d’habitude.
– Oui, tu as raison.
Il prenait une grande inspiration, mordant l’intérieur de ses joues pour essayer de ne pas craquer également. Est-ce que ça pouvais arriver, ça ? Est-ce que Ben pourrait se mettre à pleurer devant moi ? En tout cas, je le voyais aussi vulnérable que moi, à présent.
– Tu sais que je t’aime, Elia, mais on ne peut plus continuer. La raison pour laquelle je suis avec Amber, c’est parce qu’elle me fait penser à autre chose. Je n’ai plus envie de penser à toi sachant que tu ne ressens plus la même chose pour moi.
Je fronçais les sourcils, et mes larmes se dissipaient, me laissant voir entièrement un Ben démuni.
– Je crois qu’on s’est peut-être menti l’un envers l’autre. Dis-je d’une voix faible.
– Je crois aussi… Me disait-il après un moment.
Une envie de vomir me saisissait les tripes et j’avalais ma salive en essayant de repousser se dégoût qui montait dans ma bouche.
– Tu sais que je serais toujours là pour toi, si tu as besoins… Bon, d’accord, je pense beaucoup à moi, ces temps-ci, mais je t’aime quand même, et je ne veux pas t’oublier.
Je ne veux pas t'oublier...
– D’accord.
Je reniflais, essuyant mes joues humides en fixant le sol. Je ne pleurais plus, mais je tremblais toujours. C’était fini, bel et bien finis, et étrangement, cela me soulageait. On se disait au revoir en bon terme, et le dernier Ben que je voyais devant moi était plus mature et sensible que jamais.
Il s’approchait de moi, déposait un b****r sur mon front. Je ne bougeais pas malgré ma surprise, car il n’avait jamais fait ça auparavant.
– Peut-être à bientôt, Elia.
– Oui. Dis-je en le regardant tourner les talons.
Je prenais une grande inspiration, tournant sur moi-même pour tenter de reprendre mes esprits. L’alcool et toute cette soirée chargée en émotions m’avait épuisée.
– Tu ne rentres pas ? Me demandait-il, attendant ma réponse devant les vigiles qui lui tenaient la porte.
– Pas tout de suite. Dis-je avec un sourire faussement joyeux.
Il hochait la tête avant de disparaître à l’intérieur et je cherchais mon portable pour appeler un taxi. Je n’avais plus du tout envie de danser. Je voulais seulement m’allonger, prendre une douche et enlever cette robe qui puait la Vodka et le vin. Mais manque de chance, ma batterie était à plat. Je soupirais. Si je retournais à l’intérieur, ils ne me laisseraient jamais repartir tout de suite, et mes talons me faisaient mal aux pieds pour marcher trente minutes jusqu’à chez moi.
Vie de merde.