ELIA
Un coup résonnait contre la porte.
- Elia !
Ma tête basculait sur mon oreiller et je soupirais quand j'entendais un nouveau coup.
- Elia, s'il te plaît, il est déjà dix heures.
J'allais hurler que je m'étais couchée à quatre heures, mais la porte s'ouvrait à la volée. Ma mère entrait, contournait mon lit pour ouvrir les rideaux. Le soleil m'aveuglait et je grognais en prenant mon plaid pour me couvrir la tête.
- Maman, je ne travaille pas aujourd'hui.
- Moi non plus. Tu ne te réveilles pas si tard, d'habitude.
- D'habitude, je ne sors pas.
Je plissais les yeux pour la regarder hausser les épaules.
- Eh bien, tu vas te lever pour venir m'expliquer ce que tu as fait hier.
Je soupirais encore, relevant ma tête lourde pour me mettre assise contre le mur. J'entendais les talons de ma mère claquer sur le carrelage au fur et à mesure qu'elle s'éloignait. Le soleil était déjà haut dans le ciel, et je salivais déjà à l'idée d'aller courir pour bien me réveiller.
Je sautais de mon lit, enfilais mes tongs avant de me diriger vers ma coiffeuse. Je relevais mes cheveux en un chignon difforme et grattais mes dernières traces de maquillage avec le bout de mes doigts.
- Enfin. J'ai bien cru que tu allais dormir toute la journée.
Quand j'arrivais dans la cuisine, le petit-déjeuner était déjà sur la table. Des pancakes fumaient et leur odeur emplissait la cuisine.
- Il n'est que dix heures. Je prévois de ne rien faire de la journée, de toute façon.
- Ce n'est pas parce que tu as fini les cours qu'il faut se relâcher. Ton stage est fini, tu vas reprendre à plein temps dès la semaine prochaine.
Je m'asseyais sur un tabouret en me retenant de lever les yeux au ciel. Ma mère connaissait mon emploi du temps mieux que moi.
- Tu ne travailles pas, cet après-midi ?
- Si. Eric à besoin de moi pour sa réunion. Je ne rentrerais pas tard.
Elle posait les assiettes sur la table pour s'attacher les cheveux.
- Depuis quand on a besoin d'une assistante de direction pour animer les réunions ?
Elle me lançait un regard d'avertissement et je haussais les épaules. J'aimais tellement l'embêter.
- Crois-le ou non, Eric s'en sort beaucoup mieux avec mon aide.
- Je te crois.
Je prenais un pancake pour le tartiner de confiture et attendais qu'elle reprenne. Au lieu de ça, elle s'asseyait en face de moi et me fixait d'un regard accusateur.
- Quoi ?
- Tu as vue Ben, hier soir ?
Au simple fait de mentionner son nom, je me sentais déjà irritée. Je n'avais pas envie de revenir sur cette soirée chaotique, mais comme d'habitude, ma mère voulait tout savoir sur ma vie.
- Oui.
- Ça s'est mal passé ?
- Pourquoi tu me demandes ça ?
- A voir ton humeur de chien, je présume que quelque chose s'est mal passé. Et en ce moment, à chaque fois que tu rentres après l'avoir vu, tu as l'air triste ou en colère. Qu'est-ce qui se passe ?
- Tu ferais une excellente détective. Dis-je en prenant une bouchée de pancake.
- Alors, qu'est-ce qui se passe ?
- Maman, s'il te plaît, j'ai bientôt vingt-trois ans, je n'ai plus besoin de te raconter ma vie sentimentale.
- Mais avant, tu me disais tout. Alors pourquoi changer ?
Je soupirais, retenant un petit sourire d'amusement. C'était vrai que je lui disais tout. Elle était la seule personne qui me restait en dehors de mes amis, et je me sentais toujours obligée de lui raconter ma vie pour ne pas qu'elle se sente trop seule dans sa petite vie routinière.
- Il ne se passe rien. C'est ça, le problème. Ça fait quelques semaines qu'il préfère voir ses potes, me négliger et penser avant tout à faire la fête et sortir tard le soir pour « profiter de sa jeunesse ». Dis-je en imitant des guillemets.
- Oui, et ma fille est beaucoup trop mature pour supporter ça.
Je souriais, contente qu'elle ne le défende pas comme elle le faisait bien trop souvent. Je connaissais Ben depuis mes dix ans, et je n'avais jamais eu d'autre petit ami avant lui. Depuis nos seize-ans, on ne s'était jamais quitté, et depuis quelques jours, je me demandais si notre couple ne pourrait pas exploser d'un jour à l'autre. En plus d'être mon petit ami depuis cinq ans, il était aussi le fils du patron de ma mère, Eric.
- Il est sûrement comme ça parce que les cours sont finis, et que l'été approche.
- Justement, les gens ne devraient pas devenir comme ça à la fin de la fac. La plupart des filles de ma promo ont déjà une bague au doigt. Cassidy va se marier cet été, et moi, j'ai mon petit-ami qui redevient soudainement un enfant que je dois constamment surveiller.
- Laisse-lui un peu de temps. Il ne passerait pas à côté d'une femme aussi parfaite que toi.
Je soupirais, laissant échapper un petit rire nerveux à travers mes lèvres.
- N'importe quelle mère dirait la même chose à sa fille.
- Oui, mais je ne suis pas n'importe quelle mère. Je suis la tienne, et je suis fière de toi. Regarde, tu as fini la fac, tu vas obtenir ton diplôme largement mérité et tu vas maintenant commencer à travailler en tant que contrôleuse de gestion dans une des plus grandes entreprises de Miami.
Je souriais, me rappelant la chance que j'avais de pouvoir être embauchée dans l'entreprise où j'avais fait mon stage cette année.
- Tu sais que Ben est un garçon qui te correspond. Tu le connais depuis des années, et il te connaît par cœur. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'il te reporte toute son attention. Il est juste long à percuter.
- Je sais.
J'attendais qu'elle se relève et qu'elle détourne le regard pour soupirer silencieusement. Ben m'avait tellement énervé hier, pendant le dîner ou même pendant la soirée qu'on avait passée à son nouvel appartement que je ne comptais pas lui envoyer de messages de la journée. Pourtant, je n'avais rien d'autre à faire. Peut-être que je pourrais aller voir Sydney et Chelsea ?
- Bon, je vais prendre une douche.
- Et moi courir.
Je finissais mon dernier morceau avant de me lever et de ranger tout ce bazar.
Quinze minutes plus tard, j'étais déjà en tenue de sport et dehors, en train de lacer mes chaussures de sport. Le soleil tapait déjà fort, et j'avais une folle envie de transpirer pour me sentir mieux. Je resserrais ma queue-de-cheval et mettais mes écouteurs. Un son d'Eminem résonnait dans mes oreilles et je me sentais prête à courir.
Je sentais déjà la transpiration emplir mon front après quelques minutes de course. La maison de Ben semblait déserte quand je passais devant, de même que la maison de Nate. Je descendais les rues jusqu'à longer la plage et je m'arrêtais seulement quand un appel venait attiser ma curiosité. Ben ne rappelait jamais dès le lendemain matin, surtout en ce moment.
- Oui ?
- Ah, bébé.
Je passais une main dans mes cheveux en reprenant ma respiration.
- Oui ? Je répétais.
- Tu cours ?
- Oui.
- On dirait que tu n'es pas d'humeur ? Me demandait-il, après quelques secondes.
- À ton avis ?
Je regardais un jeune couple passer devant moi. En me voyant, dégoulinante de transpiration, ils détournaient la tête et passaient leur chemin.
- Désolé, je ne pensais pas qu'autant de monde viendrait à mon appartement. Tu aurais pu rester dormir dans ma chambre.
- Tu plaisantes ? Il y avait tellement de monde qu'il y avait aussi des gens dans la chambre. Et de toute façon, je n'aurais pas réussi à dormir avec la musique.
Je l'entendais soupirer de l'autre côté du téléphone. Sa voix m'amenait à penser qu'il avait la gueule de bois, encore.
- Tu es partie à trois heures et tu ne travailles pas aujourd'hui, tu aurais pu rester plus longtemps.
Et voilà qu'il recommençait à faire passer ses envies avant les miennes. Mon sang se mettait subitement à bouillir dans mes veines et je m'asseyais sur le muret derrière moi.
- Ben, tu sais que les soirées, ce n'est pas trop mon truc. En plus, j'aurais préféré être seul avec toi, le jour où tu venais d'avoir ton appartement. Tu as préféré organiser une soirée
pour satisfaire tes envies, et moi, j'ai préféré rentrer.
Mon ton sec le laissait sans voix, pourtant, il reprenait après une grande inspiration :
- D'accord, d'accord, je suis désolé. Est-ce que tu veux revenir ce soir ? J'en aurais peut-être pour la journée à ranger, mais si ça peut te faire plaisir, on peut passer la soirée tous les deux.
Si ça peut te faire plaisir...
- D'accord, à ce soir.
Je raccrochais et me relevais, les jambes tremblantes. Je courais probablement depuis une bonne heure, et je n'avais pas vu le temps passé.
OK POUR BOIRE UN VERRE, CET APREM ?
A peine je rentrais à la maison que Chelsea m'envoyait un message. Je répondais par un grand oui avant d'aller à la douche. Mes vêtements étaient tellement trempés de sueur que j'avais du mal à les enlever.
***
- Ah, te voilà !
Sydney se levait de sa chaise quand j'arrivais sur la terrasse de notre bar favori, et prenais mon bras avant de m'embrasser sur la joue. Ses longs cheveux blonds brillaient au soleil et son rouge à lèvre rose vif me brûlait les yeux.
- Alors, comment s'est terminée la soirée ? Me demandait Chelsea en relevant ses lunettes de soleil.
Je m'asseyais en face d'elle et croisais le regard de Robin, le serveur qui faisait tout pour avoir mon numéro depuis le jour où nous avions décrété que ce bar serait notre deuxième maison.
- Je suis rentré une heure après vous.
- Quoi ? Me disaient-elles en même temps.
- Oui.
- Tu n'es pas resté dormir ? Demandait Sydney, au bord de la crise cardiaque.
- Non. Je me suis déjà forcée à rester autant de temps. J'aurais préféré passer ma soirée devant Netflix. Et toi, Chelsea, ça va mieux ?
Les deux se mettaient à rire, se remémorant sûrement le moment où Chelsea s'était mise à courir jusqu'aux toilettes pour vomir.
- Salut Elia, tu bois quoi ?
- Salut Robin. Dis-je en esquissant un faible sourire. Un Coca, s'il te plaît.
- Ça marche.
Il posait doucement une main sur mon épaule avant de s'éclipser.
- J'ai l'impression qu'il veut toujours que tu écartes les jambes pour lui. Disait Chelsea, assez fort pour qu'un groupe de jeunes se tourne vers nous en rigolant.
- N'importe quoi. Dis-je en fusillant du regard les gens qui me dévisageaient.
- Quoi, ça te changera. Tu n'as baisé qu'avec Ben. Comment savoir si c'est un bon coup si tu n'as pas essayé ailleurs ?
- Chelsea, s'il te plaît. Tu ne vas pas recommencer.
- Quoi ? Tu crois qu'il se gêne, lui ?
Je baissais les yeux, me remémorant le moment où une fille avait passé ses bras autour du cou de mon petit ami, hier soir. Heureusement qu'il l'avait repoussé, même s'il ne l'avait pas fait assez tôt à mon goût.
- Il ne m'a jamais trompé.
Comme à leur habitude, les deux s'échangeaient un regard de compassion. Je n'étais pas naïve. Je savais que Ben se rapprochait d'autres filles, depuis quelques semaines, mais je ne voulais pas y penser.
- Je vais chez lui ce soir.
- Pour une soirée ? Demandait Sydney.
- Non. Je crois qu'il comprend enfin que j'aimerais l'avoir pour moi toute seule, au moins pour une soirée.
- Oh, on se demande ce que vous allez faire. Disait Chelsea en haussant les sourcils.
- Sûrement jouer aux dames. Disait Sydney, en faisant semblant de réfléchir.
Je levais les yeux au ciel en me reculant sur ma chaise. Mon verre arrivait.
- Et voici.
- Merci.
Je croisais son regard qui louchait légèrement sur mon décolleté, et je remontais mon débardeur en détournant les yeux.
- Ce mec est un obsédé. Dis-je en regardant mon verre, écœurée.
- Il admire juste la belle vue. Disait Sydney en l'imitant.
- Et, bat les pâtes.
Elle rigolait et s'enfonçait sur sa chaise en basculant la tête en arrière.
- Qu'est-ce que j'aime l'été.
Je ne répondais rien, mais elle connaissait déjà mon point de vue. J'aimais tellement la chaleur et le soleil moi aussi.
- Qu'est-ce qu'on fait pour le quatre juillet ?
- Tu parles déjà de ça ?
- Bah oui, c'est dans deux semaines.
Je les laissais discuter des plans pendant que je me tournais légèrement pour admirer les passants. La plupart étaient des couples, et quelques enfants se couraient après devant le bar d'en face. Je les regardais un moment avant de repenser à la soirée d'hier. En réalité, même si Ben m'avait énervé, je n'avais pas envie de le revoir ce soir.