VI La barque glissait silencieusement sur l’onde invisible. Dans la nuit sereine, aucun bruit ne venait troubler son sillage imperceptible. Pas un bruit, excepté le murmure cadencé de l’aviron contre le bois du frêle esquif godillé lentement et avec précision par une ombre assise, presqu’immobile. Un quartier de lune troua les nuages, profitant de l’aubaine pour éclairer les parages de sa lueur blafarde. A chaque fois que l’astre émergeait, se révélait une scène fantomatique, offrant à l’homme embarqué et solitaire la vision inquiétante de rocs difformes et noirs, comme autant de monstres surgis d’un autre monde. Issus du néant, dessinés par la lumière diffuse de cette nuit étrange, ils guidaient le marin isolé dans ces instants qu’il adorait, à travers un labyrinthe subtil, vers la grèv

