Cette nuit-là, alors que l'obscurité enveloppait le casino, Pierre était assis dans sa voiture noire, observant les lieux avec une concentration glaciale. Tout avait été orchestré avec soin : le rendez-vous avec la mafia italienne, la négociation, puis... la balle.
Son objectif était clair : éliminer Cairo une bonne fois pour toutes.
Mais il ne s’attendait pas à voir la voiture de Cairo garée près de l’entrée… ni ce "chien" immobile sur le siège passager.
Quelque chose dans son regard n’avait rien d’anodin.
Soudain, la portière s’ouvrit. L’animal descendit avec une agilité étonnante, s’arrêta une seconde, puis poussa un hurlement sauvage qui déchira le silence de la nuit, avant de filer à toute allure vers l’intérieur du casino.
Pierre resta pétrifié.
« Ce n’est pas un chien… » murmura-t-il, abasourdi.
« C’est… un loup ? Noura ? Non… impossible ! »
Avant qu’il ne puisse bouger, des coups de feu retentirent. Quelques instants plus tard, Cairo sortit en courant, tenant dans ses bras le loup couvert de sang.
Pierre chancela. La réalité le frappa violemment.
« Si c’est Noura… vivante… alors qui a t'il enterré ? Qu’ai-je fait ? »
Il monta dans sa voiture, les mains tremblantes, et suivit Cairo jusqu’à une clinique vétérinaire isolée.
Il s’arrêta à distance, descendit discrètement, et observa Cairo à travers la vitre. Il le vit crier, supplier le vétérinaire, appuyer sur la plaie du loup — ou plutôt, de Noura — en panique totale.
Pierre recula lentement, puis sortit son téléphone.
D’une voix basse, tendue, il ordonna :
« Va au cimetière. Vérifie la tombe de Noura. Ouvre-la… et appelle-moi dès que tu as la réponse. Ne tarde pas. »
Il raccrocha aussitôt.
Ses yeux restaient rivés sur l’animal.
« Si elle est vivante… alors j’ai tué ma fille deux fois. »
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Dans la clinique vétérinaire, Cairo tenait Nova contre lui, du sang sur sa chemise et son bras blessé. Son regard était sombre, inquiet.
— « Tiens bon, Nova… Ne me laisse pas maintenant… »
Le vétérinaire entra précipitamment. Marcel, la quarantaine, ami de longue date de Cairo, ne posa aucune question. Il enfila ses gants en vitesse.
Le Cairo s'éloigna doucement d'elle, la laissant allongée sur le lit. La louve gémit faiblement, ses yeux fermé.
Marcel examina rapidement la blessure.
— « La balle est logée sur le côté… Elle a échappé au cœur et aux poumons. Elle a eu de la chance. »
— « Retire-la, Marcel », dit Cairo d’une voix rauque, tendue.
Le vétérinaire opéra avec précision. Mais ce qu’il vit l’arrêta net : les tissus de la louve commençaient à se régénérer… sous ses yeux.
— « Qu’est-ce que…? Cairo, ce n’est pas normal. Sa chair se referme toute seule, à une vitesse incroyable. »
Il leva les yeux vers lui.
— « Tu es sûr que c’est juste une louve ordinaire ? »
Cairo ne répondit pas. Il évita simplement son regard.
— « Je suis désolé… je dois prélever un échantillon de sang. Ce phénomène… je dois comprendre ce que c’est. »
Il prit un peu de sang, le plaça dans un tube, l’air troublé.
Cairo s’agenouilla près de Nova, caressant sa tête avec douceur.
— « Ne meurs pas maintenant, Nova… »
Marcel revint, sérieux.
— « J’envoie ça ce soir au labo. Mais je te le dis, Cairo : cette créature… ce n’est pas une louve comme les autres. Elle restera ici cette nuit, juste pour m’assurer qu’elle va bien. Sa blessure est presque refermée, cela signifie qu’elle ira mieux. Va te reposer, je la surveillerai personnellement. »
Cairo répondit fermement :
— « Je ne vais nulle part, Marcel. Cette louve m’a sauvé la vie… La moindre des choses, c’est de rester à ses côtés. »
Marcel demanda :
— « Tu es blessé ? »
— « Oui, au bras droit. »
Marcel sourit légèrement :
— « Alors viens, je vais te soigner. Même si cet endroit est pour les animaux, il nous arrive de traiter des humains de temps en temps, haha. »
Il accompagna Marcel à son bureau pour le soigner. Heureusement, la balle n’avait pas touché l’os, l’extraction fut rapide.
Pendant ce temps, Pierre profita de leur absence pour entrer discrètement dans la pièce où reposait Nova. Elle était inconsciente, allongée paisiblement. Il s’approcha doucement, le cœur serré, et caressa sa tête.
— « Noura… ma chère Noura… Je suis désolé. Je ne savais pas que tu étais encore en vie. J’ai cru que Cairo t’avait tuée… J’ai voulu te venger. Mais te voir là, respirer… ça me suffit. Tu vas te relever, et je te protégerai, de toutes mes forces. »
Deux heures plus tard, Pierre reçut l’appel tant attendu.
Il décrocha immédiatement. La voix à l’autre bout du fil était claire :
— « Monsieur… Nous avons vérifié la tombe. »
— « Et alors ? Qu’avez-vous trouvé ? »
— « Elle est vide. Il n’y a aucun corps à l’intérieur. »
Pierre resta silencieux un instant, un frisson parcourant son échine.
Il murmura, abasourdi :
— « Alors… Noura était vraiment vivante tout ce temps… »
Il leva les yeux vers la porte de la pièce où se trouvait Nova, le cœur chargé de culpabilité.
*Que va-t-il se passer maintenant ? Me pardonnera-t-elle un jour ?*
Caïro était resté toute la nuit aux côtés de Nova. Un petit lit avait été installé pour lui dans la salle d’observation.
Au petit matin, il se réveilla en sentant un poids sur son torse.
En ouvrant les yeux, il découvrit Nova profondément endormie… allongée sur lui.
— « Oh là là, Nova… tu es lourde, tu sais ça ? » dit-il en souriant doucement.
Mais son cœur était léger. Elle allait mieux. Elle avait survécu.
Il passa lentement un bras autour d’elle et la serra contre lui avec tendresse.
Nova, toujours en forme de louve, posa sa tête contre son cou, inspirant profondément. Elle reconnaissait son odeur, rassurante, familière.
Le calme du matin baignait la pièce… un moment suspendu entre deux battements de cœur.