Chapitre 2
La vie est belleCe matin, nous sommes le lundi 6 février 2017. En ce jour, rien de particulier, c’est un jour quelconque pour moi, un jour comme les autres, c’est la routine quotidienne. Les matins, de manière générale, je me lève tôt pour aller travailler et accomplir ma journée de dur labeur. Comme tous les esclaves des temps modernes de ce monde, je vais faire mon travail quotidien pour avoir le droit de vivre décemment et avoir l’impression utopique d’être un homme libre. Je ne sais pas ce qui m’arrive, cette sensation étrange qui me prend aux tripes au plus profond de mon être et envahit d’un seul coup tout mon corps. Cette sensation de mal-être qui me pousse à m’interroger sur ma vie et à me poser des questions existentielles. À quoi ça rime tout ça ? Tous les jours se ressemblent. Je me lève, je vais bosser pour essayer de convaincre les clients d’acheter mes voitures ainsi que mes produits annexes. Les convaincre que tous ses produits sont indispensables et qu’il faut être inconscient d’acheter un véhicule sans. Chaque jour est une remise à zéro, chaque jour c’est une remise en question, un perpétuel recommencement. Travailler dur tous les jours et rentrer tard chez soi, épuisé. J’ai l’impression de manquer cruellement de temps pour faire ce que j’aime vraiment dans la vie, pour lui donner un sens.
Il faut que je me ressaisisse et que j’arrête tout de suite ces pensées négatives qui vont me faire basculer dans un cercle vicieux qui aura pour seule et unique conséquence de pourrir ma journée. Bon, ce matin, je ne suis pas de bonne humeur, je n’ai pas le droit de trop me plaindre. J’ai très bien planifié ma vie, mais malgré cela, nous ne sommes pas à l’abri d’imprévus. La seule chose que nous pouvons faire, c’est essayer de suivre le mouvement et épouser au mieux les événements au lieu de s’obstiner à aller contre eux. Tel un surfeur, le but de la vie est d’essayer de prendre le mieux possible la vague, de la surfer au lieu de l’affronter en frontal et de savoir nous adapter aux éléments.
Le matin, quand on se lève, il est difficile, voire impossible, d’identifier ce jour où notre vie va prendre un tournant imprévisible. Nous avons tous tendance à procrastiner et à remettre nos rêves à plus tard en pensant bêtement que nous avons tout le temps devant nous. Hier soir, je regardais la télévision et ils parlaient d’un mec qui a été frappé par la foudre alors qu’il jouait au foot avec ses amis. Je suis certain que ce jour-là, quand il s’est levé, il s’est juste dit « ce soir, après le taf, je vais me faire une petite partie de foot avec mes potes pour décompresser de ma journée », sans imaginer que quelque chose d’aussi improbable lui arrive. À aucun moment, il ne pouvait imaginer que, ce jour-là, la foudre déciderait de s’abattre sur lui. D’ailleurs, je me demande bien qu’elles sont les probabilités d’être frappé une fois dans sa vie par la foudre. Il faudra que je regarde ça sur internet par curiosité. Enfin bref, ce sujet d’actualité a fait naître en moi des questions d’ordre existentiel.
Le ciel est bas, avec de gros nuages noirs, et il pleut des cordes. C’est le déluge, le vent souffle fort, les arbres ploient sous sa puissance, j’ai l’impression que les ténèbres s’abattent sur terre et que le jugement dernier est proche. Je regarde pensif par la fenêtre de mon salon ce temps vraiment maussade et, faisant fi de ces considérations cataclysmiques bibliques, je continue de m’apprêter. Car, malgré tout, je pense qu’il est très peu probable que j’ai la chance d’assister à la fin du monde. Ce n’est qu’une de ces grosses tempêtes hivernales, qui sont actuellement plus courantes et plus violentes à cause du réchauffement climatique. Mais, quelles que soient les conditions météorologiques, il faut que j’aille travailler. J’ai beaucoup de boulot qui m’attend et j’ai déjà pris pas mal de retard. Il faut que je rattrape tout ça. Je finis de me préparer rapidement. Il est inutile de perdre mon temps qui est si précieux en rêverie absurde.
Je suis un homme pressé, toujours en train de courir après le temps, à travailler comme un malade, mais, ce qui est paradoxal, c’est que je suis aussi un épicurien qui essaie de profiter à fond de la vie durant mon temps libre. Comme l’a si bien dit Gandhi, « Vis comme si tu devais mourir demain, apprends comme si tu devais vivre toujours ». Cette citation est très appropriée à mon style de vie, même si parfois j’ai l’impression de travailler plus que de profiter de la vie.
Comme j’aime bien me définir, je suis un jeune homme célibataire de trente-sept ans avec toutes ses contradictions et ses ambiguïtés. L’être humain est complexe et je ne fais pas exception à la règle. Ah, oui, je tiens énormément à utiliser le qualificatif de jeune homme et j’en profite encore, car je suis bientôt un quadra et, dans trois ans, je vais basculer dans une autre ère. J’espère ne pas faire la crise de la quarantaine, déprimer et finir par rejoindre une secte à la con à l’autre bout du monde. Pourvu que Dieu me préserve de ce genre de conneries, mais me connaissant, tout est possible avec moi. Donc, revenons à nos moutons. Je vous disais que je suis un jeune homme de trente-sept ans, célibataire avec un enfant et gérant de trois concessions automobiles. Je gagne très bien ma vie et je la gagne en faisant ma passion. L’automobile, c’est plus qu’une passion, c’est ma vie. Comme quoi, il y a des esclaves qui sont logés à meilleures enseignes que d’autres. Mon job consiste à vendre des véhicules neufs et d’occasions toute marque, mais une partie de mon activité est tournée vers les véhicules premium, voire de luxe. En fait, une de mes concessions ne vend que des véhicules de prestige. Ce lundi matin, je commence ma semaine dans cette concession. Donc, malgré le temps exécrable de cette matinée, je vais me réconforter au milieu de belles carrosseries.
Pour faire simple, avec mon ex-femme, nous avons mis en place la garde alternée pour notre fils. Donc, une semaine entière, du vendredi au vendredi, je l’ai avec moi. Par conséquent, quand mon fils, Julian, est sous ma responsabilité, je suis un père modèle, je ne finis pas trop tard le soir pour le récupérer le plus tôt possible à la garderie et je l’amène tous les matins à l’école. Je ne sors pas, tout mon temps libre durant cette semaine est dédié à mon enfant et, quand il va au lit, ce temps est consacré à mon développement personnel. Ce que j’aime dans ma vie, c’est qu’il m’est permis de faire ce que je veux de mon temps libre sans avoir à rendre des comptes à qui que ce soit. C’est l’un des avantages du célibat. Par contre, la semaine où Julian n’est pas avec moi, je suis un vrai célibataire. Je sors beaucoup, je rencontre régulièrement de nouvelles femmes. Je profite à fond de mon indépendance sentimentale et de la vie en général. Entre mon travail, mes activités extra-professionnelles, les sites et autres applications de rencontre, c'est devenu extrêmement facile pour moi d’avoir deux à trois rendez-vous avec des femmes différentes la semaine où je n’ai pas mon fils.
Cette semaine, c’est différent et celle-ci commence difficilement. Je suis dans le dur. Depuis vendredi soir, mon fils est avec sa mère et moi, j’ai eu deux amis de la région parisienne, Joan et Jean-Marie, qui sont descendus jeudi soir sur Bordeaux pour passer trois jours avec moi, avant de repartir dimanche dans la soirée. Jeudi, nous avons été softs, car j’avais Julian chez moi, mais aussi par le fait que mes amis sont arrivés aux alentours de 21h30 et qu’ils étaient crevés par leur journée de travail et surtout par le voyage. Nous sommes restés assis à la table du salon à boire du bon whisky qu’ils m’ont amené tout en écoutant de la musique et à refaire le monde jusqu’à 1h30 du matin. Je m’étais organisé pour ne pas travailler vendredi ni samedi, ce qui explique le retard pris dans mes dossiers et la nécessité de bosser dur aujourd’hui. Par conséquent, vous imaginez bien que ces trois jours furent très intenses et que les nuits ont été courtes. Entre soirées très arrosées, expédition la journée sur le Bassin d’Arcachon, la route des châteaux du Médoc et l’Espagne toute proche, nous n’avons pas beaucoup dormi. Et à trente-sept ans, c’est difficile de se remettre de trois jours aussi intensifs, surtout avec si peu de sommeil.
Donc vous comprenez mieux dans quel état je suis ce lundi matin. Avant de commencer ma journée, j’ai déjà pris deux cafés bien corsés pour me réveiller. Donc, ce matin-là, dès mon arrivée, je fais le tour de la concession pour saluer les employés et discuter un peu avec eux. Je ne croise pas beaucoup de monde, car normalement mes agences sont toutes fermées le lundi matin. Aujourd’hui, nous sommes exceptionnellement ouverts, mais nous tournons avec une équipe restreinte. Ensuite, je fais le point avec le responsable d’agence sur l’activité des deux dernières semaines. En effet, ayant trois concessions, j’ai mis en place un système de roulement. Je passe une semaine dans chaque établissement. Donc, c’est un peu le même rituel quand j’arrive dans une concession après deux semaines d’absence. Je fais le point avec le responsable d’agence sur les deux dernières semaines d’activité. Puis après, on détermine les objectifs pour les deux semaines à venir ainsi que les actions à mettre en place pour les atteindre. Nous faisons également une réunion collective avec les vendeurs, puis je suis disponible pour faire un point individuel avec chaque salarié de la concession, s’ils le souhaitent. Je m’occupe également de l’administratif, des problèmes à régler et autres tâches nécessitant mon accord.
Ce jour-là, j’ai beaucoup de travail, je ne vois pas la journée passer. Il est déjà 18h30 et ma concession vient tout juste de fermer. Aujourd’hui, je n’ai fait que courir, je n’ai pas eu un moment à moi. Je règle encore deux ou trois petits détails et je décide de faire une petite pause en me connectant sur mon site de rencontre, histoire de souffler un peu, de penser à autre chose et surtout d’essayer de choper des rendez-vous pour les prochains jours. On est déjà lundi, c’est la fin d’après-midi et, à cause de mes amis descendus de la région parisienne, je n’ai pas pu organiser ma semaine. Je suis célibataire jusqu’à jeudi soir, car je récupère mon fils vendredi en fin d’après-midi à la garderie
Une semaine blanche, ça fait vraiment très longtemps que je n’ai pas connu ça et je n’en ai vraiment pas très envie. Je désire sortir, faire de belles rencontres et passer du bon temps en agréable compagnie. Merde, je ne suis pas un moine. La semaine dernière, je l’ai passé avec mon fils et la semaine prochaine, je l’aurai également. Si je n’arrive pas à avoir de rendez-vous, ça veut dire au minimum vingt et un jours consécutifs d’abstinence. Rien que le fait d’y penser me donne un coup de chaud ou, plutôt, ça me donne froid dans le dos. C’est plus approprié comme expression, me semble-t-il. Le stress me prend et s’empare de mon esprit. Il faut que je réagisse tout de suite. C’est bon, j’ai assez travaillé pour aujourd’hui. Maintenant, il faut que je me consacre à la recherche de profil féminin me correspondant et à de l’obtention d’un rencart pour les jours à venir.
Il est donc 18h48 quand je me connecte. Je vois qu’une personne a aimé mon profil. Je m’empresse d’aller voir qui est cette mystérieuse visiteuse. Il s’agit d’une jeune femme répondant au doux pseudo d’Angelina33. Je ne sais pas pourquoi, mais je pense tout de suite à la belle actrice américaine, Angelina Jolie. J’espère que cette demoiselle est aussi mignonne que son pseudonyme ne me le fait imaginer. Je vais sur son profil, je regarde ses photos, je lis son descriptif et je me dis tout de suite « il faut que je parle avec cette fille ». Elle est plutôt jolie et, à première vue, nous recherchons la même chose. Il s’agit d’une jeune femme de vingt-huit ans, une très jolie brune qui a des origines marocaines. Elle est très belle. Elle a ce charme fou qu’ont les femmes méditerranéennes et orientales. Les cheveux noirs, un regard de braise, des yeux ténébreux avec cette lueur dans les prunelles qui vous ensorcelle, ainsi qu’un sourire magnifique qui illumine son visage. Les femmes arabes laissent rarement indifférent. La beauté arabe a quelque chose d’envoûtant, entourée de mystère. Elle symbolise la chaleur et le charme à l’orientale. Qu’elles aient les yeux noirs, bleus ou verts, les Arabes ont le regard perçant, charmeur, ensorceleur ; regard que bien des femmes occidentales tentent d’imiter, en maquillant leurs yeux de khôl noir. Cette beauté-là ne se base pas sur un seul physique type. Nous savons que, dans les pays d’Afrique du Nord, nombreux sont les types de physiques que l’on peut y trouver. Beaucoup ont les yeux clairs, beaucoup ont les cheveux clairs. Les brunes ne sont pas les seules femmes arabes à susciter l’admiration dans le regard de la gent masculine. Or, brunes ou non, les yeux sombres et sauvages ou bien les yeux clairs et écarlates, elles ont toutes en elles ce petit quelque chose en plus, cette touche orientale qui les rend uniques.