Cassandra JEAN
J'ai eu tellement honte de cette scène. J'ai eu peur qu'elle ne me reconnaisse. J'essayais de rester impassible mais au fond de moi je tremblais. C'est un travail comme tout autre mais, après son commentaire au cours de ce matin j'avais peur de lui donner une raison de plus de se dire que je n'avais pas ma place dans une salle de médecine. Alors je me suis mise à prier dans mon for intérieur espérant qu'elle ne puisse pas me reconnaitre.
Vous l'avez sans doute compris que la personne que j'ai vue n'est autre que le Docteure FOSTER en personne, qui se trouve être ma professeure de cardiologie pour la session. Elle dînait avec des amies à elle.
Remarquant enfin les dégâts que j'ai causés, je me suis confondue en excuses espérant rattraper ma bourde. Elles m'ont juste dit de ne pas m'y faire, que ça peut arriver à tout le monde et que je devrais faire plus attention la prochaine fois. Elles semblaient toutes comprendre la situation. Enfin, tout le monde sauf elle bien entendu. Elle n'a pas placé un mot et se contentait juste de me regarder. Son regard était indéchiffrable de quoi faire augmenter mon angoisse. Si elle m'a reconnu ? Je n'en sais rien.
Ce n'est pas que j'ai honte de ma position ou de mon boulot. Pas du tout. C'est juste que j'ai toujours eu peur du regard des autres par rapport à mon choix d'étude. Ou peut être que si, en fait. Je me suis précipitée dans la cuisine afin de demander de l'aide à Jeannine.
Je dépose le plateau avec les restes que j'ai ramenés.
- Jeannine aide moi s'il te plaît.
Jeannine courut vers moi.
- A faire quoi Cassie ? Ne me dis pas que tu as renversé les plats ?
- Peux tu servir la table 7 à ma place s'il te plaît ? Il vient de m'arriver un truc de dingue avec quelques clientes de là bas.
- Ils t'ont manqué de respect ?
- Non, bien au contraire, répondis-je tout en cherchant de quoi nettoyer. C'est moi qui ai été maladroite. J'ai fait tomber leurs plats par inadvertance.
Elle se contenta de me lancer un "hmmm" puis est sortie faire le service à ma place. Quelques minutes plus tard elle revient et me dit en gesticulant :
- Tu m'en dois une cocotte.
- Je sais. Tu vas m'en parler jusqu'à, par instinct de survie, mes oreilles vont se fermer pour ne plus subir ça.
- Que t'est-il arrivée avec ces dames ? Elles m'ont l'air gentilles pourtant. Et toi, tu n'es pas du genre maladroite.
- L'une d'entre elle est ma prof à la fac.
Jeannine hausse les sourcils.
- Oui, et ? Le problème est quoi dans tout ça ? Ce n'est pas comme si elle t'avait rencontré dans un de ces bars malfamés à faire la stripteaseuse ou pire encore que tu te prostituais au coin de rue. Loin de moi l'idée de dénigrer leur travail à ces personnes. Tu fais un boulot normale pour subvenir à tes besoins et par la même occasion éviter de faire des trucs louches ou indécents. Tu as la chance de fréquenter l'université c'est tout à ton honneur. Certaines tuerait pour être toi. Celui ou celle qui te jugera ne va pas couvrir tes frais à ta place. Quand vas tu le comprendre enfin ? Tu ne dois rien à cette société.
- Je le sais ma chérie, je sais, répétas-je résignée. Mais...
Jeannine se retourna.
- Mais, quoi ?
- Tu t'imagines si cela se sait au campus ? Les étudiants vont me regarder un genre.
Jeannine s'énerve.
- Un genre comment ?
- Je ne pourrais aller nulle part sans avoir leur regard de mépris sur moi.
- Tu leurs dois quelques choses ?
- Ils vont tous se moquer de moi.
Jeannine pouffa.
- Toi et tes histoires. T'es bête. Ma chérie ignore les tout simplement. Tu as un but c'est la seule chose qui doit te guider. Le reste, ça ne compte pas. En tout cas, pas la peur d'être la risée d'un petit groupe de personnes qui visiblement ne connaissent rien à la vie.
- Merci ma puce. Merci d'être là pour moi.
- Ouais. Mais en attendant tu m'en dois une. Je ne vais surtout pas me gêner je te préviens.
Elle ne l'oubliera pas de si tôt celle-là.
Je pouffe de rire.
J'ai fini tout de même mon service dans la bonne humeur. J'ai presqu'oublié l'incident de tout à l'heure. Je suis sortie arrêté un taxi pour rentrer mais on dirait que les taximans de cette ville sont tous en grève. J'ai mis plus d'une heure à attendre, nada. Je désespère grave. Je me suis levée pour marcher un peu, c'est alors qu'une voiture grise s'est arrêtée à mes côtés. L'occupant me faisait signe d'avancer. J'ai voulu prendre mes jambes à mon cou tellement que j'ai senti la peur m'envahir. Je crois qu'il a compris car il a arrêté la voiture et m'a montré ces papiers d'identités à ce moment là. Ensuite il est descendu en me disant :
- Tu cherches un taxi ? Je peux te servir de chauffeur si tu veux.
- Qui te dit que j'ai besoin d'un chauffeur ? Répondis-je sur la défensive.
- Bah t'es là à marcher dans un quartier industriel tard le soir avec ton sac. Je ne connais pas grand monde qui fait ça.
- Ben aujourd'hui t'as trouvé, dis-je du tac au tac.
Il sourit.
- Je vais descendre marcher avec toi alors.
Je le toise.
- Le chemin est pour tout le monde.
Il sourit encore.
- Aussi belle que méchante.
- Au moins moi je suis pas une briseuse d'âme. A voir ta tête tu es le prototype parfait.
- Ça veut dire quoi briseuse d'âme ? Il rigole
- Le genre qui te fait tourner la tête en te promettant le ciel et la terre. Avec tous ces habitants même si tu le souhaites. Puis un beau jour il t'abandonne sans laisser de traces... beh si, il en laisse une. La destruction de tout tes cordages tendineux tant que ton cœur aurait passé par trop d'émotions différentes.
Il arrête la voiture et me fixe en posant une main sur sa poitrine avec un air faussement outré.
- Oh !
Je m'arrête aussi.
- Corrige moi si je mens alors.
- T'auras tout le temps nécessaire pour le découvrir.
- Eh bien, monsieur est confiant dis donc.
- Et mademoiselle aime parler cardio à ce que je vois. Ma mère t'aimerait bien.
- Tu veux déjà me présenter à ta mère ? Et c'est le moment où je suis censée te prendre au sérieux ? Parce que t'as mentionné ta mère ? Ça marche, ce vieux truc ?
- Non. Enfin, je ne sais pas. Si tu me dis oui, bien sûr. Mais je ne parlais pas de ça. Elle a toujours voulu que je fasse médecine comme elle. Mais au final aucun de ses trois enfants n'a fait choix de suivre sa trace. C'est pour cela que je dis qu'elle t'aimerait bien.
- Dommage pour vous trois alors. La médecine est beau.
Il me sourit simplement puis rajoute en me tendant la main :
- Jamel, Jamel Bradley BROWN. Et toi ?
Seigneur, vient sortir ta fille de là, elle va faire une bêtise.
- Je sais lire tu sais.
J'essaie de détendre.
- Tu viens tout juste de me montrer tes papiers. Et j'ai vu ton nom dessus. A moins que ce ne soit pas...
Jamel se tua de rire.
- Je sais, mais cela ne repond toujours pas à ma question la fleur. Le tien c'est quoi ?
Mon Dieu ce sourire ! Mais qu'est ce que t'es entrain de faire Cassie ?
- Cassandra JEAN.
Je me perds dans son regard. J'avais pas remarqué avant. Il a de beaux yeux.
Jamel sourit en coin. Comme un chasseur ayant appâté sa proie.
- Jolie prénom tout comme la personne qui le porte. Alors je te raccompagne Cassandra ? C'est où tu veux. Ce soir je suis ton homme.
- Quoi ?
- Je veux dire, je suis à ta disposition, il se reprend. Je t'emmène où tu veux. Enfin, si tu n'as pas peur de monter avec moi.
J'acquiesce de la tête avant de grimper dans sa caisse qui doit coûter une blinde.
- Ok. J'espère seulement ne pas le regretter plus tard.
- Je te promet que non.
Il démarre.
- Je ne kidnappe pas les petites filles à mes heures perdues. Sauf lorsqu'elle sont aussi jolie que toi.
Je le sonde du regard histoire de savoir s'il est sérieux.
- Hé, du calme. C'était pour détendre l'atmosphère.
- Très drôle.