Élise
La clé dans ma main semblait plus lourde que ce qu'elle était réellement, comme si elle portait en elle tout le poids des secrets que je n’avais jamais voulu connaître. Je la regardai un moment, la tournant entre mes doigts tremblants. Je savais qu'elle était liée à mon passé d'une manière ou d'une autre, mais je n'avais jamais imaginé qu'il reviendrait sous cette forme, dans une boîte poussiéreuse, enfouie dans l’obscurité.
"Pourquoi maintenant ? Pourquoi m’as-tu montrée ça ?" demandai-je, la voix étranglée par l’angoisse.
Damien, qui se tenait dans l’ombre derrière moi, sembla hésiter. Ses yeux sombres brillaient d’une intensité particulière, presque comme s’il attendait que je prenne cette décision seule. "Parce que le passé ne reste jamais caché pour toujours," répondit-il lentement, sa voix basse, presque murmurée. "Il est temps que vous compreniez ce qui vous lie à tout cela. Cette clé... c’est la porte vers la vérité."
Je serrai les dents. Je ne pouvais pas être certaine de ce que cela signifiait, mais quelque chose dans l’intonation de Damien me fit sentir que ma vie allait basculer. J’avais pris une décision il y a longtemps : oublier. Ignorer les démons qui me hantaient. Mais maintenant, je me retrouvais face à eux, comme si le destin m’avait poussée dans une direction dont je n’avais plus le contrôle.
"Je ne suis pas prête à tout ça," murmurai-je en repliant doucement la clé dans mes paumes. "Je ne veux pas savoir ce qui se cache derrière cette porte."
Mais Damien ne sembla pas perturbé par mes paroles. Il avança, se plaçant devant moi. "Vous ne pouvez plus fuir. Vous êtes ici, dans cette galerie, avec moi. Vous m’avez cherché sans le savoir, Élise. Et vous ne pourrez jamais vraiment partir tant que vous n’aurez pas regardé en face ce qui vous hante."
Je le fixai, et malgré ma peur, je ressentis quelque chose d’inexplicable en moi : une attraction irrésistible. Il parlait avec une telle certitude, une telle conviction, qu’il semblait détenir les clés de ma vie. Mais, au fond de moi, une voix me criait de me détourner. Chaque fibre de mon être me disait que cette voie me conduirait à ma perte.
Damien leva les yeux vers moi, scrutant mes pensées comme s’il pouvait voir au-delà de mes réticences. "Prenez la clé, Élise. Ouvrez la porte. Ce que vous découvrirez peut être difficile, mais il n’y a pas d’autre moyen. Vous devez comprendre."
Les derniers mots résonnèrent en moi. Vous devez comprendre. Ces mots résonnaient comme une vérité simple et brutale. Je devais savoir. Je devais comprendre pourquoi j’avais toujours eu cette sensation qu’il me manquait quelque chose dans ma vie. Quelque chose que je ne pouvais pas oublier, peu importe combien je me forçais à avancer.
Je pris une inspiration profonde, et lentement, tendis la main. Je pris la clé et me dirigeai vers une porte située dans un coin du sous-sol. La porte était en bois massif, vieilli par le temps, mais quelque chose dans son apparence semblait singulier, comme si elle n’avait jamais été ouverte depuis des années, peut-être même des décennies. L’étrange petite clé, désormais chaude dans ma main, semblait se fondre avec la serrure.
Mes doigts tremblaient lorsque j’insérai la clé dans la serrure. Un cliquetis résonna, lourd et définitif, comme un écho d’un temps révolu. La porte s’ouvrit avec une lenteur presque cérémoniale, révélant une pièce sombre à l’intérieur, à peine éclairée par une faible lueur. L’air était froid et humide, imprégné d’un parfum de vieux bois et de poussière.
Je franchis le seuil, un frisson parcourant mon échine. Le bruit de mes pas résonna sur le sol en pierre, chaque écho me semblant amplifier la tension dans mon corps. L’espace devant moi était faiblement éclairé par des bougies allumées autour d’une vieille table en bois, sur laquelle reposaient divers objets anciens. Il y avait des livres aux couvertures noircies, des cartes jaunies, des photos en noir et blanc, et au centre, un grand miroir poussiéreux, tout en verre et bois sculpté.
Je m’approchai du miroir, attirée par une force invisible. Je n’avais jamais vu cet objet auparavant, mais il semblait avoir une présence. Je tendis une main hésitante vers la surface, le souffle suspendu dans ma poitrine.
"Regardez dedans," murmura Damien derrière moi. Sa voix, si calme, contrastait avec la tempête intérieure que je ressentais. "Tout ce que vous avez ignoré, tout ce que vous avez voulu fuir... vous le trouverez là."
Je fixai mon reflet dans le miroir, mais ce n’était pas moi que je voyais. C’était une autre version de moi-même, plus jeune, plus fragile. J’étais entourée de visages familiers, des membres de ma famille, des personnes que j’avais oubliées. Mais l’image était floue, comme une mémoire qui s’effritait sous l’effet du temps. Puis, progressivement, les visages devinrent plus sombres, plus menaçants. L’image dans le miroir se distordait, devenant déformée, comme si elle tentait de me prévenir, de me pousser à comprendre.
"Qu’est-ce que c’est ?" murmurais-je, la gorge serrée.
"Les échos de votre passé," répondit Damien. "Le miroir ne ment jamais. Il montre la vérité, même si vous n’êtes pas prête à l’accepter."
Je me reculais brusquement, le cœur battant fort contre ma poitrine. Une vague de terreur me submergea. Je savais que, ce soir, je devais affronter quelque chose de bien plus grand que moi. Mes peurs, mes regrets, et peut-être même des vérités que je n’étais pas prête à connaître.
"Je... je ne peux pas," dis-je, presque en pleurs. "C’est trop. C’est trop pour moi."
Mais Damien, sans un mot, s’approcha de moi et posa une main rassurante sur mon épaule. "Vous devez, Élise. Vous êtes déjà trop loin pour faire marche arrière."
Je le regardai, désespérée, mais dans ses yeux brillait une lueur que je ne pouvais ignorer. Il n’avait pas tort. Je devais comprendre, même si cela signifiait plonger dans l’inconnu. L’obscurité n’était-elle pas, après tout, une partie de l’amour que je ressentais pour lui ? Le miroir n’était qu’un reflet. Un reflet qu’il était temps d’affronter.
Sans un mot de plus, je tournai de nouveau mon regard vers le miroir, prête à accepter ce que j’allais y voir.