Entre ombres et lumières

1067 Words
Je me suis réveillé tard, la lumière crue du matin traversant à peine les volets mal fermés de mon studio. Les draps en boule, mon corps encore engourdi. Ma chatte, elle, était déjà en feu, souvenir vivace de la nuit passée. Je me suis entraînée hors du lit, robe froissée sur la peau, pieds nus sur le sol froid. Le miroir m'a renvoyé un reflet que je connais trop bien : les yeux cernés, la peau fatiguée, et ce sourire cruel qui ne s'efface jamais vraiment. J'ai tiré une cigarette, lentement. La fumée me brûlait la gorge, mais je m'en foutais. Une habitude comme une autre. Une truc pour me sentir vivant. Le téléphone à sonné. Une voix rauque, un rendez-vous, l'adresse, le tarif. Une journée de boulot qui commençait. Dans la rue, je marche comme une ombre parmi les passants. La capitale ne dort jamais vraiment, et moi non plus. J'étais devenu un animal urbain, rôdant dans les ruelles, les trottoirs, les bars minables où les regards traînaient trop longtemps. Le premier client est arrivé dans un café miteux du 11ème. Pas de sentiment. Pas de temps à perdre. Un échange rapide, un frisson dans le dos, un corps à vendre. Puis la journée a filé, chaque instant entrecoupé de soupirs, de regards qui évitent, de sourires forcés. Le soir, c'est le vrai moment où je me sens un peu moi. On se retrouve, elles et moi, des filles comme moi. Des fantômes qui se croisent dans les bars, les petits clubs où on peut oublier un peu ce qu'on est. On partage nos histoires, nos douleurs, nos plaisirs volés. On rit, on boit, on fume, on s'abandonne. Pas de jugements, pas de faux-semblants. C'est là, dans ces instants volés, qu'on se envoie des vivants. Fragiles, dures, brûlantes. Ce soir-là, on s'est retrouvées au "Mauvais Œil", un bar minuscule et enfumé planqué derrière une façade défraîchie du 10ème arrondissement. J'ai poussé la porte, la clope au bec, déjà prête à me fondre dans le pénombre. Là, elles étaient. La b***e. Celles avec qui je partageais plus que des histoires. Il y avait Lina, grande, élancée, cheveux rasés, tatouages ​​qui couraient sur ses bras comme des cicatrices fières. Lina, c'était la dure, celle qui ne laissait jamais personne s'approcher trop près, mais qui avait un rire qui te retournait le cœur quand elle voulait bien le lâcher. Elle était déjà au comptoir, un verre de whisky à la main, regard perçant. Puis Maya, la plus jeune, aux yeux grands ouverts sur un monde qu'elle voulait dévorer. Maya, elle aimait rêver, malgré tout. Elle portait ses cheveux longs, souvent attachés en chignon bancal, comme une enfant qui ne voulait pas grandir. Et puis Sasha , la brute tendre, à la peau mate et aux lèvres toujours mordues. Sasha qui te parlait fort, qui faisait du bruit, qui prenait toute la place,mais qui cache un poids lourd dans ses silences. Je les ai rejointes, et j'ai senti tout de suite ce mélange bizarre entre réconfort et tension. On était là, toutes, des filles que la nuit avait marquées à sa façon, avec des cicatrices que seuls les autres pouvaient deviner. Lina m'a lancé un sourire en coin. « Alors, Eva, encore un client qui t'a fait vibrer ? » Sa voix était un coup de fouet, direct, sans pitié. J'ai haussé les épaules, tiré sur ma clope. « Toujours pareil. La douleur et le plaisir qui s'emmêlent. » Je savais qu'elle comprenait. Elle aussi, elle aimait ça. Maya, un peu timide, m'a demandé : « Tu veux raconter ? Ou tu préfères garder tes secrets ? » J'ai rigolé, un rire sec. « Les secrets, ça brûle trop. Mieux vaut les laisser sortir, un à un. » Sasha s'est penchée vers moi, les yeux brillants : « On est toutes un peu brûlées ici. Mais ensemble, on tient le coup. » Sur un bu. Beaucoup. La fumée emplissait la pièce, les rires éclataient, parfois trop forts, parfois sincères. On se racontait des morceaux de vies volés, entre deux gorgées d'alcool, entre deux regards échangés. J'ai parlé de la douleur dans ma chatte enflammée, de cette sensation de brûlure qui ne me quittait jamais après la nuit. J'ai parlé de l'adrénaline, des mains qui te prennent, du corps qui se vend et qui s'offre, de la jouissance et de la fatigue qui s'entrelacent. Lina a hoché la tête, comme si elle lisait dans mes pensées. « C'est pour cela, Eva. On n'est pas juste des putes. On est des guerrières. » Le temps s'est dilué, Et la nuit est devenue notre royaume. Ce bar, ces filles, c'était mon refuge. Un endroit où je pouvais juste être Eva, pas la p**e, pas la fille en feu. Même si au fond, j'étais toujours la même. Brûlante. Sauvage. Affamée. La musique crachait un vieux rock qui grondait dans les murs du Mauvais Œil. Lina claquait son verre sur le comptoir, me lançant un regard qui voulait dire « raconte-moi encore ». Je m'appuyais contre le bar, le souffle un peu court. « Ce client… c'était pas comme les autres. » Je sentais leurs yeux braqués sur moi, le silence qui s'installait, lourd. Maya grimaça, nerveuse. « Qu'est-ce qu'il avait ? » Je haussais les épaules, un en coin, presque moqueur. « Il m'a pris dans un endroit sordide, une chambre minuscule, pas un mot doux, pas un geste tendre. Juste ce regard froid, comme s'il voulait m'effacer. » Sasha, la colère au bord des lèvres, souffla : « J'ai vu ça, des types comme ça… ils veulent juste te posséder, te déchirer. » Je hochais la tête, mes mains tremblaient un peu, pas de peur, juste le feu qui montait. « Ouais. Mais tu sais quoi ? J'ai aimé ça. Le contact brutal, le corps qui crie, qui hurle, qui se défend. » Lina sourit, fièrement, comme si elle venait de m'entendre dire ce que tout le monde pense mais ne dit jamais. « C'est ça, Eva. On est vivantes grâce à ça. Pas malgré ça. » Sur un éclaté de rire, cette fois sans retenue. J'ai sorti un paquet de cigarettes, j'en ai offert une à Maya, qui la prenait comme une promesse. « Tu sais, parfois, j'ai l'impression que ce corps est une arme. » Je passais une main sur mes jambes nues, le regard dans le vide. «
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