Aujourd'hui, c'est mon jour à moi. Un jour volé au bordel de ma vie, une parenthèse que je m'accorde une fois par semaine. Pas de clients, pas de faux sourires, juste moi, dans ce petit appartement que j'appelle maison.
La matinée s'étire paresseuse, les murs blancs trop nus, le silence lourd. Je traîne en petite robe, sans culotte, les jambes étalées sur le canapé. J'aime cette sensation d'air frais qui caresse mes cuisses, ce frisson qui monte quand je bouge un peu. Ce genre de plaisir simple que je m'interdis le reste du temps.
Je prends un café, noir, amer, et je regarde la ville à travers la fenêtre. Personne ne sait ce que je fais ici, cette partie de moi que je garde enfermée. Je savoure ce vide, cette liberté. Pas de pression, pas de regard, juste moi qui respire.
Mais le soir approche, et avec lui, une tension sourde. Un feu qui s'allume dans mon ventre, un désir que je ne peux plus contenir. Ce besoin sauvage, brutal, de sentir quelqu'un me prendre, de perdre le contrôle, de redevenir cette fille qui s'abandonne sans honte.
Je sens mon corps répondre à cette faim, ma peau qui s'électrise, mon entrejambe qui brûle doucement, gonflée, impatiente. Je sais que ce soir, je vais craquer. Que je vais chercher cette morsure, cette douleur délicieuse qui me fait sentir vivante.
Je ne sais pas encore comment, ni avec qui, mais je sais que je ne vais pas résister longtemps. Parce que c'est ça, ma vérité : au fond, j'aime cette domination, cette violence douce. J'aime me perdre pour mieux renaître.
Le soleil monte, mais mon corps, lui, semble s'éteindre doucement dans ce calme factice. Pourtant, sous la peau, ça bouillonne. Ce feu qui couve depuis ce matin s'étire, s'étale comme une braise vivante.
Chaque mouvement, chaque soupir involontaire attise cette chaleur sourde qui me prend toute entière. Je sens mon ventre se nouer, ma poitrine se tendre, mes cuisses s'écarter sans même y penser, cherchant l'air, la fraîcheur, comme si ça pouvait calmer ce besoin affamé.
Je passe la main sur ma peau, là, entre mes jambes, et je sens l'humidité qui colle, l'enflure qui me brûle délicieusement. Je ferme les yeux, laissant les images de mes dernières nuits défiler dans ma tête — les mains qui me respectent, les bouches qui mordent, la morsure de la domination et la douceur paradoxale de la soumission.
Ce soir, la faim sera plus forte que la raison. Elle me pousse, m'attire, me dévore. Je ne veux pas juste un contact, je veux qu'on prenne possession, qu'on m'arrache ce frisson pour le graver dans ma chaire.
Je me surprends à imaginer, à rêver, à appeler sans bruit quelqu'un pour venir brûler avec moi. Le désir me fait perdre pied, mon corps devient un champ de bataille où la douleur et le plaisir s'entrelacent et se mêlent,jusqu'à ne plus faire qu'un.
Le crépuscule arrive, et avec lui, la nuit qui enveloppe la ville. Mon souffle s'accélère, mes jambes s'écartent encore plus instinctivement, cherchant ce frôlement, cette morsure, cette étreinte qui saura me faire oublier, m'abandonner.
Je suis seule, mais je ne le serai pas longtemps. Ce feu qui me dévore est une promesse, un appel au chaos délicieux où je pourrai enfin me perdre, encore et encore.
Il est presque vingt heures quand je me lève, le cœur battant et le bas-ventre encore tendu par la chaleur. Ce n'est plus une simple pulsion, c'est un besoin. Un besoin pressant, dévorant, qui monte depuis le matin et qui maintenant hurle dans chaque recoin de mon corps. Je ne veux pas rester enfermée ici à étouffer dans mon propre désir. J'ai besoin d'air. De contact. D'être pris. Pas tendrement. Pas doucement. Je veux qu'on me brûle pour m'éteindre.
Je me dirige vers la penderie, pieds nus sur le carrelage frais qui contrastent avec la température de mon corps. Mes doigts glissent machinalement sur les tissus, les vêtements trop sages, trop couverts, trop lents. Rien ne convient à ce que je réssens. Et puis je la vois. Cette robe. Ma robe.
Petite, noire, fluide. Elle semble banale au premier regard, mais je sais ce qu'elle fait à mon corps, ce qu'elle provoque chez les autres. Et surtout, ce qu'elle m'apporte à moi. Elle est si légère qu'elle ne cache presque rien. Elle danse autour de moi comme un souffle. Elle arrive à peine sous mes fesses. À la moindre brise, à la moindre inclinaison de hanche, je deviens une promesse nue, offerte. Et ce soir, je n'ai pas envie de barrières.
Je n'enfile pas de culotte. Jamais avec cette robe. La sensation du tissu sur ma peau nue me fait frissonner. C'est presque indécent, presque dangereux. Et c'est exactement ce que je veux. Quand je descends l'escalier de mon petit immeuble, chaque marche me rappelle ce que je suis : tendue, gonflée, sensible. Je sens mes lèvres frotter doucement l'une contre l'autre à chaque pas. Je sens que je suis déjà humide, déjà ouvert. Une partie de moi espère que quelqu'un croisera mon chemin avant même que j'arrive quelque part. Juste une silhouette dans la rue, une main sur ma hanche, une bouche contre ma gorge.
Mais non. Pas encore.
Je me tiens un instant devant la porte, respirant lentement. L'air du soir me caresse les jambes, passe sous la robe, s'infiltre jusqu'à cet endroit brûlant qui n'attend que des doigts, des langues, des corps. Chaque bouffée d'air est une morsure. Et je soupire. C'est presque trop bon.
Je veux qu'on me regarde. Qu'on envoie ce que je veux sans que je dise un mot. Qu'on lise dans mes gestes, dans mes yeux, dans la manière dont je marche que je suis en feu. Que ce soir, ce n'est pas la douceur que je cherche.C'est le chaos. L'épuisement. L'abandon.
Je dors, enfin. Je marche lentement, consciencieusement de chacun de mes mouvements. La robe flotte à peine contre mes cuisses. Elle se soulève un peu quand je marche, et parfois je sens tout l'air du soir s'engouffrer entre mes jambes. Je retiens un soupir, le cœur battant. C'est exquis. Cruel. Je sens que je frotte, que ma peau nue s'irrite légèrement à force d'être si exposée. Mais je ne ralentis pas.
J'avance, comme une prédatrice offerte. Et dans un coin de ma tête, je sais déjà ce que je veux pour ce soir. Pas un. Deux. Au moins deux. Un derrière, un devant. Ou côte à côte. Ou l'un après l'autre. Peu importe. Je veux me perdre dans des corps multiples, me faire déchirer le plaisir jusqu'à ne plus savoir où commence ma peau et où finit celle des autres.
Je souris à cette pensée. Pas par romantisme. Par pure joie animale.
Je suis vivant. Et ce soir, je veux le hurler avec mon corps.
Je m'aventure un peu plus loin, quittant les rues passantes. Mes talons claquent contre les pavés humides, mais je ne ralentis pas. Mon cœur bat fort, mes pensées s'embrouillent dans une seule obsession : céder à ce feu.
Je bifurque dans une ruelle plus discrète. L'éclairage y est plus faible, les murs plus rapprochés. J'aime cet endroit. Il a envoyé le vice, le passage, le clandestin. J'avance encore quelques pas et je les aperçois.
Deux hommes, adossés à un mur, un peu plus loin. Ils parlent à voix basse, rien d'un ton rauque, comme deux chiens de rue qui n'ont peur de rien. Le genre de mecs qu'on croise la nuit et qu'on évite instinctivement. Mais moi, je ne détourne pas les yeux. Je m'approche. Le pas prêté.
Ils me remarquent. Forcer. Je les fixe droit dans les yeux, sans aucune pudeur. Je sais ce qu'ils voient : une fille seule, en robe noire, sans honte dans le regard. L'un d'eux plisse les yeux, surprise. L'autre me suit du regard, sa bouche entrouverte.
Je m'arrête à quelques pas. La brise du soir soulève légèrement ma robe, juste assez pour laisser deviner. Je n'ai pas besoin de parler. Je penche légèrement la tête, fais tourner une mèche de cheveux autour de mon doigt, mes hanches pivotent à peine. Tout est dit dans ce silence.
— Tu t'es perdue ? demande l'un, la voix rauque, teintée d'un amusement presque moqueur.
Je souris, sans répondre. Ce n’est pas une question sérieuse. Et ce n'est pas une conversation que je cherche. Je suis dans mon jour de congé, oui. Mais ce soir, c'est mon corps qui commande. Et il veut la déraison. L'oubli. L'intensité.
Ils échangent un regard entre eux, ce genre de regard silencieux que seuls les hommes savent partager quand ils sentent une ouverture. Mais je ne suis pas une proie. Je suis l'incendie qui les attend.
Je m'approche encore.
— Tu veux quelque chose ? reprend l'autre, avec un demi-sourire.
Je le fixe. Mon regard glisse de ses yeux à ses lèvres, puis plus bas. Mon corps répond déjà. Mon feu n'a pas diminué depuis que j'ai quitté mon appartement. Il a grandi, s'est aiguisé. Il ne demande plus. Il exige.
Je m'appuie doucement contre le mur d'en face, juste en face d'eux. La lumière vacillante d'un lampadaire tombe sur moi. Je me tiens droite, mes jambes légèrement croisées, mais il suffit d'un mouvement, un changement d'angle, pour que tout devienne invitation.
Je ne dis rien. Ce sont eux qui doivent faire le pas. Mais je sais déjà qu'ils vont le faire.
Et moi, je suis prête à brûler.
Je ne me souviens plus de leurs prénoms.
Peut-être qu'ils ne les ont jamais dits. Et franchement, je m'en fous.
Ce qui m'a marqué, c'est la façon dont leurs mains ont cherché, trouvé, pressé. L'un derrière moi, ses doigts forts contre mes hanches, l'autre devant, plus précis, plus joueur. Je n'étais plus sur le trottoir d'une ruelle sale, j'étais sur un autel, le mien. Un corps exposé, glorifié, dévoré par deux inconnus avec la ferveur d'un rite primitif.
Chaque gémissement m'électrisait.
Je sentais mes muscles tirer, ma peau brûler, mon ventre s'ouvrir comme une plaie qu'on lèche au lieu de soigner.
Ils ont pris leur temps, ce qui était pire. Ou mieux. Je ne sais plus.
À un moment, j'ai cru que j'allais m'évanouir. Pas de douleur. Juste la tension. Le plaisir poussé trop loin, trop longtemps. Les nerfs à vif. L'entrejambe gonflé, comme une autre bouche qui hurlait sans son. Et ils ne s'arrêtaient pas. Jamais vraiment. L'un ralentissait, l'autre accélérait. Une danse sans musique, juste rythmée par mes halètements, les claquements humides, la ville lointaine qui vivait sans moi.
J'ai ri. Un rire court, sauvage.
Parce que j'avais voulu ça. Parce que je le voulais encore.
Je crois qu'ils étaient un peu effrayés par ça. Pas parce que j'étais une femme facile. Non. Parce que j'étais libre. Et une femme libre, ça fout toujours un peu la trouille.
Quand tout s'est calmé, ils ont fumé une clope. Moi, j'étais là, les jambes tremblantes, le dos froid contre le mur, les genoux marqués par le béton, la robe à moitié froissée sur les hanches. Je n'ai rien dit. J'ai fermé les yeux. La brûlure entre mes cuisses pulsait encore. Un feu vivant.
Je me lève, lentement. J'ai remplacé ma robe. Pas de culotte, évidemment. Chaque pas frottait mon sexe contre l'air, contre le tissu, contre moi-même. C'était exquis. Douloureux. Parfait.
Ils m'ont regardé depuis sans un mot.
Pas besoin. Ils savaient que ce n'était pas eux que je voulais vraiment.
C'était ça. Ce moment. Ce pouvoir. Ce vertige.
J'ai marché longtemps.
Mes talons claquaient sur l'asphalte, le vent léger s'immisçait entre mes cuisses encore sensibles, chaque souffle était un rappel. Ma peau était poisseuse, mon corps épuisé, et pourtant je rayonnais. Je souriais. Sans raison. Ou peut-être pour toutes les raisons.
J'ai grimpé lentement les escaliers de mon immeuble. À chaque marche, ma chaise hurlait, encore gonflée, rougie, éveillée. J'adorais cette sensation. Ce corps que j'avais poussé à bout. Ce sexe lourd, palpitant. Ce fessier a marqué. Je ne voulais pas de repos. Je voulais ressentir encore. Rappelle-moi pourquoi j'ai attendu une semaine ?
Une fois chez moi, j'ai tout laissé tomber dans l'entrée. Ma robe glissée au sol. Pieds nus sur le carrelage froid. J'ai filé dans la salle de bain, mais pas pour me laver. Juste pour moi de regarder.
Ma bouche rouge, mes joues roses. Mes cuisses tremblantes. Mes hanches marquées de doigts.
Et au milieu, moi. Plus vivante que jamais.
Je me laisse tomber sur mon lit. Pas besoin de draps frais. Pas besoin de silence. Juste mes propres odeurs, mes propres souvenirs, imprimés sur mes draps et sous mes paupières.
Je m'endors avec le sourire.
Et un feu encore tiède, quelque part entre mes jambes.