Dmitri se trouvait à la porte de la chambre, le sourire aux lèvres comme d'habitude.
Alina se rappela la raison pour laquelle elle était tombée amoureuse de lui. Il était toujours souriant, sensible et attentionné. C'était un bon partenaire. Ils avaient traversé des difficultés inimaginables, mais leur couple était resté aussi solide qu'aux premiers jours.
- Je ne sais pas pourquoi tu as l'air si perdue, mais je sais que tu as besoin de manger.
Alina se laissa faire. Elle n'avait plus le courage de lui dire quoi que ce soit, pas pour le moment. Elle n'allait pas cacher la vérité encore longtemps, mais elle ne pouvait pas le faire maintenant. Elle n'en avait tout simplement pas la force.
Elle suivit Dmitri sans rien dire.
Dmitri l'emmena jusqu'à la cuisine et tira une chaise pour qu'elle puisse s'asseoir. Il avait préparé l'un de ses plats préférés, comme s'il avait voulu rendre cette journée un peu plus spéciale.
- Tu dois manger un peu.
Alina regarda l'assiette devant elle.
- Je n'ai pas très faim.
- Je sais. Mais tu n'as presque rien mangé depuis ce matin.
Il s'installa en face d'elle et lui adressa un petit sourire.
- Alors, comment ça s'est passé ?
Alina baissa les yeux.
- Le médecin avait beaucoup de choses à me dire.
- Des choses importantes ?
Elle hésita quelques secondes.
- Oui.
Dmitri fronça légèrement les sourcils.
- Tu m'inquiètes, Alina.
- Je suis juste fatiguée.
- Tu es certaine que tout va bien ?
Elle releva les yeux vers lui. Il la regardait avec cette même douceur qui l'avait fait tomber amoureuse de lui.
- Oui... enfin, je ne sais pas.
Dmitri lui prit doucement la main.
- Tu peux tout me dire, tu sais.
Alina sentit sa gorge se nouer.
- Je sais.
- Alors pourquoi est-ce que j'ai l'impression que tu essaies de me cacher quelque chose ?
Elle détourna le regard.
- Parce que j'ai besoin d'un peu de temps.
Dmitri resta silencieux un instant avant de hocher la tête.
- D'accord. Je ne vais pas te forcer.
Il serra doucement sa main.
- Mais promets-moi que tu m'en parleras quand tu seras prête.
Alina acquiesça.
- Je te le promets.
Elle savait déjà qu'elle n'aurait pas beaucoup de temps avant de devoir tenir cette promesse. Seulement, elle avait peur de la réaction de Dmitri et surtout, elle ne savait exactement quoi faire. Cette situation dans laquelle elle se trouvait, était trop pesante pour elle.
Sergueï était toujours dans son bureau. Il avait beau essayer de se concentrer sur les dossiers qui s'empilaient devant lui, ses pensées revenaient constamment à ce que Vadim lui avait annoncé.
Un échantillon qu'il croyait avoir perdu avait peut-être donné naissance à une possibilité qu'il n'osait plus espérer. Il releva les yeux lorsque Vadim revint dans la pièce, un dossier à la main.
À son expression, Sergueï comprit immédiatement qu'il avait découvert quelque chose.
- J'espère que tu as une bonne raison de venir me déranger encore.
Vadim posa le dossier devant lui.
- Cette fois, je pense que tu vas vouloir que je te dérange.
Sergueï ouvrit le dossier et parcourut rapidement les premières pages.
- Qu'est-ce que tu as trouvé ? Parce que je n'aime pas les longues phrases.
Vadim était habitué à force de le fréquenter. Sergueï Petrov était un être un peu particulier.
- La clinique où ton échantillon a été utilisé. J'ai également retrouvé la date de l'insémination. Avait répondu celui-ci en s'asseyant.
Sergueï releva lentement la tête.
- Et la patiente ?
Vadim marqua une courte pause.
- Je n'ai pas encore son nom. Mais je sais qu'une grossesse est actuellement en cours de suivi dans cette clinique et que le dossier correspond à la date de ton échantillon.
Pour la première fois depuis longtemps, Sergueï resta sans voix. Il avait passé des années à aider d'autres personnes à devenir parents. Pourtant, lorsqu'il s'agissait de lui, il avait fini par accepter l'idée que ce rêve ne se réaliserait peut-être jamais.
Il referma lentement le dossier.
- Trouve-la. Peu importe si tu remues le ciel et la terre . Même si tu descends en enfer, trouves là.
- Sergueï...
Sergueï se leva et enleva sa blouse qu'il accrocha sur le porte manteau à l'autre bout de son bureau.
- Je veux simplement savoir qui elle est et comment mon échantillon s'est retrouvé là. Je ne vais rien lui imposer, ne me regarde pas comme si j'étais un monstre.
Vadim acquiesça, peu convaincu.
- Je vais m'en occuper.
____ Bien, j'ai des choses à faire en ville. Décolle tes fesses, je ne vais tout de même pas te laisser seul dans mon bureau.
Alina de son côté, avait rangé le repas qu'elle n'avait même pas touché dans le réfrigérateur.
Dmitri était sorti, une urgence au bureau. Elle était donc restée seule dans la maison.
Elle retourna dans la chambre et alla chercher les documents de l'hôpital. Elle avait encore relu en essayant de comprendre la faille.
Elle avait retourné la situation dans tous les sens mais se retrouvait toujours au même point de départ, c'est-à-dire : rien.
Alina éclata en sanglots. Elle avait retenu ses larmes trop longtemps. Et surtout, elle avait essayé d'être forte mais elle n'y parvenait pas. Elle avait de la peine pour Dmitri. Elle savait qu'il était un homme bien, elle savait qu'il n'allait pas la laisser seule dans cette situation mais elle ne devait pas se voiler la face. Jusqu'où la bonté de cet homme irait ? Combien de temps il allait tenir en éduquant l'enfant d'un autre homme , un homme qu'elle ne connaissait même pas.
Était-il un tueur à gage ? Un prisonnier ? Comment était-il ? D'où venait-il ?
Assez de questions se bousculaient dans sa tête sans qu'elle ne sache exactement comment y répondre.
Sergueï gara sa voiture devant la vieille demeure.
Cela faisait un moment qu'il n'y avait pas mis les pieds. Il était débordé ces derniers temps entre les couples qu'il aidait et sa vie qui était chaotique. Sergueï se demandait parfois comment il avait pu tenir toutes ses années au milieu d'une famille comme la sienne. C'était un nid de vipères.
La bonne nouvelle est qu'il avait survécu et était devenu celui que tout le monde craignait. Il n'avait jamais voulu être celui sur qui les autres marchaient, il était celui qui décidait.
Il savait aussi que sa force venait surtout d'elle. Elle était la raison pour laquelle il se battait jour et nuit. Il se devait d'être fort pour elle.
____ Je ne m'attendais à te voir ici.
Sergueï enleva ses lunettes de soleil.
____ Et pourtant, tu devrait t'y faire. Cela fait des années que je viens ici . Quoi ? Tu caches des secrets inavouables ?
ksenia haussa les épaules.
____ Je n'ai rien à cacher. On ne peut pas en dire autant pour toi. Tu as la tête de quelqu'un qui vient d'apprendre quelque chose de tragique.
Sergueï soupira avant de répondre.
____ Ma vie est en désordre en ce moment et il y a plusieurs questions auxquelles je n'ai pas encore de réponse.
____ Ce n'est pas comme si c'était nouveau. Ta vie est un véritable ascenseur émotionnel.
Sergueï l'avait enlacé. Et l'avait suivit à l'intérieur de la maison. Ksenia était une amie de longue date de sa mère. Elle était devenue un membre de la famille. C'était d'ailleurs l'une des rares personnes qui arrivaient à le comprendre et à supporter ses humeurs.
___ Comment va t-elle ? Demanda-t-il.
___ Toujours pareil. Elle ne dit rien et observe le même point toute la journée.
Sergueï ouvrit la porte et la vit. Elle était toujours dans la même posture à chaque fois qu'il venait la voir. Elle avait perdue l'usage de la parole et était devenue l'ombre d'elle-même. C'était comme si celle qu'il avait connu avant n'était désormais qu'une illusion du passé. Son cœur se compressa encore une fois de plus comme à chaque fois qu'il venait la voir.