Xavier discute toujours à table concernant ce maudit mariage. Il ne parle que de ça, obsédé par les détails, les invités, la cérémonie. Il pose sa fourchette et pointe Jessica du doigt.
— *Jessica, à partir d’aujourd’hui, tu accompagnes ma femme. Tu l’aideras à choisir sa robe de mariage. Je la veux éblouissante. Parfaite.*
Jessica acquiesce, la tête baissée.
— *Oui, Monsieur Xavier. Je m’en occupe.*
Satana, étant la gérante du club, se promène dans les couloirs pour voir comment les choses se passent. Les filles sont prêtes, la musique est bonne, les clients dépensent. Tout tourne. Pourtant, au milieu de ce bruit et de ces néons, une pensée la transperce. Sa fille. Celle qu’elle avait abandonnée à sa mère, il y a des années, pour se mettre dans cette vie de trafic de femmes, de deals et de pouvoir.
Plus tard, seule dans sa chambre, Satana ouvre son tiroir. Elle en sort une photo cornée. Une petite fille aux yeux rieurs, deux nattes mal faites. Elle passe son pouce sur le visage. Un soupir lui échappe. _Pardonne-moi._
Le lendemain.
Ébènezere est heureux. Il se tient sur sa terrasse, un verre à la main, et regarde tout autour de lui. Il savoure. Il a renversé son ami. Il l’a amené à zéro. L’usine est fermée. Joeresse est à terre. Franck, chez lui, l’appelle, inquiet.
— *Ébènezere… il reste les terres de Joeresse. Ses plantations. Elles rapportent gros. Ça risque de lui faire fortune encore. On n’a pas fini le travail.*
Ébènezere sourit dans le téléphone, sûr de lui.
— *Ne t’en fais pas, Franck. Je réserve à notre cher ami une grosse surprise. Il perdra tout. Ses terres, son nom, sa femme. Tout.*
Ébènezere et Franck se mettent au travail, plus déterminés que jamais, dans le but de devenir plus puissants que Joeresse. L’écraser définitivement.
Rigo pense aux propos de Lola. _Ébènezere est louche. Franck aussi._ Mais son ignorance, son refus de croire que son ami d’enfance puisse être un assassin, le pousse à croire le contraire. _Non, c’est impossible._ Pourtant, il prend la route du poste de police. Rafiou n’est pas rentré. Il faut faire quelque chose.
Joeresse croit qu’il a encore une autre chance grâce à ses plantations. Elles produisent beaucoup, d’ailleurs. Cette idée lui redonne un peu de courage. Il attrape son téléphone et appelle l’un de ses contremaîtres.
— *Allô, Bernard ? C’est Joeresse. Dis-moi, tout va bien au niveau des plantations ?*
— *Oui, patron. Tout va bien. La récolte de cacao s’annonce exceptionnelle cette année. Ne vous inquiétez pas pour ça.*
Joeresse raccroche. Un poids en moins sur la poitrine.
Rigo, en allant au poste de police, passe devant le champ d’Ébènezere. Il l’aperçoit et s’arrête.
— *Ébènezere ! Je vais à la police pour mon frère. Je vais déclarer sa disparition.*
Cette phrase plonge Ébènezere dans l’inquiétude la plus totale. Son sang se glace, mais il force un sourire.
— *Bonne idée, Rigo. Il faut le retrouver.*
Et puis, on voit Yvan et Fancky, accompagnés d’Arianne, assis à une table à l’écart dans un café.
Fancky sort son téléphone et appelle Joeresse.
— *Monsieur Joeresse ? J’ai quelque chose d’important à vous dire. Quelque chose qui changera votre vie à jamais.*
Joeresse, méfiant, répond :
— *Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ?*
— *Retrouvons-nous au restaurant La Joie. Dans une heure. C’est urgent.*
Ronisia, qui était à côté, demande à son mari :
— *Qu’est-ce qu’il y a, mon cœur ?*
Joeresse enfile sa veste à la hâte.
— *Je dois aller quelque part, urgemment. Je t’expliquerai.*
Malheureusement, Ronisia ignore que tout ça la concerne. Que sa vie est sur le point de voler en éclats.
Ébènezere, voyant Franck dans la panique, tente de le rassurer.
— *Calme-toi, Franck. Il n’y a aucun moyen qu’on nous soupçonne. Le corps est bien enterré. Personne ne sait. Personne ne saura.*
Arianne, elle, est confiante. Elle pense que leur plan va fonctionner à merveille.
Pendant ce temps, Karmelle et Junior, en partant à l’école, se font toujours suivre. L’homme dans la berline noire roule au pas derrière eux. Son téléphone sonne.
— *Allô ?*
— *Change de plan. Annule l’enlèvement.*
Cet homme avait pour intention de les enlever ce matin-là, mais il reçoit l’ordre de son patron qui suggère de laisser ces enfants finir l’année scolaire. _Pas de scandale maintenant. On attend._
Au poste de police, Rigo fait sa déposition. L’officier prend note de chaque détail.
— *Très bien, Monsieur Rigo. Nous allons ouvrir une enquête. Le détective Almos ira sur les lieux pour recueillir quelques informations.*
Xavier appelle Satana, autoritaire.
— *Satana, organise tout. Je veux que le juge nous marie dans trois jours. Trois. Pas un de plus. Envoie les invitations aux membres du club. Tous, sans exception.*
Satana reçoit l’information. Après avoir raccroché, elle tient toujours la photo de sa fille en main. Elle la serre contre elle, les yeux fermés.
À la boutique, le choix de la robe de mariage. Des mètres de soie blanche, de dentelle, de tulle. Cet événement dégoûte Astride au plus haut point. Elle a la nausée. Jessica essaye de la convaincre, à voix basse, pour que les vendeuses n’entendent pas.
— *Jessica, je ne veux vraiment pas de ce mariage*, souffle Astride, les larmes aux yeux.
— *Écoute-moi, Astride. Le seul moyen pour toi d’avoir ta liberté et pouvoir t’enfuir, c’est de réussir à gagner la confiance de cet homme. En jouant la femme parfaite. Tu dois être maligne.*
— *C’est pas vrai… J’ai l’impression de vivre un cauchemar. Je vais me réveiller, dis ?*
Au restaurant La Joie :
Fancky pose une photo sur la table, face à Joeresse.
Joeresse fronce les sourcils.
— *Mais c’est une photo de mon ami Yvan et de son fils ! Quel lien cela a-t-il à voir avec l’information que vous voulez me fournir ?*
Fancky ne va pas par quatre chemins. Il le fixe droit dans les yeux.
— *Eh bien, ce fils est le fils biologique de votre femme.*
Joeresse sent son cœur rater un battement.
— *Vous êtes malade ? Qu’est-ce que vous racontez ? Qui êtes-vous ?*
— *Votre femme ne vous a jamais aimé. Elle a renoncé à son fils et à son mari, Yvan, pour vous épouser à cause de votre situation. Pour votre argent. Pour le statut.*
— *Non ! C’est un mensonge ! Vous n’êtes pas sérieux !*
Fancky sort son téléphone et lance un fichier audio.
— *Tenez. Cet audio. Vous connaissez bien la voix de votre femme, n’est-ce pas ?*
La voix de Ronisia, claire, méprisante, emplit le restaurant : _« Yvan, tu es pauvre et tu le resteras. Moi j’ai trouvé un homme riche, celui que j’ai toujours voulu. Même si je ne l’aime pas, je vais me servir de lui pour devenir la grande dame que j’ai toujours voulu être. »_
Après avoir entendu l’audio, Joeresse reste figé. Puis, son visage se décompose. Il est dévasté. Anéanti. Tout ce en quoi il croyait, tout son amour, vient de partir en fumée en trente secondes.