Du reste, la délation fleurit dans la maison de force. Loin de se fâcher contre un espion ou de le tenir à l’écart, on en fait souvent son ami ; si quelqu’un s’était mis en tête de prouver aux forçats toute la bassesse qu’il y a à se dénoncer mutuellement, personne, dans la prison, ne l’aurait compris. Le ci-devant gentilhomme dont j’ai déjà parlé, cette lâche et vile créature avec laquelle j’avais rompu dès mon arrivée à la forteresse, était l’ami de Fedka, le brosseur du major ; il lui racontait tout ce qui se faisait dans la maison de force ; celui ci s’empressait naturellement de rapporter à son maître ce qu’il avait entendu. Tout le monde le savait, mais personne n’aurait eu l’idée de le châtier pour cela ou de lui reprocher sa conduite. Quand l’eau-de-vie arrivait sans encombre à la

