XIII Celui-là m’eût bien étonné qui m’eût prédit qu’Honorine me céderait un jour. Mais j’aurais assurément traité de fou celui qui m’eût affirmé que je deviendrais à vingt-trois ans secrétaire d’un préfet de l’Empire. Cependant me voilà l’amant d’Honorine et le secrétaire intime de M. le comte de Cheylus, conseiller d’État en service extraordinaire, préfet du Bas-Rhin, officier de la Légion d’honneur, etc. C’est une belle loi que celle des probabilités. Par sa nature froide, son tempérament réfléchi, son éducation puritaine, le milieu honnête et calme qui l’entoure, Honorine semblait destinée à une vie pure et tranquille, – la voilà ma maîtresse. Par mon esprit indépendant, ma fierté, ma roideur de caractère, mon horreur instinctive pour tout ce qui est concession ou hypocrisie de con

