24 En arrivant en Belgique, je commençai à regretter d’avoir quitté mes camarades. Maintenant que j’agissais librement, que je courais (du moins me l’imaginais-je) beaucoup moins de risques, le fait de n’avoir personne à qui parler me pesait affreusement. Quand, après une nuit de marche, je me cachais dans un réduit quelconque, j’étais pris soudain de désespoir. Je me disais que ce n’était pas normal, que ce n’était tout de même pas la compagnie d’un Roberjack, ou d’un Labussière qui eût changé quoi que ce fût à mon état d’âme, et pourtant j’eusse donné tout ce que je possédais – il est vrai que ce n’était pas grand-chose – pour que le plus insignifiant de mes camarades se trouvât auprès de moi. Jamais je n’aurais soupçonné que l’obligation de garder le silence fût si pénible. J’étais tel

