Préfaced’Alfu
Les Mystères du Temple, sous-titré La Fille du marchand d’habits. Roman inédit, paraît dans L’Omnibus en 42 feuilletons, du 4 décembre 1862 au 26 avril 1863, avant d’être édité en librairie sous le titre Les Bohèmes de Paris chez Louis de Potter, en 1863.
C’est un petit chef-d’œuvre de puzzle familial et criminel. Peu de personnages sont en scène — contrairement à la légende qui veut que Ponson du Terrail devait employer des marionnettes pour s’y retrouver — mais ils ont tous entre eux des rapports complexes. Ainsi par exemple, d’emblée, s’affrontent deux hommes dont l’un est le fils légitime du marquis de Hauteserre mais non son fils biologique, et l’autre son véritable fils, mais né d’une liaison adultère !
Selon un procédé courant, l’auteur apprend à ses lecteurs le passé de ses personnages par l’intermédiaire de manuscrits prévus à cet effet et que l’on vole ou détruit selon l’intérêt du moment. Par parenthèse, il met en scène un fameux dîner à treize, avec rendez-vous des années plus tard pour tester le mauvais sort, thème employé dans ses « Monte-Cristo » que sont Les Coulisses du monde (1851) et Les Voleurs du grand monde (1869).
Mais l’aspect le plus frappant de ce roman est l’intensité du registre criminel. Le crime semble être roi. D’entrée, Georges frappe mortellement Victor — qui survivra mais après une longue période de folie. Le père Isambart — belle figure de marchand juif usurier ! — va être assassiné. Mais c’est surtout le meurtre de la Topaze dont la description vient de la bouche même de son auteur, qui est très impressionnant. On n’oubliera pas toutefois que le triste bossu Boussignol sera lui-même victime de ses tentatives criminelles.
Bien sûr, Ponson offre à son public, comme toujours, un happy end : l’amour triomphe et deux mariages sont célébrés. Mais l’on ne peut, à la lecture de ces Mystères du Temple — dont le titre n’est qu’un des innombrables démarquages des fameux Mystères de Paris d’Eugène Sue, — refuser à son auteur le titre d’ancêtre du roman (criminel) noir.
Si, dans l’œuvre de Ponson du Terrail, le personnage du juif est peu fréquent, en revanche on y trouve souvent des Russes — qui, ici, n’ont pas été épargnés par le destin — et un type bien particulier : le gamin de Paris — dont le plus célèbre restera Rocambole !
Enfin, on notera que l’auteur demeure un très intéressant témoin de son temps et décrit, une fois encore, un Paris du Second Empire avec non seulement ses restaurants et ses salons, mais aussi ses commerces populaires, à l’image du fameux carreau du Temple — qui allait être entièrement rebâti quelques années plus tard, au lendemain de la rédaction du roman, en 1863.1
1 Pour une approche plus complète de ce roman, lire la notice qui lui est consacrée dans : Alfu présente Ponson du Terrail. Dictionnaire des œuvres (Encrage, 2008).
Prologue