Chapitre 1 : La marchandise de verre

1323 Words
Je m’appelle Nour. J’ai dix-huit ans, un mètre cinquante de fragilité, et une paire d’yeux bleus qui semblent avoir volé toute la clarté du ciel pour la mettre dans mon regard. Pour ma mère, cette beauté n'est plus une fierté. C'est un capital. Ce jour-là, au café avec Sarah et Lucas, je ne pouvais pas tenir en place. Mes mains tremblaient sur mon verre d’eau. — Tu es ailleurs, Nour, m'a dit Sarah en chipant une frite dans mon assiette. C'est encore les problèmes de ta mère ? Je l'ai regardée, mes pupilles bleues dilatées par l'angoisse. — La banque a envoyé le dernier avertissement, Sarah. Ils saisissent la maison lundi. Lucas a eu un petit rire nerveux en secouant sa tête blonde. — Ils disent toujours ça pour faire peur. Ta mère trouvera une solution, elle a toujours de la ressource. J'ai baissé les yeux sur ma poitrine qui soulevait mon haut léger, mes seins pointant sous l'effet de la nervosité et de la fraîcheur de la terrasse. Je me sentais terriblement exposée, comme si chaque passant pouvait deviner le prix que ma mère avait secrètement fixé sur ma tête. — Elle a invité quelqu'un ce soir, ai-je murmuré. Un homme qui peut "tout régler". Sarah a froncé les sourcils, intriguée. — Un banquier ? — Je ne crois pas. Elle m'a dit de me faire belle. Elle m'a forcée à mettre cette robe, celle qui moule mes fesses et qui me fait paraître plus femme. Lucas a sifflé entre ses dents, son regard glissant un instant sur mes courbes avant de redevenir sérieux. — C'est bizarre, Nour. Si tu veux, je passe te chercher après ? — Non, ai-je répondu d'une voix sourde. Elle a dit que c'était privé. Très privé. Je me suis levée. Du haut de mon mètre cinquante, le monde me paraissait soudain immense et menaçant. Je voyais les gens me dépasser, des géants indifférents à mon sort. — Je dois y aller. Elle veut que je sois là avant qu'il arrive. En marchant vers chez moi, je sentais le poids des dettes de ma mère sur mes épaules. Cinq cent mille euros. Une somme absurde pour une femme seule. Une somme que seule une magie noire — ou un homme très sombre — pourrait effacer d'un trait de plume. La porte de l’appartement familial a claqué derrière moi, un son sec qui semblait sceller ma liberté. L'odeur d'un plat marocain que ma mère avait préparé flottait dans l'air, essayant vainement de masquer l'odeur rance de l'angoisse et du désespoir. Ma mère était dans la cuisine, l'air affairé, mais ses mains tremblaient en posant les assiettes. Elle n'a pas levé les yeux vers moi. — Habille-toi, Nour. Mets la robe que je t'ai donnée. Et fais-toi belle. Il ne doit rien nous manquer ce soir. Le ton était plat, sans émotion. Elle ne me regardait plus comme sa fille, mais comme un atout. Je suis allée dans ma chambre, le cœur battant la chamade. La robe l'attendait sur le lit. Noire, simple, mais d'un tissu fluide qui épousait chaque courbe, mettant en valeur mes hanches et mes seins pointus. Le genre de robe que je n'aurais jamais portée pour un "dîner d'affaires". J'ai pris le temps de m'occuper de mes cheveux bouclés, les démêlant et les laissant tomber en une cascade sombre autour de mes épaules. Mes yeux bleus, d'habitude si vifs, reflétaient une étrange mélancolie. J'ai mis un peu de khôl pour les faire ressortir davantage. J'avais l'impression de me préparer pour une exécution, pas pour une soirée. Quand j'ai regagné le salon, ma mère m'a enfin dévisagée. Son regard a parcouru ma silhouette, de mes boucles sombres à mes hanches, s'attardant sur la robe qui soulignait ma petite taille. Un soupir lui a échappé, étrangement mélangé de soulagement et de dégoût. — Parfait. Il ne devrait pas tarder. Le silence est tombé, lourd, pesant. Chaque seconde s'étirait, une torture. Puis, la sonnette a retenti. Un carillon doux, presque mélodieux, qui a pourtant retenti comme un coup de tonnerre. Ma mère m'a désignée du menton. — Ouvre, Nour. Mes jambes étaient des cotons. Chaque pas vers la porte était une éternité. Ma main a tremblé sur la poignée froide. J'ai inspiré profondément, essayant de me donner une contenance. Qu'allais-je trouver derrière cette porte ? Un monstre ? Un usurier sans scrupules ? J'ai ouvert. Et le souffle m'a été coupé. Ce n'était pas un homme. C'était une apparition. Un demi-dieu sorti d'un rêve sombre et interdit. Il mesurait bien les deux mètres que mon instinct avait perçus. Son corps était un chef-d'œuvre de muscles sculptés, deviné sous un costume anthracite d'une élégance mortelle. Des tatouages complexes s'échappaient de son col et montaient sur son cou puissant, des motifs d'encre noire qui dansaient sur sa peau mate. Son visage... Il avait la beauté rude et magnétique des dieux colombiens, une mâchoire carrée, des lèvres pleines, et des yeux d'un noir profond qui ne laissaient rien transparaître, sauf peut-être un appétit insatiable. Il m'a regardée de haut, son regard glissant sur mes boucles, mes yeux bleus, mes seins pointus, mes fesses moulées par la robe. J'étais paralysée, incapable de bouger, incapable de parler. Ma petite taille, un mètre cinquante, me faisait me sentir comme une poupée de porcelaine devant une statue grecque vivante. Le Diable avait un visage, et il était d'une beauté à vous faire damner l'âme. Un léger sourire a étiré ses lèvres, un éclair de cruauté qui a brisé le sortilège. (Point de vue de Thiago) Deux mètres de haut. C’est souvent la première chose que les gens remarquent, avant même mes tatouages ou mon nom. Ma stature me permet de regarder le monde avec mépris, de dominer chaque pièce où j'entre. Mais ce soir, dans ce quartier sans intérêt, je me sentais presque impatient. La mère m'avait envoyé des photos. J'avais vu les yeux, les boucles, cette peau métissée que je rêvais déjà de marquer de mon empreinte. Mais les photos mentent toujours. La réalité, elle, est sans filtre. J'ai sonné. La porte s'est ouverte sur une créature qui semblait sortir d'un mirage. Elle était là, minuscule, me dépassant à peine la ceinture. Un mètre cinquante de grâce et de terreur pure. Elle portait une robe noire qui moulaient ses courbes avec une insolence délicieuse, soulignant la cambrure de ses hanches et la pointe de ses seins qui trahissaient son trouble. Je l'ai scannée lentement. Mes yeux ont remonté ses jambes, se sont attardés sur ses fesses serrées dans le tissu, avant de plonger dans les siens. Le bleu. Un bleu saphir, électrique, qui tranchait avec l'obscurité de ses boucles. Elle était pétrifiée, les lèvres entrouvertes, le regard rivé sur mes tatouages qui montaient le long de mon cou. Elle semblait fascinée et horrifiée à la fois. — Nour, je présume ? Ma propre voix m'a paru plus rauque que d'habitude. En la voyant ainsi, si petite et si parfaite sous mon ombre, j'ai su que le prix payé à la banque était dérisoire. Cette fille n'était pas une marchandise. C'était mon nouveau culte. — Entrez, Monsieur, a balbutié la mère derrière elle. Elle n'a pas bougé d'un pouce, m'obligeant à rester sur le seuil, la surplombant de toute ma hauteur. J'aurais pu l'écraser, l'étouffer, mais l'envie de la posséder était plus forte. Elle sentait la fleur d'oranger et la peur. — Vous avez une très belle maison, Madame, ai-je dit sans quitter Nour des yeux. Mais je crois que nous sommes ici pour parler de ce qui se trouve à l'intérieur. J'ai posé ma main sur le cadre de la porte, juste au-dessus de sa tête. Elle a sursauté, ses yeux bleus s'agrandissant encore. Elle était si fragile que j'avais l'impression que mes doigts pourraient la briser. C'est à cet instant précis que j'ai décidé qu'elle ne reverrait plus jamais ce salon miteux. Elle appartenait désormais à mon monde d'encre et de sang.
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