Jeanne Painsec, Françoise LISON-LEROY

217 Words
Jeanne Painsec Françoise Lison-Leroy « Jeanne était au pain sec… » l’enfant lointaine la cavalière Jeanne treize ans et quelques flèches un vélo deux chemins de halage Jeanne deux mille deux cent trente années après l’autre à qui la faute elle a taggé le mur de l’école elle a pêché les carpes du voisin elle a raflé la boîte de Kellogg’s elle a fait mousser la piscine elle a forcé le boîtier de la vidéo elle a Jeanne Painsec je l’appelle et quand je dis « Jeanneke » elle répond « mais je n’ai pas de queue » et quand je dis « la filouse » elle refile ses yeux verts et quand je dis « tante Jeanne » elle répond « mais je ne suis pas chrétienne » et quand je dis… Il était une fois Jeanne des années plus tôt la frondeuse l’insoumise sur deux roues dérobées dans une barque cache-cœur à l’affût d’un gamin noué entre deux roseaux tendres Il est une Jeanne aux deux poings petite-fille d’un Victor exilé et d’une Adèle elle nous nargue, ma Jeanne et moi jusqu’aux rives de l’Escaut où nous passons l’éponge « Jeanne était au pain sec… » la mienne capture des miettes des cailloux ravageurs quelques étoiles pour la soif elle répète son solfège à tue-tête elle encercle les chiffres pairs jette les autres elle claironne sa leçon d’histoire en commençant par l’envers « Ce siècle avait deux ans… » Note : « Jeanne était au pain sec… » et « Ce siècle avait deux ans… » introduisent deux poèmes de Victor Hugo.
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