Le décapsuleur Michel Joiret Antoinette-Marie Mayala pousse la porte du pied, sort un tabouret de l’unique pièce sombre de son logement (la case comme on disait autrefois), traîne les pieds jusqu’à la petite butte d’où elle peut distinguer la maison blanche (la maison des Pères), aujourd’hui dispensaire, morgue, marché occasionnel, lieu de rencontre et de troc. À chaque fois, elle a l’impression de vivre dans un terrain vague, un chantier où s’élèvent çà et là de petites fumées noires. Une sorte de champ de bataille au crépuscule à l’issue d’une guerre bizarre qui dure depuis… mais depuis quand ? Elle soupire et rajuste son boubou jaune coloré de jolies fleurs bleues. Antoinette sourit tout le temps même si un pli d’amertume souligne le coin des lèvres. Elle relève pour la énième fois la

