Quatre poèmes Geert van Istendael In memoriam matris (obiit 1.III.95) Elle était déjà très vieille. Une petite fille criait : « regarde, mémé, c’est l’hiver ! » Et elle disait : « j’aimerais tellement aller jouer, jouer encore dans la neige ». Le printemps venait, un printemps plus tard elle serait morte. Mais elle disait : « j’aimerais tellement courir, courir dans la pluie, toutes ces gouttes sur mon visage ». Fini l’été, fini. Elle disait : « Ces petites pommes, j’aimais tellement les sentir, surtout celles qui étaient dans l’herbe, au grand jardin de mon papa. Ça sentait bon, si bon ». Ses rides enchantent son sourire, le passé s’est entrouvert. Soudain, une petite fille devine une fille vieille dans un jardin d’Éden. Un pauvre diable au cimetière Pleine de chagrin,

