Chapitre 6 (Suite)
La semaine qui a suivi, je suis allée bosser chaque jour. Je pense qu’il est temps de me mettre à fond. Soraya avec l’aide de Marco ont fait un super boulot pour me seconder pendant que je me remettais de ma maternité. J’étais à l’agence lorsque Boris est arrivé avec un dossier en main. Il s’est assis en face de moi et a commencé un lourd discours avant de me sortir les papiers de pré-inscription.
Moi (le regardant): Je ne vais même pas prendre la peine de regarder ou lire Boris parce que ça ne me concerne pas le moins du monde !
Boris (soutenant mon regard): Tu es sérieuse Ahl ? On en a discuté la semaine dernière avec maman.
Moi: Et à aucun moment je n’ai dit que j’allais m’en occuper.
Boris: Mais Marco a …
Moi (l’interrompant): Marco quoi Boris ? Marco quoi ? Tu es parenté avec lui ? C’est ton parent ? Ton père ou ton frère ? Non mais il faut se gêner un peu dans la vie. Tu as 19 ans bientôt 20 ans et tu ne sais pas réfléchir ? Tu trouves que c’est normal ce que tu demandes là tout de suite ?
Boris: Mais est-ce que c’est aujourd’hui que ça te gêne ?
Moi: Oui parce qu’avant j’étais trop conne ! Mais c’est fini hein, ce n’est pas parce que je ne dis rien. Personne ne prendra en charge ta scolarité pour sortir du pays, en tout cas pas moi ni mon chéri, je préfère te dire ça tout de suite.
Boris (soupirant): Bon ok je comprends que c’est beaucoup.
Moi: C’est bien.
Boris (levant les yeux): Bon si je fais une école supérieure ici, ça au moins tu peux financer non ? Il n’y aura que l’école à payer vu que je serai toujours à la maison chez maman.
Moi (rigolant nerveusement):
Boris: oh ? Ahl ?
Moi (le regardant): Tu sais quoi Boris ? Si tu veux payer ton école tu n’auras qu’à te trouver un boulot d’été comme tout le monde ok ? C’est terminé de compter sur mon argent sans faire d'efforts.
Boris (dépassé): Oh la grande c’est comment même avec toi ?
Moi: Il y a un jeune que je connais qui t’aurait répondu: LE NGORI EST BOLEY ! (la facilité/gratuité est finie)
Je n’ai plus écouté ce qu’il avait à dire et lorsqu’il était fatigué, il s’est levé pour partir. Je dis que même 1 000 fcfa pour le taxi je n’ai pas donné, j’ai bien serré mon cœur, trop c’est trop. Quand c’était moi, il n’y avait personne pour m’aider, j’ai vendu mes fesses pour aller à l’école. Ce n’est pas de la méchanceté que je fais mais je suis révoltée. Qu’il aille voir son père ou aille bosser.
*** Yannick Koumba ***
Aujourd’hui c’est vendredi alors, je vais récupérer les enfants pour le weekend. J’ai envoyé un message à Marielle pour la prévenir. Elle m’a répondu un simple “OK”. J’en ai marre, je n’en peux plus de cette situation. Ça fait 2 mois que je cours à nouveau vers Marielle et qu’elle m’ignore, qu’elle m’envoie balader à chaque fois. Ce n’est pas possible que la Marielle que j’ai connu et que je connais réagisse de cette façon. Elle veut juste me faire mal, me faire souffrir, je le sais.
Lorsque je suis arrivé chez elle, je me suis garé devant sa maison. SA MAISON ! Marielle a construit une jolie maison moderne, elle est très bien installée et les enfants n’arrêtent pas de chanter dans mes oreilles qu’ils préfèrent la maison de maman, qu’ils attendent que je construise une maison comme la sienne. Pfff ! Elle aurait également pu construire lorsque l’on était encore ensemble vu qu’elle avait les finances pour ça.
C’est Tony qui m’a ouvert la porte en me faisant un câlin rapide. Je suis rentrée dans le salon et il y avait Marielle debout en train de tresser les longs cheveux crépus d’une petite fille. Je suppose qu’il s’agit de la fille de Mezui, les garçons n’arrêtent pas d’en parler, surtout Kenny, ils ne s’entendent pas apparemment.
Moi (regardant Marielle): Bonsoir tout le monde.
Marielle: Bonsoir.
Athéna (le pouce à la bouche): Bonsoir
Kenny (la toisant): Enlève un peu ton vieux doigt à la bouche lorsque tu parles.
Athéna (le regardant): Pourquoi tu parles de mes choses ?
Kenny: Ton doigt c’est une chose ? Tu fais les choses comme un bébé.
Marielle: Chéri va chercher ton sac, tu vois bien que papa t’attends.
Kenny (gonflé): Oui…
Marielle (me regardant): Tu peux t’asseoir en attendant si tu veux ?
Moi: Non ça ira. Merci.
Je suis resté debout à l’observer jusqu’à ce que j’entende une voix derrière moi. A ce moment, j’aurai aimé ne pas être dans cette pièce surtout quand la petite s’est agitée en criant “papa”. J’ai soupiré longuement avant de lui faire face enfin. Je ne l’apprécie plus, je ne supporte plus sa tête du tout à cet homme. J’ai envie de lui arracher le sourire qu’il balade toujours sur son visage.
Frédéric (me tendant la main): Yannick !
Moi (serrant sa main par politesse): Bonjour.
Marielle (le regardant): Tu as pu trouver ce que tu cherchais ?
Fred (s’approchant d’elle): Pas exactement mais je regarderai encore dans une autre boutique. (regardant sa fille) Elle est sage ?
Athéna: Oui je suis sage.
Frédéric: Est-ce que tu peux dire le contraire ? C’est à Tata Marielle que je pose la question.
Marielle (souriante): elle a été sage je confirme.
Moi (nerveux): Bon euh… Ils sont où là ? Je n’ai pas que ça à faire.
Mezui s’est assis sans me calculer en parlant avec sa fille alors que Marielle est allée chercher ses fils. Je m’étouffe dans cette pièce donc je suis sorti sur la terrasse jusqu’à ce qu’ils me rejoignent et Marielle nous a accompagnés au portail. J’ai déverrouillé pour que les garçons s’installent après avoir fait la bise à leur mère.
Moi (la regardant): Je vois que tu es heureuse Marielle. C’est ça la vie que tu souhaitais ? La parfaite petite famille recomposée ?
Marielle (rire nerveux): C’est toi qui veux venir me parler Yann ? C’est peut-être de ma faute ce qui se passe aujourd’hui ?
Moi: Ok Marielle, j’ai déconné, j’ai VRAIMENT déconné mais je n’arrête pas de m’excuser depuis deux mois, de courir après toi et tu ne réagis pas.
Marielle: Parce que je suis désormais avec Frédéric. Je l’aime et je le …
Moi: Tu ne l’aimes pas Marielle !
Marielle: Oh que si je l’aime Yannick, je l’aime vraiment c’est un homme formidable. Je ne vais pas l’aimer pourquoi ?
Moi: Tu ne vas pas me faire croire que tu m’as oublié et remplacé du jour en lendemain.
Marielle: Non Yannick ça ne s’est pas fait du jour au lendemain. J’ai pleuré de longues nuits à cause de toi, j’ai perdu mon argent pour toi, j’ai jeuné et prié pour toi au point de m’oublier en tant que mère et femme.
Moi: Aujourd’hui tes prières fonctionnent apparemment puisque je suis devant toi et que je fais tout pour te récupérer.
Marielle (arquant les sourcils): Tu fais tout pour me récupérer avec Méléa dans ta maison Yannick ? Tu fais tout pour me récupérer maintenant que tu me vois heureuse et épanouie ? C’est un peu trop tard.
Moi: Il n’est jamais trop tard.
Tony (descendant de la voiture): Papa tu nous a grondé et c’est encore toi qui traine.
Marielle: Je dois y aller. Bonne soirée.
Tony: Je t’aime maman.
Marielle (souriante): Huuum escroc, moi aussi je t’aime. Allez bon weekend.
Elle n’a même pas attendu qu’elle a fait demi-tour pour rentrer chez elle. J’ai vraiment les boules là, je n’arrive pas à accepter et croire que je l’ai perdu. Que je la laisse dans les bras d’un autre, ça me rend fou, complètement fou, je fais des choses illogiques à chaque fois qu’elle m’envoie bouler de cette manière. Je suis monté dans la voiture et j’ai démarré en faisant fi du bavardage des enfants.
Nous sommes rentrés à la maison et après avoir salué Méléa ils ont tracé. Celle-là, je ne sais même plus comment faire pour m’en débarrasser surtout qu’elle n’arrête pas depuis des mois avec son histoire de présentations mais il en est hors de question. Je ne veux pas et il y a même des jours où je ne la supporte pas donc je reste longtemps dehors où je vois Sandy pour me défouler un peu.
Moi (retirant ses mains sur moi): Tu peux me laisser un peu respirer stp Méléa ?
Méléa (surprise): Je voulais juste te faire un massage, tu as l’air tendu bébé.
Moi (allumant la télévision): Tout va bien merci.
Méléa: Mais Yann qu’est-ce qui t’arrive ces derniers jours ?
Moi: Je passe par une période compliquée donc merci de ne pas m’étouffer.
Méléa (fronçant les sourcils): Et quelle est cette période que tu ne veux pas partager avec moi Yann ?
Moi (soupirant): …
Méléa: Tu es froid, tu es distant… Je ne comprends plus avec toi. Je me suis déjà excusée de m’être emportée la dernière fois. C’est pour ça que tu m’en tient rigueur ?
Moi (augmentant le son de la tv): …
Kenny (arrivant au salon): Papa est-ce qu’on pourra avoir du jus stp ?
Moi (le regardant): Quel jus ?
Kenny: Du fanta stp
Moi: Beh regarde dans la cuisine s’il y en a. Tu sais où ça se trouve non ?
Kenny: Il y en a, j’ai déjà vérifié… Je viens juste demander l’autorisation.
Moi (le regardant): Oui tu peux Kenny, vous pouvez prendre le goûter.
Kenny: On a déjà pris le goûter tout à l’heure avec Athena.
Moi (tournant des yeux): Ok
Il a disparu en allant dans la cuisine et Méléa s’est assise toute nerveuse sur le canapé à côté. Jody est sorti de la chambre en venant se mettre entre mes jambes pour regarder la télévision. Il est gentil ce petit mais il va bientôt devoir s’en aller avec sa mère. Je cherche juste l’occasion. Parfois je regarde Méléa et je me demande vraiment ce qui m’a pris de la mettre chez moi et de chasser Marielle. Depuis qu’elle est dans ma vie, je n’ai que des emmerdes et des dettes.
La soirée a été animée par les garçons comme d’habitude. Je suis resté devant la télévision jusqu’à 3 heures du matin. Je ne sais même pas ce que je regardais au juste. Je me suis couché pour me réveiller à 7h du matin. Je suis parti à la boulangerie avec Tony acheter du pain et des viennoiseries avant de rentrer à la maison. J’ai laissé Méléa faire le reste et préparer le petit déjeuner.
Kenny: Le week end d’après on va à la pointe Denis.
Moi: pardon ?
Tony: Tonton Fred a réservé pour que l’on aille tous à la pointe Denis pour l’anniversaire de maman.
Kenny: Ca va être trop bien, on va faire plein de trucs.
Tony: oui mais il ne faut pas tout dire, il y aura des surprises pour maman.
Kenny: Dommage que tu ne pourras pas venir papa. Tu vas rater.
Méléa: hum
Jody: Moi aussi
Kenny (buvant son lait): Tu ne peux pas venir, on ne t’a pas invité.
Jody: Pourquoi ?
Kenny (haussant les épaules): Tu n’as qu’à demander à ta mère à son anniversaire d’aller là-bas.
Méléa (le regardant): Tu peux te taire un peu et manger Kenny ? Il faut toujours que tu l’ouvres pour que l’on t’entende.
Moi (calme): Il a encore le droit de s’exprimer ?
Méléa: Pardon pardon le bruit, j’ai mal à la tête.
Tony: Dis seulement que tu as mal au coeur !
Moi (grondant): Tony ! Ca suffit maintenant OK ?
Méléa s’est levée de table en disparaissant dans la chambre. Je ne supporte plus et je n’ai plus envie de faire semblant. je me suis levée et je l’ai rejoint dans la chambre. Il est temps que je lui dise que je ne suis plus attaché et que l’on arrête la mascarade. Je ne veux que Marielle désormais, je veux retrouver mon équilibre d’avant. J’ai fermé la porte, Méléa était allongé sur le lit à ruminer.
Moi (la regardant): On peut discuter ?
Méléa (froide): Si c’est pour me faire la morale à cause de tes enfants, je ne veux rien savoir.
Moi: Il ne s’agit pas de ça.
Méléa : quoi alors ?
Moi (soupirant): Je veux que l’on parle de nous deux.
Méléa (me regardant):
Moi (soutenant son regard): Méléa je veux que l’on arrête de faire semblant tous les deux. Nous n’avons plus l’âge de jouer. Tu as bien constaté que depuis un moment ça ne va plus entre nous et tu as raison, ça ne va plus.
Méléa (se redressant): ça ne va plus parce que tu es devenu bizarre Yann. Tu as changé, je ne comprends pas.
Moi: Oui tu as raison, j’ai changé. J’ai compris certaines choses et j’ai envie d’en changer certaines.Méléa je suis désolée de te dire ça comme ça mais je ne peux plus… Je ne peux plus continuer parce que j’aime toujours Marielle et que…
Méléa (sursautant): Yannick Koumba tu es en train de dire quoi ? Tu veux me quitter ?
Moi (la fixant): Je préfère que l’on stoppe cette relation. Je ne compte pas aller plus loin avec toi Méléa. Je suis désolé si je…
Méléa (d’un coup): Tu ne peux pas me laisser Yannick !!!
Moi: Méléa
Méléa (en larmes): Je suis enceinte !
Moi (le coeur battant): p****n !!