Chapitre 8
Zalia
Je sors du sommeil bien avant l’heure habituelle. Inutile de chercher une autre explication : Twilight s’impatiente, elle réclame l’espace, la vitesse, l’odeur de la terre humide sous ses pattes. Je m’habille sans réfléchir — tissu souple, sombre, chaussures faciles à retirer — car tout ce qui entrave devient une perte de temps lorsqu’elle appelle. Traversant les couloirs encore calmes, j’interpelle une servante pour savoir où trouver un garde. Elle m’indique discrètement une issue réservée au service, à l’écart des regards.
À peine ai-je franchi le seuil qu’un soldat surgit. Quand je lui explique mon intention de laisser mon loup courir librement, il acquiesce sans discussion et m’invite à le suivre. Nous longeons les jardins que j’ai découverts la veille, puis mon sourire s’élargit lorsqu’il bifurque vers la lisière boisée.
— Changez-vous derrière cet arbre. Laissez vos affaires dans le panier. Les patrouilles savent que vous êtes là et interviendront si vous frôlez la frontière, m’indique-t-il avant de repartir.
Je n’attends pas. Les vêtements disparaissent, soigneusement rangés, et je cède aussitôt la place à Twilight.
Elle bondit hors de moi avec un bonheur brut, tandis que je me retire dans l’ombre de sa conscience. Rien ne me procure plus de paix que de voir le monde à travers ses sens. Elle fend la forêt, franchit les obstacles sans hésiter, effleure les buissons, choisit les sentiers invisibles. Elle ralentit parfois, juste assez pour s’imprégner des lieux, pour respirer.
Des silhouettes apparaissent entre les troncs : des guerriers en patrouille. Twilight passe à l’allure tranquille lorsqu’un d’eux se tourne vers elle et l’interpelle, amusé, lui demandant si la course lui plaît. Elle répond par un signe bref et s’approche.
Les arbres portent les marques anciennes qui avertissent toute créature de l’entrée sur un territoire protégé. Twilight les observe attentivement. Au-delà, à travers les branches, le monde extérieur se devine. Une présence hostile attire soudain son attention : un loup isolé rôde près de la limite.
Un grondement sourd monte de sa poitrine.
— Qu’est-ce que tu as repéré ? demande la guerrière.
Twilight ne détourne pas le regard. L’envie d’agir la brûle, mais la règle est claire : ce sol n’est pas le nôtre. Pourtant, je sais que les guerriers sont prêts.
Une voix s’élève derrière nous, ferme, autoritaire, avertissant l’intrus qu’il s’approche trop près du territoire de Mystic Moon. Le voleur ne recule pas. Il fixe Twilight. Lorsqu’il avance d’un pas, elle rugit, promesse sans équivoque.
Le guerrier à mes côtés murmure alors, presque respectueux :
— S’il continue, tu as l’autorisation de l’abattre.
L’instant suivant, le renégat bouge encore. Twilight disparaît.
La surprise se lit dans les yeux de l’intrus. Il n’a pas le temps de comprendre. Il attaque, mais elle esquive, pivote, frappe. Ses crocs déchirent son flanc, emportant chair et poils. Il se retourne, charge à nouveau. Elle chute volontairement, glisse, attend. Lorsqu’il est au-dessus d’elle, ses pattes arrière jaillissent, griffes plantées dans son ventre. Le choc l’envoie contre un arbre dans un cri brisé.
Elle ne lui laisse aucune chance. Sa mâchoire se referme sur sa gorge, et d’un mouvement sec, elle met fin à tout.
Twilight revient calmement vers la frontière. Les guerriers l’accueillent avec des sourires francs. L’un d’eux s’avance, un linge humide à la main, pour nettoyer son museau. Elle le repousse doucement, geste de remerciement silencieux.
— Rentre maintenant, Twilight. Zalia devrait se laver avant le repas, dit-il en lui caressant la tête.
Elle lui donne un léger coup complice et reprend le chemin du palais.
Je demande à papa de s’assurer que la salle de bain est libre à mon retour. Il s’étonne de mon empressement, puis éclate de rire lorsque je lui raconte l’exploit de Twilight.
Lorsqu’elle me rend le contrôle, je reprends forme humaine, me rhabille à la hâte et traverse le palais à toute vitesse jusqu’à la suite.
— Tout est prêt dans la salle de bain ! lance Kali dès que j’entre.
Je m’y engouffre, laissant l’eau effacer les dernières traces de la matinée avant de me préparer pour le petit-déjeuner.
Nous rejoignons ensuite la grande salle à manger. Deimos nous attend, Eryx à ses côtés.
— Alors, elle a apprécié ? demande Eryx, visiblement ravi.
Je confirme. Cette course était un luxe arraché à un emploi du temps étouffant.
— Les guerriers ont été impressionnés. Et je crois que mon petit frère est déjà sous le charme, ajoute-t-il.
Il précise que celui qui a autorisé Twilight à éliminer le voleur n’est autre que Leander.
En entrant dans la salle, je sens une présence que je déteste. Un Alpha s’avance. Je n’ai aucune envie de le croiser. Deimos se rapproche instinctivement et je passe mon bras autour du sien. Alpha Mike affiche un sourire mauvais. Je me crispe.
— Tiens donc… la petite faiseuse de scandales, lance-t-il. A-t-elle déjà réussi à briser quelqu’un ce matin ?
Je le fixe sans ciller.
— Peut-être que tu seras le premier, Alpha Mike.
Je tente de m’éloigner, repoussant doucement Deimos pour passer. Alpha Mike m’attrape le bras.
Un grondement terrifiant traverse la pièce. Je n’ai pas besoin de me retourner pour savoir d’où il vient. Lui non plus.
— Lâche-la.
La voix n’est plus celle de Deimos. Son lycan a pris le dessus.