Chapitre 10

3571 Words
Profitant de la respiration qui m’était rendue, je dis, à tout hasard (et vraiment de telles paroles s’imposaient dans la bouche d’un homme de loi) : « Pourquoi n’en avez-vous pas fait part à la police ?… » J’ai cru qu’il allait sauter de son lit. Il agita ses bras qui me parurent démesurés, et, pour se calmer, avant de me répondre, il vida la moitié d’une potion qui remplissait un verre laissé par « le petit page » sur la table de nuit, avant de nous quitter. De fait, Sir Archibald devint tout de suite à peu près normal. Il me dit simplement : « La police n’a rien à faire dans tout ceci. Les Skarlett ont toujours réglé leurs affaires en famille. Ils n’ont besoin de personne !… » Simplement, je le répète, ceci était dit, mais cette simplicité-là était tranchante comme les lames de rasoir de Victor. Nous restâmes en face l’un de l’autre encore quelque temps sans rien nous dire. Puis, il reprit, avec un effort assez mélancolique : « Celle qu’il faut plaindre dans toute cette affreuse histoire, c’est Lady Skarlett !… Connaissez-vous quelque chose au monde de plus noble, de plus magnifique, de plus digne d’un grand nom et d’une grande fortune que Lady Skarlett ? Je vous prie de me répondre à cela, cher ami… – Non ! fis-je un peu oppressé… non ! Lady Skarlett est une grande dame et une digne épouse… – La plus grande, mon petit ami, et la plus digne !… » Je baissai la tête tout à fait désireux de ne rien ajouter à ce terrible entretien et aspirant de toute mon âme à le voir se terminer au plus tôt. Il me semblait que j’étais dans cette chambre depuis mille ans… Cependant, comme le silence se prolongeait indéfiniment, je crus que je pouvais me lever et prendre congé. Alors, je m’aperçus que Sir Archibald dormait profondément. La potion dont il avait bu, sans modération, produisait de toute évidence son effet. Je remuai pour avertir « le petit page » ou même pour réveiller Sir Archibald, car, enfin, j’étais assez embarrassé de ma personne. Mais le malade semblait en plomb, et personne ne venait me tirer de là si bien que je finis par ouvrir la porte qui avait livré passage à l’enfant que je trouvai dans la pièce à côté feuilletant un livre d’images. Il vint à mon appel. Je lui montrai Sir Archibald et lui dis qu’il s’était subitement endormi. Alors, le petit regarda le verre et dit : « Sa Seigneurie a pris de la potion. Cela la calme instantanément. Sa Seigneurie a eu une crise ? – Non ! il n’a pas eu à proprement parler de crise… – Alors, Sa Seigneurie la sentait venir ! Dans une demi-heure, elle se réveillera. » Sur quoi, il me conduisit jusqu’à la porte du vestibule, me l’ouvrit et me souhaita le bonsoir. Puis je l’entendis qui tirait le verrou. Je regardai la chambre. Durin avait déjà déposé sur mon lit mon linge de soirée et mon dining jacket. Je le congédiai. Il ne me posa aucune question. Il était de plus en plus fermé. Quand je fus seul, je poussai un soupir énorme : « Ah ! je ne vais pas moisir ici ! » Où allais-je courir ? Je n’en savais rien ! Mais un océan ne me paraissait pas de trop entre les hôtes des Black Rooks et votre serviteur. J’étais habillé quand on frappa discrètement à ma porte, et je me trouvai en face de Mrs. Tennyson, en toilette de dîner, qui me faisait un signe. Je la suivis. Sa chambre était à quelques pas de là, juste au-dessus de celle de Lady Helena. Celle-ci m’attendait chez son amie avec impatience. Aussitôt qu’elle m’eut introduit, Mina disparut. « Rassurez-vous, lui dis-je, il est encore très agité, certes, et le cerveau rempli de sombres imaginations, mais il m’a tenu sur vous des propos pleins de respect et d’admiration ! – L’affreux hypocrite ! Je ne puis entrer dans sa chambre sans être surveillée par Boby, son hideux little page, sa petite fouine ! et je trouve Patrick derrière toutes les portes ! Mais laissons cela, parlez-moi de vous. Que vous a-t-il dit ?… – Il m’a dit qu’il m’avait fait venir pour certaines confidences. Je vous dirai lesquelles. Elles sont des plus redoutables, mais il m’a donné l’impression qu’il n’est au courant de rien ! » Elle haussa les épaules. « Il sait tout ! Vous serez donc toujours un enfant, Rudy ! Ce que vous appelez des confidences, c’était une épreuve ! Puissiez-vous vous en être tiré à peu près convenablement ! Et puis, à quoi bon ! Il est fixé ! et ce qu’il y a de terrible, c’est que je ne sais pas ce qu’il nous prépare !…Allons dîner !… » Je me laissai conduire, de nouveau fort accablé. Ses dernières paroles et la façon dont elle les avait prononcées me replongeaient dans un abîme de perplexité et d’effroi. Au dîner, Helena s’efforça de montrer de la gaieté, ma parole !… Son aspect funèbre avait disparu avec le retour à la vie de Sir Archibald. Mais si sa bouche se parait d’un magnifique et hautain sourire, ses yeux brûlaient d’une flamme noire et menaçante… menaçante pour qui ?… Elle évitait de me regarder, de me frôler, elle se montrait exquisément polie, ce qui me causait une gêne insupportable. Ma détresse, devant cet apparent abandon, ne fit que croître. « Ce qu’il y a de terrible, c’est que je ne sais pas, ce qu’il nous prépare ! » C’est à cela qu’elle pensait !… et moi aussi ! Comment aurais-je cessé de penser à cela une seconde ? Ce dont j’aurais voulu être sûr, c’est qu’elle ne pensait pas à se tirer de là toute seule. Elle m’avait bien dit : « Nous partirons ensemble !… » Moi non seulement je l’avais dit aussi, mais je l’avais juré. Et cependant, un moment, j’avais pensé à fuir tout seul, et je l’aurais fait si j’avais pu !… À moins d’être un professionnel du sauvetage, un héros à trois rangées de médailles, chacun s’en tire comme il peut, à travers la flamme, sans plus se préoccuper du voisin et même en l’écrasant. Revenons à la gaieté factice de Lady Skarlett, à son odieux badinage, qui, pour moi, ne trompait même pas les laquais, et semblait particulièrement sans effet sur la correction très glacée (ce soir) d’Arthur, le maître d’hôtel que Sir Archibald avait fait venir de son hôtel d’Édimbourg. Lady Helena eut le tort de demander en plaisantant si l’on avait réentendu la bandshie. Les trois valets de pied parurent immédiatement changés en statues. Et le maître d’hôtel prononça, la lèvre sèche : « Milady ignore sans doute ce que l’on raconte. La bandshiene cesse de se faire entendre depuis la nuit qui a précédé la maladie de Sa Seigneurie. Cette nuit-là, on a rendu visite à la Dame verte !… » Helena ne put me cacher, à moi, à moi qui commençais à la connaître, à sentir comme elle, et aussi à pressentir comme elle, non, elle ne put me cacher la sorte de convulsion où chavira tout son être intérieur, quand elle eut entendu cette phrase : « On a rendu visite à la Dame verte ! » Quand elle se fut ressaisie, quand elle eut encore une fois redressé sa barque, d’un coup de barre si dur que j’en voyais trembler son poignet fragile, elle questionna d’une voix sourde : « Qui ? On ?… – Il faudrait le demander à Patrick, Milady !… Patrick seul le sait exactement ! Mais Patrick, qui est comme fou depuis, se refuse à toute confidence et profère même des paroles incompréhensibles… » Helena dit à Mrs. Tennyson ; « C’est bien ce que je disais. La bandshie est en train de rendre fou Patrick ! Et tout le monde y passera. Pour peu que cela continue, ce château deviendra un asile d’aliénés !… – Mais enfin, m’exclamai-je, qu’est-ce que c’est que cette Dame verte ?… – Eh ! mon ami, c’est une vieille légende comme il y en a mille en Écosse ! Chaque château a sa légende, sa chambre mystérieuse… sa Dame verte ! (Il paraît que c’est précisément la couleur de la bandshie.) Pour votre instruction, voici l’histoire de la Dame verte des Black Rooks. Depuis plusieurs générations, dans les caveaux de Black Rooks, il y a une chambre que l’on croit toujours hantée. Le soir, les fenêtres s’éclairent et tout semble indiquer qu’une existence humaine y est confinée dans une réclusion volontaire ou forcée. Et il est exact que lorsqu’un invité s’arrête avec trop d’obstination en face des fenêtres de la chambre secrète que l’on aperçoit en se penchant au-dessus des douves, les seigneurs propriétaires, depuis plusieurs générations, le prennent à part et lui demandent comme un service de ne plus s’occuper de cette partie du château. Ainsi ai-je vu faire à Sir Archibald. Inutile d’ajouter, n’est-ce pas, que la curiosité des hôtes est mise à une rude épreuve, et que l’on a tenté l’impossible pour percer le mystère. Nul ne pénètre jamais dans cette chambre que le domestique qui en a la garde. Et ce fut un domestique de la même famille depuis des générations jusqu’à Patrick qui fut installé là par le père de Sir Archibald, Sir Édouard Skarlett. J’ai questionné Sir Archibald qui m’a répondu : « Il ne faut jamais déranger la bandshie, et cela porte malheur, même de parler d’elle ! » Qu’en conclure de plus que cette cellule a servi jadis de prison à quelque malheureuse épouse d’un chef de clan, ou même d’un Gregor (mais je crois que la légende est plus vieille que Rob-Roy), et que la malheureuse a expié là quelque crime réel ou imaginaire contre son seigneur et époux. À sa mort, la cellule a été certainement transformée en chapelle, et le gardien n’est là que pour entretenir le feu des cierges… Cette piété pour les victimes de l’orgueil écossais cruellement traitées de leur vivant est tout à fait dans les mœurs. On en pourrait citer cent exemples ! Naturellement, on dit que l’âme de la Dame verte habite toujours la cellule. C’est ce fantôme que les paysans ont appelé Jenny la fileuse. Inutile de dire qu’elle souffre et qu’elle se lamente, et que ses gémissements percent les murs quand le malheur plane sur la maison… – J’ai entendu dire, prononça Mrs. Tennyson (je suis toujours étonné d’entendre sa voix, sa voix enfantine, d’une douceur de souffle, et si rare) que, dans cette chambre inaccessible, vivait un être difforme, informe plutôt. On a même raconté que ce monstre aurait une tête de grenouille… – Voilà nos Highlands ! conclut Helena en se tournant vers moi ! Pays des légendes, du glen et des bruyères, et d’une gaieté folle… Darling, vous en savez aussi long que moi ! Parlons maintenant d’autre chose… » Elle mentait ! J’en savais moins long qu’elle, mais la nuit ne devait pas se passer sans que je fusse au courant de tout ! de tout !… J’ai dit l’indifférence de son attitude. Elle ne s’en départit point pendant toute la soirée. Aussi, quand je me retrouvai dans ma chambre, j’eus une impression de solitude et d’abandon qui m’étreignit affreusement. J’aurais été déjà enfermé dans un cachot des Black Rooks que je ne me serais pas vu plus misérable ! Et comment partir ? Je ne pouvais rien sans Helena. Comment franchir ces murs, toutes ces portes gardées… Comment me guider dans ces escaliers, dans ces couloirs étroits, dont l’enchevêtrement semblait avoir été créé pour mieux vous perdre ?… Et, après, comment traverser ce pays que je ne connaissais pas ?… Et si je m’enfuyais ainsi comme un voleur, quel aveu ! Mon désastre était parfait de quelque côté que j’essayasse de l’envisager. Je n’espérais plus qu’une chose. Je vous ai dit que je commençais à mieux connaître Lady Helena. J’avais le souvenir qu’elle n’apparaissait jamais si proche de moi que lorsqu’elle semblait s’en être retirée, pour une raison ou pour une autre, soit par caprice, soit par prudence. Au fond de mon abîme, c’était la dernière lueur, le dernier feu clignotant d’une lanterne qui s’éteignait au fur et à mesure que s’écoulaient ces minutes atroces. Et il arriva enfin que l’on frappa légèrement à ma porte : c’était encore Mrs. Tennyson ! De nouveau, je la suivis, je croyais trouver Helena dans sa chambre. Mais elle n’y était point, et « Mina » repoussait le verrou de sa porte, d’un geste précis et nullement précipité. Elle ajoutait à ma peur, cette petite mécanique ! Qu’allait-elle faire de moi ? Pourquoi Helena n’était-elle pas là ? Mina ne me regardait même pas. Elle s’en fut à un paravent qu’elle déplaça, souleva une petite trappe dans le plancher et me fit un signe. Il y avait là un escalier tournant en bois, léger comme une échelle. J’avais compris ! Je descendais chez Helena ! Je tremblais d’une joie dans laquelle l’espérance de la volupté n’était pour rien, je vous assure. La trappe s’était refermée au-dessus de ma tête. Et moi, je descendais dans une ombre au fond de laquelle était Helena, car son parfum qui n’avait fait, depuis mon retour, que m’effleurer, comme un lointain souvenir de nos joies abolies, me reprenait, m’assiégeait soudain avec une violence brutale. Cependant, j’étais au centre d’une telle tragédie que ce ne fut point l’amant qui se jeta sur son sein nu, mais un enfant pitoyable qui se mit à gémir comme dans le giron de sa mère : « Helena ! Helena ! dans quelle horreur m’avez-vous entraîné ?… » Elle me caressa avec une douceur dont je la croyais incapable, essuyant mes larmes, me couvrant de baisers comme la plus tendre des épouses, me berçant dans ses bras auxquels je m’accrochais comme à mon dernier refuge : « Ne pleure pas, mon amour ! Don’t cry my love !J’ai tout préparé. Oui ! une horreur ! Une horreur et plus encore que tu ne peux croire, Rudy, une horreur au fond de laquelle je suis avec toi, mais dont nous sortirons ensemble ! Cela je le jure ! – Mais quand ?… quand ?… – Demain soir. Pas plus tard que demain soir !… – Ah ! Oui, le plus tôt possible, Helena ! Tout ce que vous m’avez dit… Et quand je pense aussi à ce que m’a dit cet homme, votre mari, Helena !… Je sais qu’un épouvantable danger nous menace ! – Hélas ! Rudy ! – Vous voyez bien ! Vous voyez bien ! Savez-vous ce qu’il m’a dit ? Il me dit qu’on a voulu l’empoisonner !… » Elle se redressa, égarée : « Ah ! j’en étais sûre ! j’en étais sûre qu’il devait penser cela. Et qu’a-t-il dit exactement, Rudy ? Rappelle-toi ! Rappelle-toi bien ses paroles. – Il a dit : on !… – Oui !… On !… Mais moi je suis, dans ce on ! Je sais comment il me regarde, maintenant ! Je suis dans ce on ! C’est terrible, Rudy ! Car il se peut qu’en effet on ait voulu l’empoisonner ! Moi-même je l’ai cru ! Je l’ai cru !… Tu comprends que Durin en a assez d’attendre ! Et puis, il sait aussi maintenant pourquoi l’autre est revenu le chercher là-bas, à Paris… Il devine ce qui l’attend ici. Ah ! quand Archibald a eu sa crise, sa grande crise, j’ai cru que ça y était ! que l’autre était passé par là ! J’ai cru qu’il avait empoisonné Archibald pour m’épouser. Horreur ! Horreur !… J’étais sacrifiée, que je le voulusse ou non ! Eh bien, non ! Pas ça ! Pas ça !… Pas cette abomination ! Pas cette saleté !… Pas de crime au bout duquel pend un lacet… Durin est devenu un monstre ! Moi qui l’ai tant aimé ! Quand il était un jeune et brave et gai chevalier ! Et il va falloir m’allier à ce hideux personnage après avoir fait ce mal !Ah ! Rudy ! Rudy ! Tu m’as vue !… Tu te disais : « Où est mon Helena ! ma belle Helena ! » Je ne suis plus qu’un fantôme qui erre entre des tombeaux ! Comprends-tu, maintenant, ma joie et ma défaillance quand ce Patrick est venu m’annoncer qu’Archibald était sauvé ? Ah ! Rudy, mes malheurs dépassent tout ce que l’on peut imaginer ; j’en suis réduite à me réjouir du salut d’un homme que j’ai toujours détesté, que je hais, que je hais, au moins autant que je hais Durin ! Et maintenant, écoute : y a-t-il eu empoisonnement ? Ce n’est pas sûr, mais ce qui est tout à fait sûr, c’est qu’il va y avoir empoisonnement ! L’empoisonnement ou autre chose, mais les jours d’Archibald sont comptés ! Tu as vu la figure de Durin ?… – Oui ! Oui ! Helena, oui, je l’ai vue !… – Et qu’est-ce qu’elle t’a dit ? – Elle m’épouvante… Tout m’épouvante, ici, tout !… – Elle dit « crime ». Voilà ce qu’elle dit ! Eh bien, il ne faut pas que nous soyons là à l’heure du crime ! Do you understand ? – Ah ! Helena ! sauvons-nous ! Pourquoi pas cette nuit même ?… – Pour ton salut à toi, Rudy, j’ai bien pensé à tout, bien tout prévu ! Du moins, je le crois. Il ne faut pas que tu aies l’air de fuir ! Tu es un invité. Tu t’en iras comme un invité ! Et le plus naturellement du monde. – C’est possible, cela Helena ? C’est vraiment possible ?… – Écoute, demain après-midi, tu recevras une dépêche. Une dépêche de Paris te rappelant d’urgence là-bas. J’ai encore arrangé cela. Tu écris alors un mot d’adieu à Sir Archibald, qui repose, tu laisses la dépêche qui fait foi de la nécessité où tu es de partir, et je te conduis moi-même en auto à Stirling, où tu es censé prendre le train pour Londres… – Pourquoi ne prendrais-je pas le train ? – Parce que tu reviens avec moi ! – Je reviens avec toi ? Au château ?… – Oui, au château. L’important, comprends-tu, c’est que maître Antonin Rose soit parti naturellement et qu’il ne soit plus au château quand il s’y passera ce que je vais te dire. » Je la laissais aller, maintenant… J’agonisais littéralement sur son sein, et elle continuait de me dorloter comme une pauvre petite chose. « Ne crains rien, baby mine, ce qui reste à faire est peu de chose, en vérité, et tu ne feras pas un pas sans que je sois à tes côtés. Tu comprends bien que nous ne pouvons pas partir sans argent ! Comme fortune personnelle, je n’ai toujours que mes bijoux, mes bijoux à moi, à moi, les bijoux qu’il m’a volés !… – Qui, il ? – Eh bien, Sir Archibald, of course ! Mon collier, mes bijoux, il ne s’en sépare plus depuis la mort de Fathi. Il les atoujours sur lui. En ce moment, ils sont enfermés dans un petit sac de cuir qu’il a glissé sous son traversin ! Il y a mis aussi autre chose, un grand papier sur lequel il a écrit depuis deux jours on ne sait quoi, mais dont j’ai quelque idée tout de même. Cela pourrait bien être notre histoire à tous les trois ! Une précaution qu’il a prise s’il lui arrivait malheur avant qu’il en ait terminé avec Durin, avec Lady Helena et avec le petit chéri darling de Lady Helena !… Un papier qu’il veut remettre lui-même au pasteur !Au pasteur d’Oak, tu sais, ce petit village qui grimpe comme un escalier, au flanc des Black Rooks ! Le pasteur est en ce moment chez son frère à Édimbourg, mais on l’attend d’un moment à l’autre, et Sir Archibald a fait savoir au « parsonage »,au presbytère, qu’il ait à se présenter au château dès son retour, de jour ou de nuit, et quelle que soit l’heure. Ici, on a l’ordre de l’introduire dans sa chambre aussitôt son arrivée au château, et de l’y laisser seul avec lui, même s’il dort. L’honnête clergyman attendra à son chevet le réveil de Sa Seigneurie. Et que fera Sa Seigneurie quand elle sera réveillée ? Elle confiera le sac et tout ce qu’il y a dedans, mes bijoux, mon déshonneur et toute l’histoire de Mister Flow et de Mr. Prim et d’Antonin Rose… tout cela… Tout cela à l’honnête clergyman. Voilà pourquoi, petit ami, j’emmène à Stirling maître Antonin Rose, et je ramène à Black Rooks cet excellent pasteur !… Chéri darling,vous serez très bien en pasteur, je vous assure !… » Je ne me révoltai pas, je ne protestai pas. Je m’accrochai encore à elle comme un pauvre enfant auquel on demande un effort impossible pour son âge. Cette terrible femme trouvait que tout était simple. Et elle m’accablait de travaux surhumains. « Épargne-moi, Helena ! Épargne-moi ! Je n’en puis plus ! Comment veux-tu que je prenne ce sac sous ce traversin !… C’est impossible ! C’est impossible ! Et aux premiers mots que je prononcerai, Sir Archibald m’aura reconnu. Il me reconnaîtra, même si je ne dis rien !… Aie pitié de moi !…
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