Chapitre 12

587 Words
Mais, cependant, pour être sincère, pour être tout à fait sincère, il y a des moments de mes nuits actuelles où je me réveille pour crier : « Et si ce n’étaient pas des mensonges ! S’il n’y avait à Black Rooks qu’une prisonnière de plus ! La prisonnière de Durin !… L’éternelle victime de Durin !… Et si… si… si elle m’appelait dans ses nuits rouges, rouges du sang d’Archibald, si elle clamait vers moi ! Grand Dieu ! c’est peut-être sa voix que j’entends, quand je me réveille avec ce mot qui peuple mes ténèbres sans les éclairer… « Mensonges !… » Seul, plus seul que jamais, cette année s’est écoulée pour le pauvre maître Antonin Rose… seul au palais, seul dans son pauvre cabinet de la rue des Bernardins… Les deux charmantes sœurs (pourquoi vous en parler ? elles me sont, je vous assure, devenues tout à fait indifférentes, mais je vous en parle parce que j’ai reçu la visite de Clotilde, hier)… Je vous disais donc que les deux charmantes sœurs ont déménagé, pour se rapprocher du grand établissement de crédit dans lequel est entrée la doctoresse en droit… Je n’entends plus dactylographier, pour la rue Henner, de l’autre côté du mur… Tant mieux, j’ai d’autres bruits dans la tête… Mais parlons de la visite de Clotilde. Les vacances sont proches, me dit-elle. Vous reverrons-nous, cet été, dans notre villa de Lion-sur-Mer ? Vous savez que votre couvert y sera toujours mis ! » Je remerciai. Ni oui, ni non ! Est-ce que je sais ? « Ça va, les affaires ? – Ni plus ni moins ! Ah ! mademoiselle Clotilde. Je m’ennuie ! je m’ennuie !… – Venez avec nous, je vous donnerai des leçons de droit financier. » Je l’ai laissée partir ! Elle m’ennuie, celle-là, avec son droit financier. Mais elle est bien charmante tout de même… Et elles sont arrivées, les vacances. Et me revoilà au même point que l’an dernier… Et, dans mes dossiers d’office, je ne retrouve plus un Durin ! Tout de même, je ne vais pas le regretter !… Ah ! ces couloirs déserts, ces salles abandonnées… ces gagistes qui vous regardent passer avec un mauvais sourire pour votre misère !… Il y a des dates, qui comptent pour moi ! L’an dernier, ce jour-là, tu te trouvais pour la première fois en face de Durin !… Tu te souviens, la nuit, au bord de la mer, sur le sable noir et chaud… Et cette nuit où tu gagnais un million !… Un million !…Et le souper dans l’hôtel Boieldieu, le litre de rouge sur la table de la cuisine, après… après l’affaire ! Et le coup du départ de l’hôtel de Paris-Plage, Mon Dieu ! avons-nous ri !… Et trompette ! Et Georgette !… Ah ! tais-toi ! tais-toi, mon cœur !… Là-bas, un garde me fait signe… Tâchons de gagner notre dîner… Et puis, non, zut ! je n’ai pas le caractère ouvrier aujourd’hui ! « Renvoi après vacations ! Renvoi après vacations ! » Un télégramme pour moi ! Un télégramme de Deauville… mon cœur bat… mon cœur bat ! Oh ! Helena !… Oh ! Helena !… : « Faisons un tour le long de la côte ; pensez à nous. Clotilde. » Je la déteste, cette Clotilde !… C’est ton appel que j’attends, Helena !… ton appel !… ton appel qui m’apprendra peut-être enfin la vérité… toute la vérité… Viendra-t-il ?… N’ai-je plus rien à apprendre ?… FIN !!!
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