Chapitre 7 : L'Inévitable Effet de Contrepartie

980 Words
Charnelle Je passai le reste de la journée dans une sorte de léthargie, me forçant à travailler, à répondre aux emails, à participer aux réunions, mais chaque geste était automatique. Mon esprit, lui, était ailleurs. Il n'arrêtait pas de revenir à Adrien, à ce qu'il avait dit, à la manière dont il s'était comporté. C’était comme si ses mots tournaient en boucle dans ma tête, de plus en plus présents, de plus en plus insistant. Je savais que je ne pouvais pas continuer ainsi. Que je devais prendre une décision. Mais chaque tentative de rationaliser les choses échouait. L'attirance que j'éprouvais pour lui n'était pas simplement physique. C'était bien plus complexe. C'était comme un enchevêtrement de désirs, de peurs et de curiosités que je n'arrivais pas à démêler. Et chaque minute passée à lui résister ne faisait que renforcer l'intensité de ce que je ressentais. Quand je partis du bureau ce soir-là, le soleil était encore bas, mais une chaleur étouffante envahissait l'air. Mes pensées étaient lourdes, oppressantes, et je ne pouvais m'empêcher de repenser à cette distance entre nous, ce que nous avions dit, mais aussi ce que nous n’avions pas dit. Il m’avait laissée avec une sensation étrange, une sorte de promesse non formulée. En rentrant chez moi, je me laissai tomber sur le canapé, les yeux fixés sur le plafond. Je n'avais plus d'énergie pour réfléchir, encore moins pour analyser tout ce qui s’était passé au bureau. Mais malgré mes tentatives de me détourner de tout ça, je savais qu’une part de moi était déjà piégée. Il avait raison. Je n’avais pas seulement été attirée par lui, j’avais aussi été poussée par une curiosité presque irrépressible, un besoin de découvrir ce qui se cachait derrière cette barrière professionnelle, cette façade qu’il entretenait avec tant de brio. Je laissai échapper un soupir, m’enfonçant davantage dans le canapé. Puis, sans vraiment y réfléchir, je sortis mon téléphone et ouvris son message de la veille. L’échange avait été court, mais l’impact qu’il avait eu sur moi était bien plus profond. Il n'avait pas attendu que je sois prête, il m’avait forcée à regarder les choses en face. Chaque mot, chaque phrase, semblait peser sur mes épaules. Une vibration me fit sursauter. Un nouveau message. Adrien. “Je sais que tu penses encore à notre conversation d’hier. Tu n'as pas à tout comprendre tout de suite. Mais tu sais, tu n’es pas seule dans tout ça. Je suis là si tu veux en parler.” Je me mordis la lèvre inférieure en lisant ces mots. Pourquoi était-il si persistant ? Pourquoi, même après m’avoir laissée dans cet état de confusion, se sentait-il obligé de revenir à la charge ? Je n'avais pas besoin de ses paroles de réconfort. J'avais besoin d'espace, d’air, de distance. Mais quelque part, au fond de moi, je savais que je ne pourrais pas repousser cela indéfiniment. Une partie de moi, peut-être la plus profonde, se sentait rassurée par sa présence, par son assurance. C'était comme si, à travers ses messages, il me tendait une main, me guidant dans un labyrinthe que je ne connaissais pas encore. Je voulais résister. Je devais résister. Mais pourquoi alors cette envie de lui répondre, de lui faire savoir que j’étais là, que je ressentais cette même tension qui se cristallisait entre nous ? Je pris une profonde inspiration, mes doigts hésitants au-dessus du clavier de mon téléphone. J'allais lui répondre. Mais que devais-je lui dire ? Un message s’écrivit tout seul, presque sans que je n’y pense : “Je pense que tu as raison. Je ne peux pas ignorer ce que je ressens, mais je suis perdue. J’ai peur, Adrien. J’ai peur de ce que cela pourrait devenir.” Je relus le message. Il était sincère, presque vulnérable. C’était la première fois que je laissais mes peurs et mes doutes s’exprimer aussi clairement. Mais pourquoi avais-je eu besoin de lui dire ça, à lui, de tous les hommes ? Pourquoi me livrais-je à quelqu’un que je savais être aussi imprévisible, aussi… dominant dans sa manière d’être ? Je laissai le téléphone sur la table. Mon cœur battait plus fort. J'avais l'impression d'avoir franchi une ligne invisible, une ligne que je ne pouvais plus effacer. Il n’y avait pas de retour possible. Même si je voulais, je savais qu'une partie de moi était déjà allée trop loin dans cette direction. Une réponse arriva presque immédiatement. “La peur est normale, Charnelle. Mais ne laisse pas cela t’empêcher de vivre ce que tu ressens. La seule façon de savoir ce que cela peut devenir, c’est de l’accepter. Nous avons tous nos peurs, mais il est temps de les affronter.” Ses mots résonnaient dans ma tête comme un écho. Il n’avait pas tort. Il avait raison, même si cela m’effrayait. Combien de fois avais-je vécu dans la peur de ce que les autres pourraient penser, ou du jugement que l’on pourrait avoir sur mes choix ? Et si cette fois, je laissais tout cela de côté et je me laissais simplement guider par ce désir, cette attirance qui m’électrisait et m’effrayait à la fois ? Je me levai du canapé, marchant dans la pièce comme si la réponse que j’allais donner allait décider de tout. Je m’approchai de la fenêtre, observant les rues sombres en contrebas, me perdant dans la réflexion. Si je répondais, il n’y aurait pas de retour en arrière. Si je laissais ma main trembler sur le clavier, je m’abandonnerais à cette folie, à ce jeu dangereux qu’il m’avait tendu. Alors, pourquoi hésiter encore ? Je pris une décision. Un dernier message, une dernière tentative. Je me posai devant mon téléphone, mes doigts pressant doucement les touches. “D’accord. Je vais te suivre, Adrien. Mais sache que ce n’est pas facile pour moi. Je suis prête à explorer ce que tu proposes, mais seulement à ma façon.”
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