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488 Words
10« Le gros con ». C’est ainsi qu’Alba Dervishaj l’appelait, aujourd’hui encore. Le gros con, celui dont elle était tombée éperdument amoureuse, sur qui elle avait misé toutes ses espérances d’avoir enfin trouvé le prince charmant, et qui l’avait finalement trahie, bêtement, en lui mentant. Cent quatre-vingts jours s’étaient écoulés entre leur premier et leur dernier contact par Messenger. De la naissance de l’amour aux derniers remugles de la haine. De la passion à la destruction. Aujourd’hui encore, elle ne pouvait pas penser à lui sans pousser un soupir. Ce n’était pas de la jalousie, non. À l’inverse de son premier amant qui la trompait ouvertement avec d’autres femmes et avait ruiné le reste de confiance qu’elle aurait pu encore avoir envers les hommes, le gros con était fidèle. Elle l’avait toujours su. Mais ses petits mensonges sans conséquence avaient fini par tout ruiner. Elle s’en voulait d’avoir été à la fois si fragile et brutale, de ne pas avoir su lui pardonner. Au fond d’elle-même, elle savait qu’il resterait à jamais l’amour de sa vie, le seul. Mais elle avait préféré rompre tout contact. C’était ainsi, son mode de fonctionnement, sa carapace. Installée bien tranquillement dans sa petite chambre à l’étage, Alba attrapa le téléphone portable qu’elle avait subtilisé à Aureola et composa le numéro qui figurait sur la carte de visite remise par le flic. Elle tomba sur une boîte vocale. — Vous êtes en relation avec le commissaire Tristan Kramer, je ne suis pas disponible pour l’instant. Laissez-moi un message et je vous rappellerai dès que possible. Il y eut un bip sonore. Elle parla à voix basse. — Pour l’attentat, intéressez-vous à un certain Florent. S’il figure parmi les victimes, c’est un coup de Berti Balla. Elle raccrocha et sourit. Depuis qu’elle avait quitté le gros con, Alba était retournée à ses premières pulsions et n’avait aimé que des filles. Plus jamais d’hommes. Les clients ne comptaient pas. Eux, c’était du bétail. Florent, lui, avait voulu l’aider. Sincèrement. Ce n’était pas un client. Elle ne l’avait jamais vu. Ils n’avaient échangé que par Messenger. Il n’y avait jamais eu la moindre ambiguïté entre eux, aucune avance, pas de sexe virtuel. Il s’était un jour présenté à elle de manière anonyme, en lui disant qu’il enquêtait au Kosovo sur le réseau de Berti et qu’il cherchait à monter un dossier. Il travaillait pour une organisation humanitaire chargée de traquer le trafic d’êtres humains. Elle y avait vu une chance d’accélérer le terme de son calvaire et lui avait donné certains renseignements. Récemment, il lui avait proposé de la rencontrer à Neuchâtel. Il avait, disait-il, des relations dans la police, et chez les juges, aussi. L’échange en était resté là. Depuis mardi, elle n’avait plus aucune nouvelle. Le rendez-vous avait été fixé dans un endroit un peu éloigné de Neuchâtel, au restaurant Engelberg, à Twann, au bord du lac de Bienne. Elle y était allée à l’insu de Berti et de Marku, mais Florent n’était pas venu. Depuis, elle vivait avec la peur au ventre de se faire surprendre par le réseau. Et l’intervention des flics au Perla Blu, l’altercation avec cette conne d’Aureola n’avaient fait qu’augmenter son inquiétude. Ça ne pouvait pas continuer ainsi. Elle risquait sa vie. C’était décidé. Elle devait agir.
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