Six ans plus tard:
~ Samira Cherifa Bah ~
Le chauffeur se gare devant la maison de mes grands parents et mes petits frères et moi fais un cours pour y entrer. C'est toujours un plaisir de passer du temps avec eux. Même si des fois ils ont a***é un peu, oubien que mamie m'a mis de côté depuis l'arrivée de ma petite sœur, Aicha, son homonyme.
_Salut mamie. Crient les jumeaux en se jetant sur elle.
Adossée à l'entrebâillement de la porte, les bras croisés et un sourire d'extase scotché aux lèvres, j'observe la grande mère et les jumeaux: Aicha et Aboubakr, discutés avec enthousiasme. Six ans maintenant que ces deux petits anges illuminent nos vies; je n'arrête pas de moi demander un commentaire serait nos vies sans eux. Et dire que maman avait failli faire une crise quand elle était comme elle était enceinte de l'autre. Je me rappelle du jour où elle était lieu dans ma chambre, toute triste et nerveuse. J'avais deviné que quelque chose n'allait pas et j'avais même conclu que c'était lié à moi. Oui la tristesse de ma famille est tout le temps lié à moi et mes problèmes de santé. Bref, elle est entrée dans ma chambre super nerveuse. C'était deux mois après ma greffe du cœur et j ' apprenais à vivre ou survivre de nouveau, avec le cœur d'un notre à la place du mien. Le cœur de mon bienfaiteur, dont j'ignore toujours l'identité.
Maman avait franchi les quelques pas qui nous séparaient avant de venir prendre place à mes côtés, au milieu du lit. Quelques minutes de silence s'étaient écoulés, temps pendant lequel elle jouait avec mes cheveux, l'esprit ailleurs. Moi, je n'arrive pas à penser à autre choisi, toute mon attention était tournée vers elle et ce qu'elle va m'annoncer dans les minutes qui vont suivre. C'était tout le temps comme cela. Elle avait tout le temps du mal à moi dire ce qui n'allait pas avec moi et ma santé.
Pourtant, pour une fois j'avais espéré aller mieux. Mon opération c'était très bien passé d'après mon docteur ainsi que les quelques semaines de réadaptation que j'ai eu à faire, donc je ne comprenais pas et j'étais anxieuse. N'arrivant plus à supporter le silence qui surplombe l'habitacle, je prends le devant et demande à ma mère ce qui n'allait pas. Et de fil à aiguille, elle avait fini par m'annoncer que je vais bientôt avoir une petite sœur ou un petit frère, elle avait dit avec une telle tristesse, la culpabilité se lisait sur son visage à des milliers de kilomètres et ma seule question était: pourquoi? Parce que moi, apprendre une telle nouvelle m'avait rendu plus heureuse que jamais. J'allais avoir un petit frère ou une petite sœur, j '
L'arrivée d'un enfant est toujours signe de joie, annonciateur d'un événement heureux et on en avait amplement besoin dans notre famille. Avec mon grand frère Mohamed, c'est l'amour fou, il ne jure que par moi, au début je trouvais cela mignon mais maintenant, je le trouve plutôt exagéré et exaspérant; il passe son temps à me surveiller. Selon mes parents, Mohamed était aussi excité que moi à l'idée d'avoir une petite sœur et le fait que je sois venue au monde avec une maladie, a agrandi son amour pour moi. Il veut me protéger de tout et de tout le monde. Il est mon double.
Le visage que j'ai arboré après l'annonce de mum, a eu dont d'adoucir le sien. Elle était étonnée et à la fois soulagée de ma réaction. Je me demande à quoi elle s'attendait. Ma mère a eu sa petite sœur à vingt ans et je sais qu'elle a souffert d'être enfant unique, sa petite sœur Bella a grandi avec nous, je la considère plus comme ma sœur que ma tante, des fois j'ai même l'impression que mum l'aime plus que nous ses enfants, même si maintenant elle est mariée et vit loin de nous. J'ai toujours rêvé d'avoir une grande famille, il n'y a pas mieux. Mes parents aussi voulaient une grande famille étant enfant unique tous les deux, mais le fait que je sois venue au monde avec une telle maladie, a brisé beaucoup de rêves et d'espoir et je me sens coupable. Une chose est sûre, avoir Aicha et Aboubakr était une bénédiction de Dieu, et ils sont arrivés au moment parfait.
_Samira !!! M'interpelle mamie.
Je souris en secouant la tête pour me reprendre, et traverse les quelques mètres qui nous séparent.
_Hey mum comment tu vas ? Allez Aicha pousse toi maintenant.
_Non toi pousse toi, sans homonyme que tu es.
_Rohhh dis plutôt que tu es jalouse parce que mon nom est unique et spécial.
_OK ! Vous deux ça suffit.. Intervient mamie, allez je vous attendais pour manger. Dit-elle en se levant. Nous faisons de même.
Chez mes grands parents, personne ne mange à table. On étale un tapis par terre et nous mangeons tous ensemble. Mum voulait instaurer la même chose chez nous et disons que ça a marché les deux premières semaines après, retour à la case départ.
_Alors ça y est, notre petite princesse part pour de vrai ? Me questionne mamie alors qu'on était dans la cuisine en train de réchauffer la nourriture.
_Yeah pour de vrai, je suis venu vous dire au revoir, je voyage demain matin. Ohh mum si tu savais à quel point je suis excitée. J'ai même peur que mes parents changent d'avis, Majid me laisse partir à contre cœur.
_Majid ? Encore ? Ne m'enerve pas Samira. Grogne mamie faussement vexée. Comme si sa fille à elle disait papa. J'ignore royalement ses menaces, personne ne va gâché mon humeur d'aujourd'hui. Je pars en vacances toute seule et pour la première fois depuis mon existence. C'est quand même énorme. Chaque année avec mes parents nous partons en vacances, mes parents avant leur mariage, avaient décidé de faire le tour du monde juste après leur union, mais Mohamed est venu au monde quelques mois après et a gâché tous les projets. C'est pour cela qu'on l'appel flash, le bébé le plus rapide de la planète, moi perso je l'appel par le vrai nom de flash ; c'est mon Barry Allen. Donc pour se rattraper, chaque année nous partons en vacances, pour visiter un nouveau pays, de nouveaux horizons. Et c'est la première fois qu'on me laisse voyager toute seule, so vous sentez un peu ma joie ?
_Tu vas me manquer mum, surtout tes plats.
_Ne pars pas alors, reste à côté de ta mamie préférée.
_Lol c'est facile parce que tu es ma seule mamie. Mais franchement j'ai besoin de ses vacances mum et je les ai mérités tu ne trouves pas ?
_Si, mais.....
_Mais rien du tout, Papa avait dit que j'aurais mes vacances solo quand je vais décrocher mon bac, et je l'ai fais, avec brio même. Allez moi j'ai faim, en plus tante Binta a dit à maman qu'elle va prendre des vacances juste pour me surveiller. Tu verras tout va bien se passer.
_In shaa Allah, Cherifa. Finit-elle en me pinçant les grosses joues, rohhh je déteste cela.
Dans une ambiance bon enfant, nous partageons un repas succulent digne de ma mamie et nous passons le reste de la journée à faire crier grand mère. Dix huit heures, maman passe nous prendre pour rentrer chez nous et mon excitation ne faisait que grandir. J'avais hâte d'être à demain matin.
Nous avons tous un ou des amis (e) avec lesquels nous avons grandi, partagé notre enfance, nos moments de joies, nos souvenirs les plus fous. Un ami avec lequel nous partageons tous, avec qui nous nous sentons tellement proche que quand on se sépare nous avons l'impression d'être séparé d'une partie de nous, un ami avec lequel l'impossible devient possible. Les miens sont Asma et Moustapha et cela fait six longues années qu'ils sont loin de moi, c'est juste horrible.
Je me rappelle de tous les moments que nous avions eu à partager, ils me redonnent le sourire quand je vais mal. Je me rappelle en classe, lorsque je me mettait juste à tousser et que Moustapha s'affolait, on était que des gosses et pourtant on était tout le temps là, l'un pour l'autre. Asma quant à elle, je crois que nous étions destiné à être meilleure amie bien avant la naissance, tout comme ma mère et tante Binta, elle est mon binôme. Tous les trois, on vivaient dans le même quartier à Dakar et fréquentaient la même école, c'était la bonne époque.
Je revois ici le jour où tout a changé. Je portais une robe bleue et mes cheveux étaient en bataille, je venais de terminer mon combat quotidien avec mon frère Mohamed et, puisque même marché de la cuisine jusqu'au jardin me rendait épuisé, j'étais exténué et j'avais même du mal à parler. Moustapha et Mohamed me fixaient ahuri, ils pensaient que j'étais en train de rigoler, comme à mon habitude. Ce n'est que lorsque je suis tombée dans les pommes qu'ils ont su que j'étais alors sérieuse. Je m'étais endormi dans notre jardin pour me réveiller dans une chambre d'hôpital à des milliers de kilomètres de mon chez moi. Et c'est depuis ce jour que je n'ai pas revu mes deux amis.
Après ma greffe du cœur, mes parents ont décidé de s'installer aux côtés de mes grands parents, dans notre maison au pays. Avec ma maladie et l'arrivée des jumeaux, c'était pas évident pour ma mère de s'en occuper toute seule sans oublier son travail. Donc nous sommes partis vivre En Guinée, à côté de nos grands parents et deux ans après la naissance des jumeaux, maman a reprit les rênes de la filiale qui s'y trouvait. Avec mes frères on se sentais vraiment chez nous et bien entourée. On ne pouvait pas espérer mieux car on avait des parents doubles.
Et après six ans de négociations, je peux enfin m'envoler toute seule pour aller rejoindre mes amis, même si c'est juste pour un moi, je sens que ça sera un mois inoubliable.
~Mohamed Amir Fall~
Les écouteurs aux oreilles, téléphone en poche, valise dans la main. Je hèle un taxi devant la maison avant de m'y engouffré, direction l'aéroport.
Dix longues années que je n'ai pas mis les pieds dans mon pays natal. Et si j'avais écouté ma mère, c'est sûr que j'allais retaper une autre dizaine d'années avant d'y remettre pieds. En parlant de ma mère, je regrette un peu de m'être pris la tête avec elle avant de quitter la maison. C'est bien la première fois que je me rends à l'aéroport sans elle. Malgré mes vingt ans, je dépend toujours de ma mère, elle me materne comme un nourrison et le décès subit de mon jumeaux, Mohamed Amine, en est la cause. Étant donné que mon père et elle ce n'est pas la grande joie, je suis la seule personne qu'il lui reste. J'aime ma mère puisque tout et je ferais n'importe quoi pour elle, mais pour mon propre bien, je dois prendre du recul, m'éloigner un peu et quoi de mieux qu'un retour aux sources. Ma grande mère paternelle n'arrête pas de me réclamer et je ne sais pas combien de temps il lui reste.
Je ne connais pas le Sénégal, car la dernière fois que j'ai été là-bas je n'avais que dix ans et je ne sais pas comment y vivre, mais pour les deux prochains mois, je ferais le nécessaire pour apprendre.
Depuis la mort de Amine j'ai envie de partir, de m'évader, oublier. Même si avec ma mère nous partons tout le temps en vacances, je crois que j'ai besoin de me retrouver. Ce n'est pas pour rien que j'ai opté pour la médecine, mes parents ne le disent jamais mais je sais que je suis responsable de la mort de mon frère. Il ne voulait pas sortir ce soir, comme d'habitude, mais j'avais quand même réussi à le convaincre et par ma faute nous sommes sortis, et nous nous sommes retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Et tous les deux nous y avons laissé nos vies, parce que oui j'ai cessé de vivre depuis ce fameux soir, ce fameux 18 mars. Une date qui sera à jamais graver dans mon cœur.
Mon oncle est médecin et je compte allaiter mon stage dans son cabinet et en même temps re-découvrir mon chez moi, ainsi que ma culture. Je ne sais pas ce qui m'attend, mais je sens que ce sera un moment inoubliable.
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Salam alaykoum la famille. Je suis tellement navrée pour ce long retard et je crois que si je n'avais pas écrit aujourd'hui, hummmm oubliez les menaces.
Voilà donc notre première partie. Je sais que ce n'est pas trop top mais ce n'est que le début. Donnez vos avis et n'oubliez pas de voter.
Désolé pour les fautes.
Reine
10/03/2017
22:22 (un magnifique beau gosse pense à moi. Je le sais, je le sens )