PDV de Laurent
Je suis très inquiet pour Gabriella, ma sœur adoptive. Je n'aime pas la considérer comme telle, mais je n'ai pas d'autres choix puisque je fais partie de la famille BELMONT.
Je suis un enfant adopté depuis que je suis arrivé dans cette famille quand j’avais huit ans.
Je l’ai toujours su et je n’ai jamais été traité différemment pour autant.
Gabriella n’avait que trois ans et avait un cœur en or. Elle était discrète, gentille, attentionnée envers son prochain.
Elle ne me connaissait pas encore, et pourtant, elle est restée avec moi tout le long de ma première nuit pour me réconforter.
Je pleurais, à ce moment-là, la perte de mes parents dans un accident d'avion. Nos familles étaient en affaires depuis des années. Lorsque Bernard BELMONT a appris le drame survenu à mes parents, il a tout de suite fait le nécessaire pour que le tribunal valide mon adoption chez eux. Je ne l'ai su que bien plus tard qu'il avait joué de son influence pour m'aider.
Peut-être qu'il y avait plus que des affaires entre nos familles, mais je n'en ai jamais découvert plus.
Malgré les chagrins de la perte de ses parents, le cœur de Gabriella est toujours le même aujourd’hui.
Elle est toujours la même petite fille que j'ai connue et que j'aime depuis que nous sommes enfants.
Pas comme un frère aime sa sœur !
Mais comme un homme aime une femme !
Je sais que ce n’est pas bien, pas très conventionnel.
Pourtant, je ne peux pas m’en empêcher.
Je sais qu’elle ne partage pas mes sentiments et je les étouffe depuis des années pour qu’elle puisse être heureuse avec l'homme qu'elle aime.
Éric et elle viennent de se marier dans notre jardin il y a à peine une heure. Pourtant, ils ont actuellement tous les deux disparus depuis un bon moment.
Elle s’est éclipsée à l’étage depuis maintenant trente bonnes minutes pour partir à la recherche d’Éric, son mari, qui avait, lui aussi, disparu depuis bien plus longtemps.
J’ai contenu ma rage pendant le mariage pour ne pas l’interrompre et ne pas lui déclarer mon amour devant tous nos invités.
C'est douloureux de voir la femme que tu aimes épouser un autre devant toi et que tu ne puisses rien y faire.
Je pars à leur recherche et croise ma belle-mère dans le salon avec notre gouvernante et je m’arrête devant elles.
« Tu as vu Gabriella et Éric ? Ils devraient être là pour porter leur toast depuis un moment. »
Jacqueline NORWOOD-BELMONT est notre belle-mère et la mère de Nora, notre demi-sœur. Elles sont entrées dans notre vie un peu plus d'un an après la mort de Graziella BELMONT, ma mère adoptive. Elle était aimante et attentionnée à nos besoins, tout comme sa fille. Elles se ressemblent beaucoup toutes les deux, tant physiquement qu'intérieurement. Contrairement à Jacqueline et Nora qui ne nous aiment pas Gabriella et moi et cela se ressent très clairement quand notre père n'est pas dans la pièce.
« Non, ils ont dû se trouver un coin tranquille pour se reposer un peu ou pour roucouler, je suppose. » répond-elle un peu défensivement.
Je suis très attentif et très observateur depuis ma plus tendre enfance concernant cette femme et sa fille quand il s’agit de nous.
Je remarque ce changement subtil chez ma belle-mère que je connais suffisamment pour savoir qu'il y a quelque chose qui ne va pas.
Je me tourne ensuite vers Etna et lui demande si elle l'a vue. Elle me confirme que oui et qu'elle se dirigeait vers l'étage après être venue en cuisine.
« Très bien, je vais voir si je les trouve. Les invités s’impatientent ! » dis-je en me dirigeant vers l’étage.
Je jette un coup d’œil derrière moi pour voir Jacqueline sortir son téléphone dès que je me suis suffisamment éloigné.
Il se prépare définitivement quelque chose. Il faut absolument que je trouve Gabriella et Éric rapidement.
J’envoie un SMS à mon assistant, Nathan, pour lui demander de localiser le téléphone de Gabriella urgemment et poursuit ma recherche. Nathan m’appelle à peine deux minutes plus tard.
« Elle se trouve actuellement à votre étage de la maison. »
« D’accord, j’y vais tout de suite ! »
Je suis actuellement au premier étage.
Je venais juste de vérifier le bureau de notre père que Gabriella utilise de temps en temps depuis sa mort pour se sentir plus près de lui.
Je le sais parce que je fais pareil par moment et je suis déjà tombé sur elle par hasard.
Gabriella et moi nous ressemblons beaucoup sur certains aspects, celui-là en fait partie.
Je monte les marches quatre à quatre qui mènent au deuxième étage en direction de sa chambre. Je suppose qu'elle s'y trouve, mais j'entends des éclats de voix dans la chambre nuptiale.
Je m'approche donc rapidement de la chambre et trouve Gabriella, la femme que j'aime, allongée sur le sol en sang avec Éric au-dessus d’elle avec un couteau à la main.
« NON ! »
Je vois rouge et crie en voyant la scène. J'attire l’attention de tout le monde dans la pièce.
Je suis dévasté par l’action que mon beau-frère vient de faire. Il vient d’enfoncer le couteau dans la poitrine de sa femme devant mes yeux. Je me fige quelques secondes et bouge rapidement ensuite.
Je repousse violemment Éric de côté, m’agenouille près de Gabriella et la prend dans mes bras aussi doucement que possible.
« Je vais t’emmener à l’hôpital, ne t’en fais pas, je vais te sauver ! » dis-je en embrassant le front de ma sœur.
Éric trébuche à côté de moi avant de se stabiliser.
« TU CROIS QUE TU VAS SORTIR D’ICI AVEC ELLE POUR LA SAUVER ? TU RÊVES ! »
Éric est hystérique à côté de nous en enfonçant son couteau de manière maniaque dans mes côtes à plusieurs reprises.
Est-il devenu fou ?
Je sers les dents alors que la douleur se propage dans tout mon corps rapidement.
Ma rage contre lui est plus forte que la douleur que je ressens pour mes blessures et je lui hurle dessus de toutes mes forces.
« C’EST TA FEMME ! TU VIENS TOUT JUSTE DE L’ÉPOUSER ET DE PROMETTRE DE PRENDRE SOIN D’ELLE ? BORDEL ! POURQUOI TU LUI FAIS ÇA ? »
« Parce que je veux quelque chose qui lui appartient et dont j’ai besoin pour pouvoir diriger la société sans contrainte. Le poste de PDG ne me suffit pas, je veux aussi les actions qui sont en sa possession. C’était le plan dès le départ. »
Il n’y a aucun remords dans sa voix, juste une vérité brute et malsaine. Comment ai-je été aussi aveugle de laisser la femme que j’aimais entre ses mains ?
« Et toi ? Pourquoi tu participes à tout ça ? C’est ta sœur bon sang ! » interroge-je en tournant mon regard vers Nora qui est visiblement en état de choc du geste d’Éric.
« Je… Elle n'a jamais été ma sœur ! »
Nora bégaie, incapable de répondre de manière cohérente, avant de se reprendre.
Elle a les cheveux en bataille, la robe à moitié relevée.
En observant cela, je parcours aussi Éric du regard. Leurs deux tenues sont légèrement débraillées.
Il ne faut pas sortir de Saint-Cyr pour comprendre que Gabriella les a surpris dans une position compromettante.
Comment peut-il même préférer Nora à Gabriella ?
Ca me dépasse !
Je les regarde avec dégoût et sors mon téléphone de ma poche de pantalon de costume, mais il tombe sur le sol.
Je m’affaiblis rapidement. Trop rapidement !
Éric a forcément touché des organes vitaux pour nous deux.
Parce que nous perdons beaucoup trop de sang en si peu de temps. Ce n’est pas normal.
Gabriella est tellement faible dans mes bras que je pleurerai si je n'avais plus urgent à faire actuellement.
Je tente de récupérer mon téléphone, mais Éric est plus rapide que moi et le repousse loin de moi à l’autre bout de la pièce.
« Nora, ils sont presque morts, il faut qu’on parte avant que quelqu’un nous trouvent avec eux. Vite ! Dépêche-toi ! »
Éric lui tire le bras pour l’emmener avec lui.
Nora réagit et suit Éric hors de la pièce en jetant un dernier coup d’œil vers nous.
‘Maudis sois-tu Éric GIBSON ! Et maudis sois-tu Nora NORWOOD !’
Nous restons, Gabriella et moi, dans la pièce, seuls, toujours dans les bras l’un de l’autre en train de nous vider de notre sang.
Après le départ des deux complices, j’appelle à l’aide, mais n’obtiens aucun secours.
Nous sommes au deuxième étage, dans la pièce du fond du couloir. Avec le bruit de la fête qui bat son plein dans le jardin, personne ne nous entendra. La musique est trop forte et étouffe mes cris.
Je renonce à m’épuiser davantage et garde plutôt la moindre force qu’il me reste en espérant que quelqu'un se soucierait suffisamment pour nous sauver à temps.
Je veux aller chercher mon téléphone, mais je vois Gabriella s’enfoncer lentement dans l’inconscience.
Je la secoue un peu pour la réveiller.
« Gabriella, restes avec moi, ne dors pas ! Je t’en prie ! »