Chapitre 11: Les lignes du Destin

4132 Words
La pluie s’était enfin tue, laissant sur la ville une brume argentée. Léo observait les gouttes s’évaporer sur le rebord de la fenêtre, une tasse de café fumant entre les mains. La veille encore, il doutait de tout — de lui-même, de ce qu’il représentait, de l’avenir. Aujourd’hui, pour la première fois depuis longtemps, une paix fragile s’était installée en lui. Derrière lui, Luna s’étira dans les draps, ses cheveux bruns éparpillés sur l’oreiller comme une constellation. — Tu regardes encore dehors ? murmura-t-elle d’une voix encore voilée de sommeil. — Je réfléchis. — À quoi ? — À ce qui nous attend, répondit-il en se retournant. À ce qu’on va devoir affronter. Luna sourit faiblement. Elle connaissait cette expression. C’était celle qu’il avait chaque fois que la réalité reprenait le dessus sur leurs moments volés. Depuis qu’ils avaient décidé de ne plus se cacher, tout avait changé. Leur lien, évident, n’était plus une promesse silencieuse : c’était un engagement, une force. Elle se leva, passa une chemise sur ses épaules et s’approcha. — On ne peut pas tout contrôler, Léo. Tu le sais mieux que personne. — Je sais… Mais je ne veux plus qu’on nous sépare. Ni par eux, ni par le passé. Un silence se posa entre eux. Les “eux” qu’il évoquait étaient clairs : le Consortium, les ombres qui rôdaient encore derrière les sourires et les alliances de façade. Depuis la chute de Lucky, un calme trompeur régnait. Gabriel, de son côté, continuait d’être un pilier loyal, mais même lui sentait que quelque chose se tramait. Léo posa sa tasse, puis attira Luna contre lui. — On va devoir bouger. Le message que Gabriel a intercepté hier parle d’une nouvelle cellule en activité. — Une cellule ? Où ça ? — Au sud. Dans la zone portuaire. Il pense que c’est lié à ce qu’on a trouvé à la planque de Lucky. Luna fronça les sourcils. — Tu crois que c’est une reprise du réseau ? — Non, répondit Léo. Pire. Une réorganisation. Quelqu’un prend la relève. Le regard de Luna se fit plus grave. Elle savait ce que ça impliquait : plus de dissimulation, plus de compromis. Le combat reprenait. --- Ils rejoignirent Gabriel au point de rendez-vous en fin de matinée. Il les attendait près d’un vieux hangar abandonné, vêtu de noir, un talkie dans la main. — Vous avez mis le temps, lança-t-il en guise de salutation. — Certains ont besoin de café avant de sauver le monde, répondit Luna avec un sourire malicieux. — Je te reconnais bien là, répliqua Gabriel, esquissant un sourire. Il jeta un regard à Léo, plus sérieux. — Le signal vient de là-dedans. On a intercepté plusieurs communications cryptées depuis deux jours. Toujours le même code. Et tu ne vas pas aimer ce que j’ai découvert. Léo haussa un sourcil. — Vas-y. — Quelqu’un utilise ton ancien identifiant. Le silence qui suivit fut lourd. Léo sentit un frisson lui parcourir la nuque. — Impossible. Cet identifiant a été supprimé il y a des années. — C’est ce que je croyais aussi. Mais le système ne ment pas. Et celui qui s’en sert connaît tes méthodes. Même ton code d’accès vocal. Luna posa une main sur son bras. — Tu penses à quelqu’un ? — Non… mais ça veut dire qu’on a une taupe. Quelqu’un qui a accès à nos anciens fichiers. Gabriel acquiesça. — J’ai isolé trois noms possibles. Mais avant d’aller plus loin, il faut qu’on récupère la clé source. Elle est probablement dans les serveurs de la zone portuaire. — Alors on y va, trancha Léo. Ce soir. --- Le soir, la pluie reprit, battant contre les tôles rouillées du hangar. Trois silhouettes se faufilaient dans les ruelles humides, évitant les projecteurs. Léo menait la marche, son regard fixé sur l’entrée de service. Luna le suivait, silencieuse, ses pas calqués sur les siens. Gabriel couvrait leurs arrières. Une fois à l’intérieur, l’air était chargé de poussière et de métal brûlé. Des câbles pendaient du plafond comme des serpents endormis. — Je prends le côté est, dit Gabriel. Vous deux, fouillez le centre. Léo acquiesça, puis s’avança avec Luna vers une porte scellée. Il sortit son dispositif de décryptage, un petit écran vert pulsant doucement. — Trente secondes, murmura-t-il. Mais à vingt-cinq, un bruit sourd retentit derrière eux. Luna dégaina instinctivement son arme. — Léo… on n’est pas seuls. Une ombre se détacha de la pénombre. Une voix grave s’éleva : — Tu es revenu, Léo Leger. Je me demandais combien de temps tu mettrais à comprendre que ton passé ne t’appartient plus. Léo se figea. Il connaissait cette voix. Et son cœur s’arrêta quand la silhouette s’avança dans la lumière. C’était Ethan. Son ancien frère d’armes. Disparu depuis trois ans. Léo resta immobile, le souffle coupé. L’écho de la voix d’Ethan résonnait encore dans l’immense hangar. Pendant une fraction de seconde, il eut l’impression que le temps s’était figé autour d’eux. Le passé, qu’il croyait enterré, venait de revenir sous la forme la plus imprévisible qui soit. Ethan avança lentement, sortant de l’ombre. Ses yeux gris brillaient d’une froide assurance, mais Léo distingua derrière ce masque un éclat qu’il connaissait bien : celui d’un homme brisé. Il portait une veste sombre, le col relevé, et sur son avant-bras gauche, l’ancien insigne du groupe qu’ils avaient formé autrefois. — Je t’avais dit qu’on se reverrait, murmura Ethan d’un ton calme, presque trop calme. Léo serra les poings. — Tu étais mort. — C’est ce qu’ils t’ont fait croire. Et toi, tu n’as jamais cherché à savoir la vérité. Luna, qui se tenait légèrement en retrait, observa la scène sans bouger. Elle sentait la tension électrique entre les deux hommes. Chaque regard, chaque respiration semblait sur le point de déclencher une tempête. — Comment as-tu survécu ? demanda Léo, la voix basse. — En payant le prix, répondit Ethan. Toi, tu t’es enfui. Tu as tourné le dos à tout ce qu’on était. À tout ce qu’on a juré. Les mots frappèrent Léo comme des coups. Il savait qu’Ethan ne parlait pas seulement du passé militaire ou des missions qu’ils avaient menées. Il parlait d’un serment, d’une fraternité que Léo avait dû trahir pour se sauver — et peut-être, sauver d’autres vies. — Ce serment, dit Léo d’une voix rauque, c’était une prison. On obéissait à des ordres qu’on ne comprenait pas. — Non, Léo. On se battait pour une cause. Jusqu’à ce que tu fasses tout exploser. Gabriel, alerté par le bruit, apparut à la porte du hangar, arme en main. — Qui c’est ? demanda-t-il en visant Ethan. — Baisse ton arme, Gabriel, intervint Léo. C’est… un ancien camarade. Ethan esquissa un sourire sans joie. — C’est ainsi que tu me présentes ? “Un ancien camarade” ? Après tout ce qu’on a traversé ? Il s’approcha d’un pas. Léo fit instinctivement un mouvement vers Luna, la repoussant légèrement en arrière. Ethan leva la main, comme pour apaiser. — Je ne suis pas venu pour te tuer, Léo. Pas encore. — Alors pourquoi ? répliqua Léo sèchement. — Pour te rappeler ce que tu as fui. Tu crois pouvoir enterrer ton passé, vivre ta petite vie tranquille, aimer une fille, oublier le sang qu’on a versé ? Non. Le destin ne t’accorde pas ce luxe. Luna sentit son cœur se serrer. Les mots d’Ethan semblaient dirigés contre elle. Elle fit un pas en avant. — Tu ne sais rien de lui. — Oh si, répondit-il sans la quitter des yeux. Je sais tout de lui. Peut-être même plus que toi. Son ton était si sûr, si tranchant, que Luna en resta muette. Léo, lui, ne supportait plus cette arrogance glaciale. Il s’avança à son tour, réduisant la distance. — Qu’est-ce que tu veux, Ethan ? — La vérité. Que tu me dises pourquoi tu as tout détruit. Pourquoi tu m’as laissé mourir là-bas. Un éclair illumina la verrière fissurée au-dessus d’eux, dessinant leurs silhouettes face à face. Les souvenirs affluaient dans la tête de Léo : les cris, les flammes, la mission qui avait tourné au cauchemar… et le moment où il avait cru perdre Ethan dans l’explosion. Il ferma les yeux un instant. — Parce que je n’avais pas le choix. Parce qu’ils t’auraient tué. — Mensonge, cracha Ethan. Tu as choisi ta fuite. Tu as choisi ta liberté. Et moi, j’ai payé le prix. Il sortit un petit boîtier métallique de sa poche et le lança à Léo. L’objet glissa sur le sol avant de s’arrêter à ses pieds. — Ouvre-le, dit Ethan. Tu comprendras. Léo hésita, puis s’accroupit. En l’ouvrant, il découvrit un disque de données, marqué de leur ancien code d’unité : S-09. Le souffle lui manqua. C’était impossible. Ce code avait été effacé des registres depuis des années. — Où as-tu trouvé ça ? — C’est moi qui l’ai enregistré, répondit Ethan calmement. Juste avant que tout explose. Et ce qu’il contient, Léo… c’est ce qu’ils t’ont toujours caché. Léo leva les yeux vers lui, déstabilisé. — Qui ça, “ils” ? — Ceux pour qui tu travailles sans même t’en rendre compte. Ceux qui tirent les ficelles derrière le Consortium. Gabriel s’avança, méfiant. — Tu crois qu’on va avaler tes histoires ? — Ce n’est pas une histoire, répondit Ethan en reculant. C’est la vérité. Et bientôt, tout le monde la connaîtra. Il tourna les talons et se dirigea vers la sortie. Avant de disparaître dans la pluie, il lança d’une voix froide : — Le passé revient toujours, Léo. Et cette fois, il ne te laissera pas partir. --- Léo resta figé un long moment. Luna posa doucement sa main sur son épaule. — Qu’est-ce que ça veut dire, tout ça ? — Que ce disque contient la clé… ou la fin de tout. Il serra le boîtier contre lui, le regard perdu dans le vide. Ethan était vivant. Et s’il disait vrai, alors leurs ennemis n’étaient peut-être pas ceux qu’ils croyaient. Le hangar, désormais vide, résonnait seulement du goutte-à-goutte de la pluie qui s’infiltrait par les fissures. Léo serrait le disque dans sa main, la chaleur de sa paume à peine capable de calmer le froid qui lui parcourait la colonne vertébrale. Luna et Gabriel restaient proches, leurs regards attentifs, mais chacun savait que ce moment allait changer la dynamique de leur trio. — Montre-moi ce qu’il y a dedans, murmura Luna, presque en chuchotant. Léo hocha la tête. Il connecta le disque à son appareil de décryptage portable. L’écran s’alluma, projetant une lumière verte sur leurs visages. Les fichiers apparurent, codés et étiquetés avec des noms qu’il n’avait pas vus depuis des années. Chaque ligne de données faisait battre son cœur plus vite, et un mélange d’excitation et de crainte s’emparait de lui. Gabriel se pencha pour observer. — Léo, qu’est-ce que c’est exactement ? — Je… je ne sais pas encore, répondit Léo, le souffle court. Mais je reconnais ces codes. Ce sont des archives de missions secrètes… des missions que nous avons menées… et certaines que nous n’avons jamais terminées. Luna fronça les sourcils. — Des missions… liées à qui exactement ? Léo soupira, son regard fixé sur l’écran. — Au Consortium. Et… à d’autres agences que je ne pensais plus jamais revoir. Ethan était impliqué aussi. Tout ce temps, il a été actif là où je pensais qu’il était mort. Gabriel croisa les bras, méfiant. — Donc tu dis que ton ancien frère d’armes a survécu et qu’il bosse encore pour eux ? — Pas exactement, corrigea Léo. Il a sa propre mission. Et ce disque… contient des informations qui pourraient détruire ou sauver des vies. Luna posa sa main sur l’épaule de Léo, un geste rassurant et intime. — On fera ça ensemble, Léo. Peu importe ce qu’il y a dedans. Le premier fichier s’ouvrit. Des images, des vidéos de surveillance, des documents scellés… des visages et des lieux qu’ils connaissaient. Et puis il y eut le fichier S-09-Alpha, marqué “Top Secret”. Léo sentit ses doigts se raidir. — C’est… un plan, murmura-t-il, incapable de prononcer plus de mots. Sur l’écran, les lignes de texte défilaient, décrivant des opérations coordonnées, des mouvements de troupes, et surtout : une liste de cibles prioritaires. Les noms étaient connus de Léo — certains étaient des alliés, d’autres des ennemis… mais tous étaient vulnérables. Et au sommet de cette liste : le nom de Léo lui-même. — Quoi… ? balbutia Luna. Ils veulent… toi ? — Oui… mais ce n’est pas tout, continua Léo. Il y a autre chose. Un fichier crypté, un accès restreint que seul Ethan pouvait créer. Gabriel fronça les sourcils. — Tu veux dire que ton ancien camarade a laissé ça exprès pour toi ? — Oui. Et ça signifie que tout ce qu’il a fait ces trois dernières années… n’était pas seulement pour se venger. Il voulait que je sache quelque chose, qu’il me force à affronter le passé que j’ai fui. Luna serra sa main. — Alors ce n’est pas juste une menace… c’est un message. Léo hocha la tête. — Exactement. Et ce message, s’il est mal interprété, pourrait nous détruire tous. Une alarme sourde retentit soudain dans le hangar. Léo sursauta. — Qu’est-ce que c’est ? — Détection d’intrusion, répondit Gabriel en consultant son dispositif. Plusieurs signaux ont été émis depuis l’extérieur. Quelqu’un nous a suivis. Le trio se redressa, la tension montant d’un cran. Leurs instincts de combat, aiguisés par des années d’entrainement et de missions, reprirent le dessus. Léo fit signe à Luna et Gabriel de rester silencieux. — On doit sortir d’ici, vite. Alors qu’ils progressaient vers la sortie, le bruit d’une porte métallique grinçant les fit se figer. Une silhouette apparut au bout du couloir : un homme grand, vêtu d’un manteau sombre, le visage dissimulé par un masque. Ses mouvements étaient fluides, précis, et il portait une arme qui brilla brièvement sous les néons. — Qui êtes-vous ? demanda Gabriel, la voix ferme. — Un ami… ou un ennemi, selon votre perspective, répondit l’homme, d’une voix neutre mais tranchante. Léo sentit son cœur se serrer. Une familiarité inquiétante émanait de cette présence. Il fronça les sourcils. — Je… je vous connais ? L’homme rit doucement, presque moqueur. — Pas encore. Mais très bientôt. Et lorsque tu comprendras mes intentions… tout ce que tu croyais savoir sur Ethan et le Consortium changera. Luna pressa sa main contre celle de Léo, sentant son anxiété, mais lui offrant une force silencieuse. — Peu importe ce qu’il dit, peu importe ce qui vient… on est ensemble. Léo hocha la tête, le regard fixé sur l’inconnu, tandis que Gabriel levait son arme, prêt à agir. Chaque muscle était tendu, chaque respiration calculée. Le hangar, autrefois silencieux, semblait maintenant être un piège. Et au milieu de ce chaos, une seule certitude restait : le disque détenait la clé de leur avenir, et le passé, avec ses secrets et ses trahisons, ne les laisserait pas partir sans lutte. Le souffle de Léo se mêlait au cliquetis de la pluie sur les tôles du hangar. L’inconnu restait immobile, un spectre silencieux dans l’ombre, et chacun de ses mouvements semblait calculé. Luna serra les mains de Léo, un mélange de peur et de détermination dans ses yeux. Gabriel, quant à lui, jaugeait la situation, prêt à réagir à la moindre provocation. — Très bien, dit finalement l’intrus, sortant une lampe torche et l’allumant doucement. Je crois que vous savez ce que vous tenez entre vos mains. Le faisceau éclaira le disque tenu par Léo. Il comprit immédiatement que l’homme savait ce qu’ils avaient trouvé. — Qui êtes-vous vraiment ? demanda Léo, la voix ferme malgré la tension. — On peut dire que je suis… un observateur, répondit l’inconnu. Et un messager. Gabriel fronça les sourcils. — Un messager de qui ? L’homme ne répondit pas. Il fit un pas en avant, et Léo sentit instinctivement la menace. Ses doigts serrèrent le disque. Luna pressa sa main contre son bras, silencieuse mais présente. Leur lien semblait être la seule constante dans ce chaos. — Je ne suis pas ici pour vous faire du mal… pas encore, précisa l’homme. Mais ce que vous avez découvert va attirer beaucoup d’ennemis. Léo respira profondément. — Ce disque est notre preuve. Nous devons le protéger. L’inconnu inclina légèrement la tête. — Alors vous comprenez déjà que vous ne pouvez faire confiance à personne. Pas même à votre ancien frère d’armes. Ces mots firent battre le cœur de Léo plus fort. Ethan… il avait raison. Même si Ethan n’était pas ouvertement hostile, son passé restait un mystère, et ce qu’il savait pouvait être dangereux pour eux tous. — On n’a pas le temps pour les jeux, dit Gabriel, avançant prudemment. Vous avez deux choix : vous nous dites ce que vous savez, ou vous partez. L’homme observa Gabriel avec un sourire en coin. — Vous êtes courageux… ou stupides. Peut-être les deux. Mais ce que je peux vous dire, c’est que le disque que vous tenez contient des secrets qui peuvent changer la hiérarchie entière du Consortium. Et je ne parle pas seulement de vos ennemis… je parle de ceux que vous considérez comme alliés. Luna sentit un frisson parcourir sa colonne vertébrale. — Tu veux dire… qu’on ne peut faire confiance à personne ? murmura-t-elle. — Exactement, répondit l’homme. Et c’est pourquoi vous devez être prudents. Chaque mouvement que vous faites sera observé, chaque contact sera analysé. Vous ne pouvez compter que sur vous-mêmes. Léo serra les dents. — Alors on va rester ensemble, peu importe ce qui arrive. Et on protégera ce disque, coûte que coûte. L’intrus hocha la tête, comme s’il approuvait silencieusement. — Bien. Mais sachez ceci : ceux qui cherchent à s’emparer du disque sont déjà en route. Et ils ne reculeront devant rien. Le hangar sembla s’assombrir un peu plus, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle. Léo jeta un regard à Luna et Gabriel. Leur trio, fragile mais solide, allait devoir affronter non seulement les ennemis visibles, mais aussi ceux tapis dans l’ombre, prêts à frapper. — Alors qu’est-ce qu’on fait ? demanda Luna, décidée. — On sort d’ici, répondit Léo. Et on planifie notre prochaine étape. Nous ne pouvons pas rester exposés. Gabriel acquiesça. — Je connais un endroit sûr, un ancien abri du Consortium que nous pouvons utiliser pour analyser le disque. Mais il faudra y aller discrètement. Léo observa le visage de Luna. — On y va tous les trois. Ensemble. Elle lui sourit, et pour un instant, malgré la pluie et le danger, une étincelle de réconfort traversa leurs cœurs. Ils se savaient liés, et cette confiance mutuelle allait être leur arme la plus puissante. Le trio sortit du hangar, avançant avec précaution dans les ruelles détrempées. Chaque pas résonnait comme un avertissement. Léo sentait le poids du disque, mais aussi la responsabilité de protéger Luna et Gabriel. Ils devaient être rapides, efficaces et surtout unis. Soudain, un véhicule s’arrêta brusquement au coin de la rue. Des silhouettes masquées en descendirent, armes en main. Léo et Gabriel échangèrent un regard et un signe silencieux. Luna, malgré la peur, resserra sa prise sur la main de Léo. — Prêts ? murmura-t-il. — Toujours, répondit-elle. Et alors que les ennemis s’approchaient, le trio se mit en position, chacun anticipant le mouvement de l’autre. Le combat allait commencer, mais cette fois, ils n’étaient pas seuls : leur confiance mutuelle était leur bouclier, et leur lien leur force. La pluie battante, les lumières vacillantes et le silence tendu du quartier semblaient suspendus dans le temps, comme si le monde lui-même retenait son souffle, conscient que le destin de Léo, Luna et Gabriel venait de prendre un tournant décisif. Le bruit des pas précipités résonnait dans les ruelles étroites et détrempées. Les silhouettes masquées s’approchaient, armes prêtes, tandis que Léo, Luna et Gabriel avançaient d’un pas rapide, collés aux murs. Chaque battement de cœur semblait amplifier la tension. Le hangar derrière eux n’était plus qu’un souvenir de ce qu’ils venaient d’échapper, mais le danger n’avait fait que commencer. — À gauche ! murmura Gabriel, repérant une ruelle plus étroite qui permettait de ralentir les poursuivants. Le trio pivota instantanément, chacun dans un mouvement coordonné, presque instinctif. Luna sentit l’adrénaline monter, mais ses yeux restèrent fixés sur Léo. Il était là, solide, déterminé, et rien dans cette tempête de violence ne pouvait ébranler leur lien. Les assaillants, cinq au total, surgirent brusquement devant eux. Léo n’hésita pas une seconde. Il lança un mouvement rapide, désarmant le premier avec une précision que seule l’expérience pouvait donner. Gabriel se jeta sur le second, utilisant sa force brute pour neutraliser la menace. Luna, malgré sa taille et son jeune âge, démontra une habileté étonnante : esquives fluides, coups précis, gestes calculés. Leur synchronisation était parfaite, fruit d’une confiance totale. Mais au moment où ils pensaient prendre le dessus, un bruit métallique retentit derrière eux. Une nouvelle silhouette surgit, plus grande, masquée, et avançait avec une rapidité presque surnaturelle. Léo sentit une main se poser sur son épaule. — Ethan… murmura-t-il, la voix basse. Il n’eut pas besoin de regarder pour savoir que c’était lui. Une silhouette dans l’ombre, silencieuse mais redoutable, qui connaissait toutes leurs techniques, toutes leurs faiblesses. Ethan surgit au moment où un des assaillants tentait une attaque par derrière, neutralisant la menace d’un geste précis et brutal. — Qu’est-ce que tu fais ? siffla Léo, mêlant colère et incompréhension. — Je ne suis pas venu pour vous tuer… pas encore, répondit Ethan d’un ton froid. Je protège juste ce qui doit l’être. Les ennemis restants se regroupèrent, surpris par la force combinée du trio et l’intervention inattendue d’Ethan. Mais ils ne reculèrent pas. Les armes étaient levées, les visages déterminés. Léo savait que chaque seconde comptait. — On ne peut pas rester là ! cria Gabriel. On doit mettre le disque en sécurité. Léo hocha la tête. Il tendit la main vers Luna, qui lui remit le boîtier précieusement enveloppé dans son manteau. Ensemble, ils se dirigèrent vers une sortie latérale, tandis qu’Ethan, d’un signe de tête, leur ouvrait le passage. — Restez groupés ! cria-t-il avant de disparaître dans l’ombre pour ralentir les assaillants. La pluie battante les gifla alors qu’ils couraient, mais l’air semblait chargé d’une énergie nouvelle. Chaque pas était un mélange de peur, de détermination et de confiance mutuelle. Léo sentait le poids du disque, mais aussi la force de Luna à ses côtés. Ils ne pouvaient plus reculer. Le passé et le futur s’entremêlaient, et chaque décision devenait cruciale. Au bout de quelques minutes, ils atteignirent un ancien bâtiment abandonné, un refuge sûr qu’Ethan leur avait indiqué dans un message précédemment intercepté. Gabriel verrouilla l’entrée et activa les systèmes de sécurité improvisés. Enfin, ils étaient à l’abri… pour le moment. — C’était trop proche, murmura Luna, essoufflée. — Et ce n’est que le début, répondit Léo. Chaque mouvement que nous faisons sera observé maintenant. Chaque erreur pourra nous coûter cher. Gabriel posa sa main sur l’épaule de Léo. — Tu as raison. Mais on tient encore. On a survécu. Et on sait exactement ce qu’on doit protéger. Léo serra le disque contre lui, les yeux fixés sur le mur en face. Les images et fichiers qu’il avait vus plus tôt défilaient dans son esprit. La liste de cibles, les missions inachevées, la vérité sur le Consortium… tout cela allait changer la donne. Et Ethan, avec son retour inattendu, ajoutait une couche de complexité qu’ils ne pouvaient ignorer. — On doit savoir exactement ce qu’Ethan veut, murmura Luna. Il nous cache quelque chose. — Oui… et je crains que ce ne soit pas seulement pour tester notre loyauté, répondit Léo. Un silence pesant s’installa. Le trio savait que la tempête n’était pas finie. Ils avaient gagné une bataille, mais la guerre était loin d’être terminée. Le disque était la clé, et les informations qu’il contenait allaient déterminer leur futur, et celui de tous ceux qu’ils aimaient. Léo se tourna vers Luna. — Quoi qu’il arrive, on reste ensemble. — Toujours, répondit-elle avec un sourire déterminé. Et tandis que la pluie continuait de tomber sur la ville endormie, Léo réalisa une chose : le passé ne pouvait être effacé, mais avec Luna et Gabriel à ses côtés, il était prêt à affronter chaque obstacle. Mais dans l’ombre, Ethan observait toujours. Ses yeux gris brillaient d’une intensité froide et calculatrice. Il savait que le véritable défi ne faisait que commencer. Le disque, le trio, le Consortium… tout cela était désormais lié à un destin qu’aucun d’eux ne pourrait éviter. Et dans ce silence chargé de promesses et de dangers, Léo comprit enfin : la partie la plus difficile de leur mission était encore à venir.
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