CHAPITRE 16

1923 Words
MIA Les mains moites, des fourmis dans les jambes et le cœur battant, j'avançais dans le couloir du commissariat au côté de papa et de mon avocat, Warren Mourez. Depuis ce matin, je me sentais ailleurs, comme si je m'approchais de plus en plus de la mort, sans m'en rendre compte. Papa était à côté de moi, et j'entendais ses pas résonner sur le carrelage. On s'arrêtait devant des policiers, mon père leur parlait, et je ne pouvais écouter. La peur me rongeait de l'intérieur, et j'avais encore plus peur de m'évanouir à tout moment. – Mia, il faut que tu les suives, je ne peux pas aller plus loin. Tu te rappelles ce que je t'ai dit, hier soir ? Il se baissait pour être à ma hauteur, et le regard inquiet qu'il me lançait me donnait des frissons sur tout le corps. – Oui. Je ne dois pas montrer que j'ai peur. Je dois soutirer des informations et le faire parler le plus possible. – Oui, c'est ça. Je sais que tu as peur. Mais c'est important. Et ne t'inquiète pas, les policiers seront à côté, il sera menotté et il ne pourra plus jamais te faire de mal, je te le promets. J'avalais ma salive, les jambes tremblantes. – Oui, c'est bon, j'y vais. Je pensais qu'il s'apprêtait à me dire qu'il m'aimait, mais finalement, il reculait et me regardait partir avec mon avocat. Savoir qu'il m'accompagnait me rassurait un peu. C'était un ami à mon père et d'après les statistiques, il était très doué dans son travail. En plus, il savait me mettre à l'aise, malgré son vieil âge. C'est en passant devant une salle d'interrogatoire que je voyais enfin mon agresseur. Mon cœur s'arrêtait une demi-seconde et je n'arrivais plus à avancer. Il était là, assis calmement, fixant le mur en face de lui à côté de son avocat. Il devait avoir quelques années de plus que moi, et ses cheveux châtains étaient tous ébouriffés. Il avait plusieurs tatouages sur les bras, et je distinguais une boucle d'oreille argenté sur son lob. Je soufflais avant de me diriger vers la porte. Respire, Mia, tu peux le faire. Rappelle-toi que c'est cet e****é qui a profité de ta faiblesse. Le policier et Warren rentraient avant moi et le regard de Rodrigo se posait immédiatement sur moi. Un léger sourire étirait ses lèvres et il fronçait les sourcils. Tandis que moi, j'essayais de ne pas montrer la moindre émotion. Les deux avocats se serraient la main, et moi, je ne pouvais détacher mon regard de l'homme qui hantait mes nuits. Par réflexe, je serrais les cuisses avant de m'asseoir en face de son avocat, à une distance d'au moins trois mètres. La longue table grise cachait ses mains menottées, et sa tenue orange faisaient ressortir ces yeux sombres. Il était terrifiant. Warren m'appelait tout à coup, et je quittais les yeux de mon agresseur pour lui jeter un regard interrogateur. – Mia, pouvez-vous vous présenter à votre agresseur ? Enfin, apparemment, il sait déjà qui vous êtes, donc une petite phrase suffira. Mon regard se reportait encore sur lui, et voir son sourire amusé commençais à m'énerver profondément. Comme je n'arrivais pas à parler, le policier qui se trouvait à côté de moi me demandait : – Mademoiselle, souhaitez-vous dire quelque chose à votre agresseur ? Rodrigo fronçait légèrement les sourcils et, tout en soutenant son regard, je lui disais, d'une voix naturellement calme : – J'aimerais demander à mon violeur pour quelle raison j'ai été la victime de cette agression ? C'était vraiment un hasard ? Je maintenais son regard, et il ne bougeait pas, ne cillait pas. La seule chose qu'il faisait, c'était sourire bêtement. – Répondez. Lui ordonnait le policier. Il ne bougeait toujours pas et je serrais les dents. Pourquoi j'avais une soudaine envie de lui sauter à la gorge ? – Comment tu connais Max Benson ? Dis-je soudain. Son regard changeait légèrement, et je détectais peut-être un peu de crainte, au fond de ses yeux. La police avait fini par avoir des informations sur Max, et il avait maintenant un avis de recherche collé aux fesses. Bizarrement, ces parents ne l'avaient pas vue depuis plusieurs semaines, et cela me prouvait bien qu'il avait quelque chose à se reprocher. – Monsieur Flores, vous devez répondre. Lui disait le policier. Il plissait son nez, et me regardait maintenant plus intensément. Dégoûtée, je serrais un peu plus les cuisses. Savoir que c'était lui qui avait abusé de moi me donnait envie de vomir. Son avocat n'avait pas non plus envie de parler, on dirait. Comme je pensais ne rien obtenir de lui aujourd'hui, je décidais de me lever de ma chaise. Il me suivait du regard, comme toutes les personnes ici présentes dans la pièce. – Je voudrais sortir d'ici, s'il vous plaît. Le policier semblait hésiter, puis il lâchait : – Très bien, c'est dans votre droit. Votre prochaine rencontre aura lieu au procès. Nous mentionnerons votre refus de parler pendant l'interrogatoire et lors de cette confrontation avec la victime. Mademoiselle Watson, si vous n'avez rien à ajouter, je vous raccompagne à la sortie. Je ne lançais pas le moindre coup d'œil à mon agresseur, et attendais que Warren se lève. Lorsque je mettais ma main sur la poignée, j'entendais enfin une voix qui ne m'était pas si inconnue : – Tu devrais te méfier des gens avec qui tu traînes. Je restais paralyser quelques secondes, voyant un nouveau flash-back traverser mon esprit. C'était bien cette voix. C'est la seule chose qui marque à jamais une fille... Je faisais volte-face, et plantais mes yeux haineux dans les siens. J'avais une folle envie de lui vomir dessus. – Qu'est-ce que tu entends par là ? Il retenait un petit rire d'amusement. Il n'avait visiblement aucun regret pour ce qu'il m'avait fait. – C'est la seule chose que je peux te dire. J'attendais quelques secondes, et puis, je décidais de lui dire : – On se retrouvera au procès. En attendant, profite bien de ta vie en prison, tu risques de ne pas pouvoir profiter d'autres filles avant un long moment. Sur ce, je sortais de la salle d'interrogatoire. *** – Tu veux manger un truc ? – Non, merci. J'ai déjà mangé avant de venir. Dis-je en le regardant s'arrêter dans l'entrebâillement de l'entrée de la cuisine. – C'est vrai, ça, tu as déjà mangé ? Il me scrutait, et je souriais légèrement. – Je n'avais pas faim, et je n'ai toujours pas faim. Il soupirait avant de prendre ma main et de m'emmener dans les escaliers. – Ton père sait que tu es là ? – Il n'était pas là quand je suis parti. J'ai dit à mon frère de me couvrir. – Et lui, il ne dit rien que tu sois ici ? – Non. Il n'a rien à dire, en plus. On arrivait vers sa chambre, et plus j'avançais, plus j'entendais un gloussement de fille. – Josh est avec une fille, si tu te poses des questions. – Vraiment ? Il a recommencé ? Il levait les yeux au ciel et je le suivais dans sa chambre. En me jetant sur son lit, je remarquais qu'il était assez tendu. – Qu'est-ce que tu as ? Tu es bizarre. – Comment ça s'est passé tout à l'heure ? – Ça n'a servit à rien. Rodrigo n'a pas voulu parler. – Vraiment ? Il n'a rien dit ? – A part, méfie-toi des gens avec qui tu traînes, il n'a rien dit d'autre. – Il a dit ça ? Je m'installais à côté de lui et lui prenais la main, par réflexe. – Il n'a rien dit d'autre, non. Il ne regrette pas du tout ce qu'il a fait, c'est sûr. Il n'a fait que me sourire pendant tout l'entretien. Je le déteste. Liam ne répondait rien, et je le sentais encore plus tendu. – Et pour le mec qui t'a drogué, vous avez plus d'informations ? Tu ne veux toujours pas me dire qui c'est ? Je croisais son regard, et là, je détournais les yeux sans rien répondre. S'il savait que c'était Max, il ne tarderait pas à lui sauter dessus. Et comme il était porté disparu, cela ne servirait à rien. – Je t'aime. Disait-il soudain. – Je t'aime aussi. Dis-je, surprise. Il ne bougeait plus, et semblait si vulnérable que je sentais qu'il allait m'annoncer une mauvaise nouvelle. – Ça va ? Il soupirait. Il était probablement mal à cause de moi. Quelqu'un avait abusé de moi et il s'en voulait toujours de ne pas avoir su me protéger. Cela me remuait l'estomac, et pourtant, je ne voulais pas qu'il se sente aussi mal que moi. Il n'avait pas vécu ce que j'avais vécu, et ce n'était pas de sa faute, tout ce qui était arrivé. Je décidais de passer ma jambe au-dessus de lui pour m'asseoir sur ses cuisses. Il semblait étonné, mais finalement, m'emmenait contre lui pour m'enlacer de ces gros bras. Je me sentais tout à coup rassurée. Son souffle chaud dans ma nuque me donnait des frissons, et je blottissais ma tête dans son cou pour l'embrasser. C'est fou comme je pouvais être bien en sa présence, comme si cet après-midi n'avait jamais existé. – Je suis contente d'être avec toi, ce soir. J'en avais besoin. Il me serrait plus fort sous ses paroles et je souriais dans son cou. Je l'aimais tellement. Il caressait mes cheveux, puis caressait mon dos du bout des doigts. Je fermais les yeux pour apprécier un peu plus ce délicieux contact. Quand je me redressais pour le regarder dans les yeux, il me souriait légèrement, comme s'il cherchait à me rassurer. Inutile de le faire, quand j'étais avec lui, je me sentais toujours en sécurité. Je penchais ma tête et l'embrassais tendrement, doucement, langoureusement... sa langue trouvait la mienne et sa main venait me caresser le dos. Une vague de chaleur me saisissait l'entrejambe et je m'aidais de mes jambes pour le serrer encore plus fort contre moi. Je sentais alors son désir se tendre contre le bas de mon ventre et je l'incitais à s'allonger sur le lit. Passant une main sous son T-shirt, je m'appuyais sur ses abdos d'acier. Sa main passait sous mon chemisier et je laissais ma bouche se promener dans son cou. Ses mains trouvaient le bouton de mon pantalon et en moins d'une seconde, je me dégageais de son étreinte, comme si ses doigts venaient de me brûler la peau. Un flash-back horrible apparaissait encore dans mon esprit, et je mettais une main sur ma poitrine pour m'aider à reprendre mon souffle. – Bébé ? Je tournais la tête vers Liam, qui semblait aussi inquiet et troublé, et je me mettais à pleurer soudainement, sans vraiment savoir pourquoi. – Je suis désolé. Je... Il me prenait dans ses bras avant que je puisse finir ma phrase, et je laissais mes larmes couler sur mes joues dans un silence rassurant, dans les bras de Liam. Qu'est-ce qui venait de se passer ? Je venais de craquer une nouvelle fois, parce que ce souvenir horrible m'était revenu encore une fois en pleine figure. Si j'avais même peur de f***********r avec l'homme que je désirais, comment j'allais faire ensuite ? Je ne pouvais m'en prendre qu'à Rodrigo Flores, puisque c'était lui qui avait gâché ma vie. Et maintenant, je venais une nouvelle fois de craquer devant Liam, lui qui était si fort et si patient avec moi.
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