Jîhen
Quand je suis sortis de la classe, je me suis refugié en courant dans les toilettes et je me suis mise à pleurer. Je venais de me faire humilier, je ne voulais pas que ces marques sur mon corps soient montrés aux yeux de tous. C'est mon vécu, mes douleurs que je garde en moi.
Je ne sais pas pourquoi tout le monde s'acharne sur moi.
Personne ne connait mon histoire mise à part ma famille et je voulais que cela reste ainsi. Je ne veux pas être classé comme la pauvre petite fille mal aimée qui se fait battre par ses parents.
Je ne veux pas la pitié ou la compassion des gens.
J'ai pris l'habitude des coups, des critiques et de l'humiliation mais celle-ci dépasse de loin toutes les humiliations que j'ai eu. Je ne comprend pas, je ne parle à personne, je regarde personne mais ils cherchent quand même le moyen de me rabaisser ? J'ai tellement honte.
Je me rince le visage, les mains tremblantes contre mon teint pâle. Je me regarde très rarement dans le mirroir voir jamais. J'observe les dégâts de ma vie, de mes 18 années d'existance.
Des joues creuses, un teint tellement pâle qu'il vire au bleu, j'ai la peau sur les os et j'ai des hématomes sur tout mon corps, surtout sur mon cœur. Je vis mal cette vie, des fois j'aimerais m'en aller rejoindre ma soeur dans l'au-delà. Meyna tu me manque...
Je prend mon sac et sors des toilettes. J'attend que la sonnerie retentit puis je sors du lycée.
Au loin je vois la voiture de Halim garé. Je presse le pas et monte côté passager.
Halim : Ton lycée a appellé.
Je fronce les sourcils en penchant la tête comme pour dire "pourquoi ?"
Halim : Apparement tu es sortit de cours, ils veulent envoyer une assistance social parce que ta prof a signalé que tu avais des hématomes partout et une cicatrice sur les veines.
J'ai même pas répondu, à quoi bon ? Ils ne me croiront pas de toute manière.
Halim : Il faudra que tu vois ça avec papa, il est en furie.
Moi : ...
Halim : Comment a elle vu tout ça ?
J'ai décidé d'écrire.
"Elle a attrapé mon bras sans que je m'y attende et a soulevé mes manches pour voir si je trichais."
Halim : Tu triche ?
"Non, un garçon de ma classe voulait les réponses mais je ne lui ai pas donné alors pour se venger il a dit a la prof que je trichais et que j'avais un papier dans les manches."
Halim : Comment il s'appelle ?
"Qui ?"
Halim : Le garçon qui a mentit.
"Issam."
Halim : Papa ne voudra rien entendre.
Je hausse les épaules.
Halim : Il te frappera et maman aussi. Et alors si ils envoient l'assistante social on est tous mort.
"Je sais qu'ils me frapperont et j'ai l'habitude."
Halim : Et tu fais rien ?
"Qu'est-ce que tu veux que je fasses ? Et toi pourquoi tu ne me frappe pas ?"
Après avoir lu ça il a reculé au fond de siège et il a regardé ailleurs.
Halim : Je ne peux pas te protéger, ils te tueraient si ils savaient que je suis avec toi.
"Mais ça ne répond pas à ma question."
Il me regarde un instant avant de reposer ses yeux sur la route.
Halim : Parce que tu es ma soeur.
Je ne m'attendais pas à cette réponse. Je pensais qu'il allait me dire "parce que je veux pas me salir les mains" mais sûrement pas à ça.
Il voudrait me protéger mais il ne peut pas car lui comme moi savons quel genre de monstres sont mes parents, ils me tueront sans pitié si ils savent que Halim veut me protéger.
Halim : On est arrivé.
Il se gare devant la maison où mon père m'attend devant le portail. J'avance vers lui et il me tire les cheveux avant de me donner une première gifle.
Mon père : Rentre !
Je rentre dans la maison, je sais déjà ce que je vais subir. Je rentre dans le salon où ma mère attend bras croisés et les sourcils froncés et Nahil, le sourire aux lèvres.
Mon père : ALORS TOI PETITE m***e TU TE PERMET DE MONTRER TES HÉMATOMES À TA PROF HEIN ! ILS VONT NOUS ENVOYER L'ASSISTANCE SOCIAL À CAUSE DE TOI !
Il me donne un coup de pied dans le dos ce qui me fait chuter au pied de ma mère. Elle me donne un énorme coup de pied dans le ventre et me crache dessus. Mes larmes coulent silencieusement, je me recroqueville sur moi-même pour me protéger.
Ma mère : TU VA PASSER UN SALE MOMENT JE TE LE DIS MOI !
Halim assiste impuissant à la scène, je sais qu'il veut me protéger mais qu'il ne peut pas et je ne lui en veux pas, seul l'intention compte. Il ferme les yeux et monte dans sa chambre.
Mon père prend un bout de bois et me tape avec. J'ai envie de hurler de douleur, mes sanglots s'emmêlent dans ma gorge. Il m'enchaîne de coups plus v*****t les uns que les autres.
Nahil prend le relai, il me cogne la tête contre l'armoire et me frappe. Je ne sens plus mon corps et les coups au passage. Il s'arrête et mon père prend la parole.
Mon père : en s'adressant à ma mère, Fais ce que tu veux d'elle.
Ils sortent lui et Nahil de la maison. Elle prend une lame et me taille le dos, les bras, les cuisses. Mon sang coulent de partout et mes larmes également.
Je n'en peux plus, elle m'humilie, elle me met en sous-vêtement et me jette dans la baignoire. Elle allume de l'eau très chaude et me mouille avec. Je gémis de douleur pendant que elle, rigole. Mes cicatrices brûlent au contact de l'eau.
À cet instant même je voulais mourrir. J'ai finis par prendre conscience tellement j'étais faible et que je n'en pouvais plus.
[...]
J'ouvre les yeux et remarque vite que je suis à l'hôpital. Mon dos me brûle et ma tête me fait mal. Dehors il fait déjà un peu nuit. Je prend la bouteille à ma gauche et bois l'eau qu'elle contient.
Je me lève et va à la salle de bain. Mon visage est gonflé, ma lèvre est énorme sans parler de mon oeil et de toutes mes cicatrices. Je regarde mon dos, il est tout brûlé, parsemé d'entailles.
Je m'en suis pris des coups, ils m'ont fait la misère, brûler un mégôt de cigarette sur moi ou me fouetter avec un chargeur mais ça je vous le jure c'est pire que tous les coups que je me suis pris.
J'arrive à peine a marcher, mes pieds ne supportent plus et je tombe au sol. Je ne pleure pas, je regarde seulement le lit en imaginant la vie que j'aurais eu avec des parents qui m'aimaient.
Peut-être que j'aurais vécu avec eux, que j'aurais eu ma chambre, j'aiderais ma mère, je partagerais des choses avec elle, elle m'appellerait "ma fille", mon père me donnerait des surnoms, je me chamaillerais avec mes frères pour jouer avec eux deux secondes après.
Je me dis que c'est seulement une épreuve du Tout-Puissant, que la patience est une vertue, qu'Il éprouve ce qu'Il agrée, mais c'est bien plus qu'une épreuve, c'est un combat.
J'ai passé 2 semaines à l'hôpital, mon visage avait un peu dégonflé. En général quand ils me frappent ils prennent soin de s'arrêter avant que je sois dans un piteux état. Ça m'est arrivé 3 fois de devoir séjourner à l'hôpital, dans ces cas là ce qu'ils font c'est qu'ils m'emmènent dans des hôpitaux différents et éloignés les uns des autres, et ils font passer ça pour une agression dans la rue, si vous saviez comme ma mère joue si bien la mère chagrinée par l'état de sa tendre fille bien aimée.
Quand on me ramenait mon plateau de nourriture, ma mère prenait toujours soin de jetter ce qu'il contenait et me donnait du pain ou du riz. Halim est venu me chercher à l'hôpital, j'ai passé ma journée dans ma cabane.
La porte toque et je tombe sur mon père. Je baisse automatiquement les yeux et prend une feuille et un stylo sentant que j'allais devoir m'expliquer.
Mon père : On va parler.
Moi : ...
Mon père : Tu me dis la vérité !
Je hoche la tête.
Mon père : Dis moi comment ta prof a vu tes hématomes.
De là je lui raconte tout comme quoi Issam avait inventé un mensonge et que ma prof a prit mes bras de force.
Mon père : Tu ne me mens pas, tu ne mens jamais ?
"Je suis désolé."
Mon père : Désolé ?
"D'être un poids pour vous, je ne voulais pas. J'essaye pourtant d'être la moins gênante possible."
Mon père : Ce n'est pas toi qui devrait t'excuser, c'est moi mais je ne le ferais pas. Mais à partir de maintenant, je te promet que je ne te frapperais plus.
Je lève les yeux, choqué de ce que je viens d'entendre. Il...il ne me frappera plus ?
Mon père : Si je n'ai pas de raisons valables je ne te frapperais pas.
"C'est vrai ?"
Mon père : Oui, je ne garanti rien concernant ta mère et ton frère et je ne m'opposerais pas si eux veulent te frapper mais moi c'est fini.
"Merci."
Mon père : Viens, tu dormira dans la chambre d'ami en attendant que tu guérisse comme ça tu pourra de nouveau faire à manger.
J'esquisse un petit sourire. Je vais dormir à l'interieur ? Pour de vrai ! Je suis toute excité, c'est bien la première fois depuis mes 7 ans que je dors à l'interieur de la maison.
J'avance avec difficulté, il me montre ma chambre, je le remercie. Il me dit de rester ici et de sortir de la chambre sous aucun pretexte.
Je profite pour faire mes devoirs et réviser un peu. Halim me ramène du pain, de l'eau et une pomme. Je mange tout cela et fini par m'endormir.
[...] Les jours passés à une vitesse folle. Mon père avait jusqu'à maintenant tenu parole. Ma mère m'a attrapé en me disant que "je ne faisais pas parti de la famille et ce n'est pas parce que mon père est aveuglé par moi que elle se sera pareil".
Pour Nahil, ça a été le même discours en plus des injures et des quelques baffes qu'il me donna. Mes blessures étaient guerris malheuresement, oui malheuresement parce que je devais retourner dans la cabane et retourner à mes occupations.
J'avais raté énormement de cours malgré le fait que j'essayais de suivre lors de mes retours. Mon père et mes frères étaient partit depuis 3 jours, me voilà seul avec ma mère.
Je range ma cabane et m'attaque à la maison. Je fais le linge, range les chambres, nettoie les vitres, récure le sol, fais la vaiselle, lave les miroirs. Je n'oublie aucune poussière ni aucune trace.
Je prépare ensuite le déjeuner de ma mère. Je mange un bout de pain et bois un peu d'eau avant de retourner dans la cabane.
Ma mère rentre dans la cabane le sourire aux lèvres, je prend une feuille et un stylo et attend qu'elle prenne la parole.
Ma mère : Tu te casse !
Je fronce les sourcils comme pour exprimer mon incompréhension.
Ma mère : C'est simple tu prend tes affaires et tu pars de cette maison.
Moi : ...
Ma mère : Je sais pas ce que t'as fais à mon mari, je sais pas pourquoi il a changé comme ça et pourquoi d'un coup il est gentil mais moi ton numéro de petite enfant maltraitée ça marche pas. Tu m'a soulé donc tu prend tes affaires et tu t'en va, tu ne reviens plus.
"Mais ou vais-je aller ?"
Ma mère : Je t'ai pris un appartement dans une cité pourrie. Tu vivras là-bas caché, fais attention à ne pas te faire repérer par tes frères ou ton père parce que sinon je te le dis tu pourra rejoindre Meyna au ciel.
"Et que va tu dire aux autres ?"
Ma mère : Je m'occupe de ça, contente toi de partir et de te cacher, il ne faut pas que les garçons te voit. Et ne croit surtout pas que je dis ça pour ton bien, je dis ça pour ne pas devoir revoir ta gueule.
Je savais pertinement que ma mère ne m'aimait pas mais de la à me jeter. N'a t'elle donc vraiment aucune pitié ?
Je range le peu d'affaire que j'ai dans un sac plastique. Elle me tend une enveloppe le sourire aux lèvre je lui arrache des mains et sors de la maison. Je m'en vais et je ne reviendrais pas.
"Mais Jîhen pourquoi tu es triste ? Tu sors enfin de cette galère. Tu auras ta vie et ta maison. Tes propres responsabilités, personne derrière pour te dire quoi faire ou te frapper comme une moins que rien."
Je suis contente, juste que ça tombe au mauvais moment. Je voyais du changement chez mon père et un effort aussi venant de Halim. C'est vrai que avec ma mère et Nahil ça n'était pas pareille mais je voyais un espoir de vivre tranquille avec ma famille et ma mère me l'a retiré.
J'en ai marre d'être toujours trop gentille et aussi faible. Maintenant je ne dépend plus de personne, je suis libre de faire comme bon me semble. Je vais continuer dans cette voie, parler à personne et m'occuper de moi.
Faut que je me fasse discrète. Je vais habiter dans une cité pour la première fois, j'ai entendu tellement de préjugés sur les cités que je suis un peu septique à l'idée de vivre là-bas. Ma foi, je n'ai pas le choix.
J'ouvre l'enveloppe et trouve une adresse avec de l'argent, de quoi tenir ce mois-ci. Je fais une longue route de marche et après presque 1 heure j'arrive enfin dans cette cité.
Je demande aux gens de m'indiquer le bâtiment 15 sans prononcer de parole pour autant. Il y a une dizaine de garçons à l'entrée à fond dans leur conversation. Je baisse la tête et avance.
J'atteris finalement au 2 ème étage, porte droite. J'insère la clé et rentre dans l'appartement. Il est assez spacieux mais c'est sûrement parce que j'ai l'habitude des petits espaces et lumineux, il est déjà meublé.
Qu'est-ce que je vais être bien ici.
Je ne sais pas si je dois être triste ou heureuse mais moi je suis contente. Je dépend seulement de moi, bon c'est vrai que je vivrais un peu en cavale mais au moins je serais à l'abris.
Pour l'instant je suis tranquille mais bientôt les problèmes arriveront, je vais devoir payer le loyer, les garçons reviendront de vacances et seront à ma recherche.
Je ne sais pas pourquoi ma mère a fait cela mais si elle croyait que j'allais baisser les bras et me laisser mourrir et beh elle se trompe. Elle a voulu me mettre à bout sauf qu'elle m'a rendu plus forte.
Quelques jours ont suivis mon emménagement. C'était tellement bizarre, bien mais stressant à la fois. J'étais pas sortis depuis, pour moi dehors c'est un peu comme une jungle où je n'aurais aucun repère. Mais quand je voyais que mes parents étaient de plus en plus minces je me suis décidé à sortir et chercher un travail, dorénavant je suis indépendante il faut bien que je gagnes ma vie.
Je vais dans une sorte de cybercafé, je galère un peu pour le trouver parce que je sors jamais sauf pour aller au lycée. Je tape un CV et une letrre de motivation. J'en photocopie et en dépose un peu partout dans un centre commercial pas loin. Je finis par aller faire les courses, le strict nécessaire car je dois économiser.
Je rentre dans mon nouveau chez moi et range les courses. C'est vrai que ce n'est pas le luxe mais si cela me permet d'avoir une vie meilleure alors ça me va.
Je me fais des pâtes, je précise que je n'en ai jamais mangé depuis que je suis devenue leur bonne à tout faire.
Une fois le ventre plein, je me suis mise par la fenêtre comme à mon habitude et j'ai observé le ciel sombre, pensive.
Point de vue omniscient
Pendant que Jîhen commençait doucement a s'adapter à sa nouvelle vie, du côté de son ancienne maison, l'heure est aux explications.
La mère de Jîhen avait en vérité viré sa fille par pure jalousie. Elle ne jouait aucun rôle, elle haïssait vraiment cette fille et le fait que son mari puisse commencer à l'accepter la rendait folle de jalousie.
Elle ne voulait aucun bien pour cette enfant. Elle désirait que le monde entier la détéste et lui fasse vivre la misère. Elle voulait que Jîhen vive ce que elle a vécu durant toute son enfance.
Si le père commence à être moins sévère avec Jîhen c'est tout simplement parce qu'il est atteint d'une maladie mortelle, le cancer. Ce cancer qui touche des millions de personnes et arrache la vie d'autrui était tombé sur le père de cette famille.
Il savait que bientôt il devrait rejoindre Son Créateur, alors qu'est-ce qui lui dira ? Rien, car il n'a jamais rien fait de bien dans cette vie d'ici bas. Après une remise en question sur soi-même, il ouvrit les yeux sur son propre comportement, Jîhen était sa fille.
Jîhen qui d'apparence à l'air d'une petite fille fragile et naïve porte sur ses épaule en réalité un douloureux secret. Elle a été torturé, battu, déchiré de sa soeur mais elle ne s'est jamais plaint. Elle fait tout avec rien.
À peine le père et les deux fils mirent un pied dans la maison que la mère accouru vers eux toute affolée.
La mère : Jî...Jîhen.
Le père : Qu'est-ce qui se passe ?
La mère : Jîhen s'est enfui ! Ce matin même elle était là à ranger la maison puis je me suis endormi et elle n'était plus là.
Halim : Tu dis que Jîhen est parti ?
La mère : Oui !
Halim n'en croyait pas un seul mot. Il savait ce dont Jîhen était capable et il savait surtout ce dont elle n'était pas capable de faire et ça elle ne pouvait pas le faire.
Elle qui n'ose même pas manger une seul miette de pain sur le comptoir, elle qui n'était même pas capable de regarder sa mère dans les yeux elle aurait eu le cranc de fuguer ? Jamais.
Le père : Bordel je pars à peine quelques jours elle n'est plus là ? Où est-ce qu'elle est ?!
La mère : Je...je ne sais pas.
Le père : Faites moi confiance, si j'attrape cette fille je la tue de mes propres mains et je le jure sur ma propre vie que je ne lui laissera pas la vie sauve.
La mère avait réussi son coup, la vie de Jîhen était plus qu'en danger. Celle-ci ne se doutait pas une seul seconde tout ce qu'elle allait vivre. Tout commence maintenant.