Chapitre 8

1295 Words
Aïlah   Le réveil se fait brutal. La sonnerie de mon portable élevée au maximum se met à retentir dans toute ma chambre et je fais un bond de mon lit en répondant à la personne : —                Allô ? —                Debout ma poule, on a un vole à l'arraché dans la galerie commerciale de Clichy.     La voix de Gabi résonne dans ma tête et il me faut moins de trente minutes pour me préparer correctement.      Arrivée sur les lieux, nous avons affaire à une dame d'un certain âge, qui parait toute chétive et encore sous le choque. Avec Gabi on prend note sur notre petit calepin et mettons toutes les informations importantes à savoir dessus. Apparemment ce serait un homme de type caucasien, grand et barbu avec une casquette noir et blanche. Les collègues sont vite mis au parfum et deux de nos agents se chargent de faire sa recherche dans toute la ville. —                Nan mais sérieux ! Faut vraiment être mal éduqué et avoir aucune valeur pour s'attaquer à une pauvre petite dame sans défense ! explose Gabi lorsqu'on retourne dans la voiture. —                Effectivement. —                Le pire c'est qu'elle est toute mimi. Quand on la voit on n'a pas envie de lui faire du mal, et encore moins lui arracher sauvagement son sac pour lui piquer son portefeuille ! —                Je sais. —                Heureusement que le camion de pompier est arrivé à temps, j'ai vraiment cru qu'elle allait faire une attaque, la pauvre. —                Oui. Je démarre la voiture et on roule en direction du commissariat.  —                Bon maintenant tu vas parler, m'ordonne soudain Gabi. Qu'est-ce qui ne va pas ?     Aïe. Je suis prise dans un cul de sac. Soit je lui déclare tout, soit je ne réponds pas, ce qui serait une très mauvaise idée au vue de son humeur particulièrement acariâtre ce matin. Et puis, comment sait-elle qu'il y a quelque chose qui cloche ? Je suis si démonstrative que ça ? —                J'ai fait une connerie, dis-je. —                Une grosse connerie, ou une petite ? —                Une petite... Non, une grosse en fait.     Plus je me rends compte de ce qui s'est passé avec Ibrahim hier soir et plus je comprends à quel point j'ai merdé. p****n, je n’ai pas réussi à calmer mes hormones, fait chier ! Voilà où j'en suis maintenant. Je me fais passer pour une fille facile et totalement conne... —                Raconte, m'encourage mon amie.     Je me pince la lèvre inférieure et prends du temps avant de me lancer dans la gueule du loup. —                Le gars de la cité, Ibrahim... Et bien, j'ai couché avec lui hier soir.     Gabi ouvre grand les yeux et manque de s'étrangler. Je vous l’avais dit, je ne suis pas du tout ce genre de fille en général. C'est vraiment la première fois que j'agis de cette manière avec un homme. Y a donc de quoi choquer mon amie. —                Bah merde alors, lâche Gabi. C'était comment ? —                Gabi ! —                Bah quoi ? Le mal est fait, tu peux plus revenir en arrière. Pourquoi ne pas me dire si c'était pas un bon coup ? Elle me désespère. —                C'était très bien, mais là n'est pas la question et tu le sais très bien.      Elle marmonne un "ouais" à peine audible et on sort de la voiture pour entrer dans notre immeuble de travail. Sur le passage pour aller à notre bureau on salut notre chef Ricardo ainsi que nos collègues Zak et Max, puis dès qu'on est enfin installées l'une en face de l'autre, la discussion reprend son cours. —                Est-ce que vous vous êtes protégés ? demande Gabi, doucement. —                Oui. —                Vous avez dormi ensemble ?  —                Non. Il est parti juste après. —                L’enfoiré ! —                Ouais. Mais d'un côté au fon de moi je savais à quoi m'attendre, c'est justement ça le problème. —                Mais il t’a fait espérer ou non ? —                Tellement ! Maintenant que j’y repense j’ai l’impression qu’il jouait un double jeu avec moi. Gabi tape son stylo contre le post-it devant elle avec frénésie et regarde en l'air. —                Tu as merdé OK, mais tout le monde merde Aïlah, l'erreur est humaine. Si tu ne le vois plus et que tu oublies cette nuit je ne vois pas où est le problème.  —                Mouais. Sauf que j'ai son numéro. —                Et ? —                Il a aussi le mien. Ce qui veut dire qu'il est possible qu'il me contacte de nouveau. —                Pourquoi il te re contacterait ? —                Bah... à ton avis... —                Ah, parce que vous êtes p******l en plus !     Elle a parlé trop fort. Les gens autour de nous nous lance des regards inquisiteurs et je m'empresse de baisser la tête vers mes feuilles pour faire comme si de rien n'était. —                Pardon, s'excuse Gabi, ayant remarqué sa boulette. C'est juste que ce sujet me rends particulièrement hystérique. (Elle se rapproche un peu plus de mon bureau et chuchote :) Alors, vous êtes des s*x-friends ou quoi ? —                Pour être des s*x-friends faudrait déjà qu'on soit amis. Et non. Comme tu l'as dit, ce qui est fait est fait. Je tire un trait sur ce mec et me focalise davantage sur le travail, et rien d'autre. Pas le temps pour ces bêtises. —                J'aime t'entendre dire ça, tu sais ? —                Allez, reprenons le boulot. Ricardo nous regarde bizarrement depuis tout à l'heure. —                S'il me convoque dans son bureau je dirais que c'est toi ! Pas du tout fair-play, celle-là.   Ibrahim   —                Alors gros ? Raconte-nous les bails ! —                Titi tu forces. —                C'est toi qui forces ouais. Tu t'es tapé un avion de chasse et t'as même pas raconté ce qu’il s’est passé depuis ce matin. On veut tout savoir nous ! —                Elle a un gros boule ? veut savoir Achraf. —                Un p****n de gros boule les gars. Encore plus que ce qu'on pourrait croire. —                Et ses nibards ? —                Ils sont parfaits. —                Petit e****é, t'as trop de chance. C'est toujours toi qui te tape les plus bonnes meufs, se lamente Mouss. —                Parce que c'est moi le plus beau-gosse en même temps.      J'avoue la modestie je ne connais pas trop. Mais là je suis obligé d’être fier. J’ai enfin réussi à avoir Aïlah, ça se fête ! —                Tu vas la revoir ? lance alors Achraf. —                Je sais pas. Si j'ai personne d'autre pourquoi pas. —                T'es un vrai bâtard. Imagine qu’elle tombe en kif sur toi ?     Un nœud dans ma gorge se forme en entendant cette hypothèse. Chaque fois que je me suis tapé une meuf, je n’ai jamais eu l’idée qu’un jour une d’entre elle tombe amoureuse de moi. La plupart du temps je les fréquentais rapidement, justement pour qu’il n’y ait aucune possibilité de créer une attache. Avec Aïlah, bizarrement, ce n’est pas pareil. Je sais pas pourquoi mais je sens qu’elle commençait vraiment à me donner sa confiance et à m’apprécier. Le pire, c’est que c’est réciproque. Même si je ne me suis jamais vu avec elle dans le futur, au final j’ai bien aimé passer des moments avec elle. Surtout lorsque nous avons couché ensemble. Sérieusement, ça, c’était exceptionnel.     Toutefois je suis un gars, et comme mes potes sont devant moi je dois garder ma réputation. C’est pourquoi je réponds : —                Je m'en bas les couilles si elle finit par m’aimer. Les loves c'est pas pour moi.     Ils hochent la tête et fument leurs joints. Je m'allume une clope et regarde vers l'horizon. Mine de rien, je pense que ça me dérangerait grave pas de revoir Aïlah pour refaire des choses avec elle. Après je ne sais pas si elle serait d’accord. Hier j’ai dû la brusquer et la blesser, peut-être qu’à présent elle ne veut plus rien avoir à faire avec moi.       Qu’est-ce que je raconte ? Je suis sûr qu'elle est déjà accro à moi. D’ailleurs, je suis tellement sûr de moi que je me lance un défi : ce soir, je l’emmènerai cette fois dans mon pieu à moi pour la déglinguer.
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